PARTIE 2 — LA LETTRE QU’HENRY AVAIT CACHÉE
Je pensais que le testament d’Henry avait tout révélé.
Je me trompais.
Pendant les semaines qui suivirent la lecture du testament, ma vie changea d’une manière que je n’aurais jamais imaginée.
Les appels commencèrent.
D’abord, des membres éloignés de la famille.
Des cousins dont je n’avais pas entendu parler depuis des années.
Des personnes qui, lorsque j’avais seize ans, n’avaient jamais demandé où je dormais.
Maintenant, elles voulaient savoir comment j’allais.
Elles voulaient « renouer ».
Elles voulaient « tourner la page ».
Et, presque toujours, après quelques minutes de conversation, la même question apparaissait.
« Alors… combien Henry t’a-t-il laissé exactement ? »
Au début, je répondais poliment :
« Je préfère ne pas en parler. »
Puis j’ai cessé de répondre.
Je pensais avoir compris la leçon.
L’argent révèle les gens.
Henry me l’avait écrit.
Mais il y avait une personne dont je ne pouvais pas ignorer les appels.
M. Collins.
Un mardi matin, il m’appela.
« Emily, pourriez-vous passer au cabinet ? »
« Pourquoi ? »
Il hésita.
« J’ai retrouvé quelque chose. »
Mon cœur se serra.
« Quelque chose concernant le testament ? »
« Pas exactement. »
« Alors quoi ? »
Il resta silencieux quelques secondes.
« Une seconde lettre. »
Je me figeai.
« Une autre lettre d’Henry ? »
« Oui. »
« Pourquoi ne me l’avez-vous pas donnée lors de la première lecture ? »
« Parce que je ne l’avais pas. »
Je ne comprenais pas.
« Où était-elle ? »
« Dans un coffre dont je ne connaissais pas l’existence. »
Je me rendis au cabinet le jour même.
M. Collins m’attendait dans une petite salle de réunion.
Sur la table se trouvait une enveloppe brune.
Mon nom était inscrit dessus.
Mais cette fois, l’écriture d’Henry était différente.
Plus précipitée.
Comme s’il avait écrit sous pression.
Je m’assis.
« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? »
M. Collins répondit :
« Je ne l’ai pas ouverte. »
Je le regardai.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’elle porte une instruction précise. »
Il retourna l’enveloppe.
Au dos, Henry avait écrit :
À remettre à Emily uniquement après l’ouverture du testament, si Margaret et Richard tentent de contester mes dernières volontés.
Je sentis un froid me parcourir.
« Ils ont déjà contesté. »
« Je sais. »
M. Collins poussa doucement l’enveloppe vers moi.
« Elle vous appartient. »
Je pris une profonde inspiration.
Puis je l’ouvris.
Il n’y avait qu’une feuille.
Une seule.
Et les premières lignes me firent immédiatement comprendre pourquoi Henry avait attendu.
Emily,
Si tu lis cette lettre, cela signifie que Margaret et Richard ont fait exactement ce que je pensais qu’ils feraient.
Je fermai les yeux.
Même mort, Henry les connaissait mieux que moi.
Je continuai.
Ils vont probablement te dire qu’ils t’aiment.
Ils vont probablement te dire qu’ils regrettent.
Ils vont probablement te dire que tout cela était un malentendu.
Ne les crois pas simplement parce qu’ils pleurent.
Je m’arrêtai.
Ce n’était pas parce qu’il me demandait de les haïr.
Il me demandait quelque chose de plus difficile.
De regarder leurs actes plutôt que leurs paroles.
Je continuai.
Mais voici ce que je ne t’ai jamais dit.
La nuit où je suis venu te chercher au foyer, je ne suis pas venu uniquement parce que j’avais appris que tu avais été abandonnée.
Je relevai les yeux.
Mon cœur battait plus vite.
Je lus la suite.
Quelqu’un m’avait appelé.
Je cessai de respirer.
Quelqu’un ?
Qui ?
Je poursuivis.
