PARTIE 4 : « Mon père m’a dit que je n’étais pas le bienvenu à la maison pour Noël. Il était loin de se douter que le pays entier découvrirait où j’étais allé à la place. »

PARTIE 4 — LES VINGT MINUTES QUI ONT CHANGÉ SA VIE

19 h 43.
Erica Sullivan descendit les marches du bâtiment administratif sans courir.
Elle aurait voulu courir.
Chaque instinct militaire lui criait de rejoindre son père, de comprendre qui était l’homme dans la voiture noire, de découvrir ce que signifiait réellement cette phrase enregistrée sur la cassette :
SUJET 07 — PROTOCOLE MAINTENU.
Mais elle avait appris quelque chose au cours de dix-huit années dans l’armée.
Quand tout autour de vous commence à s’effondrer, vous ne courez pas.
Vous ralentissez.
Vous observez.
Vous respirez.
Vous choisissez.
Elle s’arrêta devant la porte vitrée.
Dehors, sous les lampadaires, la neige commençait à tomber.
Une fine couche blanche recouvrait déjà les véhicules garés devant le bâtiment.
Et juste au-delà de la grille…
la voiture noire attendait.
Erica regarda sa montre.
19 h 44.
Il lui restait dix-sept minutes.
Elle sortit son téléphone.
Aucun appel.
Aucun message de son père.
Puis son téléphone vibra.
Numéro inconnu.
Cette fois, elle répondit.
— Qui êtes-vous ?
Un silence.
Puis une voix d’homme.
Calme.
Vieille.

 

 

Presque fatiguée.

— Vous êtes exactement comme votre mère.

Erica se figea.

— Vous connaissiez ma mère ?

— Je connaissais Margaret avant votre naissance.

— Qui êtes-vous ?

— Quelqu’un qui aurait dû parler il y a vingt-