Cette personne m’a dit quelque chose que je n’ai jamais oublié.
Elle m’a dit : « Si vous ne venez pas maintenant, personne ne viendra. »
Je reposai la feuille.
« M. Collins… »
Il me regarda.
« Continuez. »
Je repris la lettre.
Je ne t’ai jamais demandé qui avait appelé parce que je savais que tu n’étais pas prête à entendre toute l’histoire.
Mais maintenant, tu as le droit de savoir.
Mes mains commencèrent à trembler.
Ce n’était pas ta conseillère scolaire.
Ce n’était pas la police.
Et ce n’était pas un membre de notre famille.
Je regardai M. Collins.
« Qui était-ce ? »
Il secoua la tête.
« Je ne sais pas. »
Je retournai à la lettre.
La personne qui m’a appelé connaissait ton père.
Elle savait ce qui se passait dans votre maison.
Et elle avait peur de parler ouvertement.
Je sentis mon estomac se nouer.
Elle m’a donné une seule information :
« Regardez dans le vieux garage derrière la maison. »
Je relus cette phrase.
Puis encore.
Le vieux garage.
Je me souvenais de cet endroit.
Je n’y étais jamais retournée.
Après mon départ, je n’avais jamais voulu revoir cette maison.
Henry, lui, y était allé.
Mais pourquoi ?
Je continuai.
J’y suis allé le lendemain matin.
Et j’ai trouvé quelque chose.
La lettre s’arrêtait presque là.
Il restait seulement quelques lignes.
Emily, si un jour tu veux comprendre pourquoi ton père avait tellement peur que certaines choses soient découvertes, cherche la boîte métallique sous la troisième planche du côté gauche.
Puis :
Mais ne l’ouvre pas seule.
Je restai immobile.
M. Collins me regardait.
« Il y a autre chose ? »
Je retournai la feuille.
Rien.
« Non. »
Il prit une profonde inspiration.
« Emily… il y a une dernière chose. »
« Quoi ? »
« Henry avait acheté la maison de vos parents il y a douze ans. »
Je le regardai.
« Quoi ? »
« Il l’a achetée par l’intermédiaire d’une société. »
Je sentis mon cœur accélérer.
« Pourquoi ? »
M. Collins répondit :
« Je ne sais pas. »
Puis il ajouta :
« Mais il l’a revendue seulement trois semaines avant sa mort. »
Je me levai.
« À qui ? »
Il me regarda.
« C’est précisément ce que je n’ai pas encore découvert. »
Le lendemain matin, je pris la route.
Daniel voulut venir avec moi.
Je refusai d’abord.
Puis je changeai d’avis.
Je ne voulais pas retourner seule dans cette maison.
Pas cette fois.
Nous arrivâmes en début d’après-midi.
La maison avait changé.
La peinture était différente.
Les arbres avaient grandi.
Mais le perron était toujours là.
Le même endroit.
L’endroit où j’avais attendu à seize ans.
Je sortis de la voiture.
Pendant quelques secondes, je ne pus pas bouger.
Daniel posa une main sur mon épaule.
« Tu n’es pas obligée d’entrer. »
Je regardai la porte.
« Si. »
Nous entrâmes.
L’intérieur était presque vide.
La maison était en rénovation.
Un agent immobilier nous avait donné l’autorisation d’entrer.
Nous traversâmes le couloir.
Puis nous arrivâmes devant la porte du garage.
Je m’arrêtai.
Le souvenir me revint.
La pluie.
Mon sac.
La voix de mon père.
Va vivre comme une adulte.
Je fermai les yeux.
Puis je poussai la porte.
Le garage était sombre.
Il sentait la poussière et le bois humide.
Je comptai les planches.
Une.
Deux.
Trois.
Je m’agenouillai.
La troisième planche du côté gauche.
Je passai les doigts sous le bord.
Rien.
« Peut-être qu’Henry s’est trompé », murmura Daniel.
Je secouai la tête.
« Henry ne se trompait presque jamais sur ce genre de choses. »
Je cherchai encore.
Puis je sentis quelque chose.
Un morceau de métal.
Je tirai.
Une petite boîte apparut.
Elle était couverte de poussière.
Une boîte métallique grise.
Je la regardai longtemps.
« C’est elle. »
Daniel s’agenouilla près de moi.
« Tu veux vraiment l’ouvrir ici ? »
Je pensai à la dernière phrase d’Henry.
Ne l’ouvre pas seule.
« Oui. »
J’ouvris le couvercle.
À l’intérieur se trouvaient des documents.
Des relevés bancaires.
Des photographies.
Une vieille clé.
Et…
une cassette audio.
Je la pris.
Il y avait une date écrite dessus.
17 octobre.
Je regardai Daniel.
« C’est quoi ? »
« Je ne sais pas. »
Je fouillai davantage.
Puis je trouvai une enveloppe.
Mon nom était écrit dessus.
Mais ce n’était pas l’écriture d’Henry.
Je la retournai.
Au dos, une seule phrase :
Je suis désolée de ne pas avoir parlé plus tôt.
Je cessai de respirer.
Je connaissais cette écriture.
Je l’avais vue une seule fois.
Sur un bulletin scolaire.
Je connaissais cette personne.
Et soudain, je compris.
La personne qui avait appelé Henry.
La personne qui savait.
La personne qui avait eu peur.
C’était mon ancienne conseillère scolaire.
Je murmurai :
« Pourquoi ? »
Daniel me regarda.
« Pourquoi quoi ? »
Je lui montrai l’enveloppe.
« Elle savait. »
Nous restâmes silencieux.
Puis mon téléphone vibra.
Numéro inconnu.
Je répondis.
« Allô ? »
Aucune réponse.
« Allô ? »
Une voix de femme murmura :
« Emily ? »
Je me figeai.
« Oui. »
« Vous avez trouvé la boîte ? »
Mon cœur s’arrêta.
« Qui êtes-vous ? »
Silence.
Puis la femme répondit :
« Quelqu’un qui aurait dû parler beaucoup plus tôt. »
La ligne coupa.
Je regardai Daniel.
« Elle savait que nous étions ici. »
Daniel prit mon téléphone.
« Comment ? »
Je ne répondis pas.
Parce que quelque chose d’autre venait de me frapper.
La porte du garage était toujours ouverte.
Et dehors…
une voiture noire était garée de l’autre côté de la rue.
Moteur allumé.
Quelqu’un était assis derrière le volant.
Je regardai la voiture.
Elle démarra.
Puis disparut au coin de la rue.
Daniel se leva.
« Emily… »
Je serrai la boîte contre moi.
« Nous devons partir. »
« Pourquoi ? »
Je regardai une dernière fois la maison.
« Parce que je crois que cette histoire n’a jamais vraiment commencé avec mes parents. »
Je pris l’enveloppe.
« Et je crois qu’Henry essayait de me montrer quelque chose avant de mourir. »
Nous quittâmes la maison.
Mais avant de monter dans la voiture, je regardai le garage une dernière fois.
Et je remarquai quelque chose que je n’avais pas vu auparavant.
Une petite marque gravée dans le bois.
Trois lettres.
H.M.
Les initiales d’Henry.
Mais sous ces lettres…
il y en avait trois autres.
E.C.
Les miennes.
Je restai immobile.
Pourquoi Henry avait-il gravé mes initiales là ?
Et surtout…
depuis combien de temps savait-il que je reviendrais un jour dans cette maison ?
Je n’avais pas encore la réponse.
Mais je savais une chose.
La boîte que nous venions de trouver n’était pas la fin de l’histoire.
C’était la première véritable pièce d’un secret qu’Henry avait gardé pendant dix-huit ans.
Et quelque part, une personne qui connaissait toute la vérité venait de comprendre que j’avais enfin commencé à chercher.
À SUIVRE — PARTIE 3 : LA VOIX SUR LA CASSETTE…
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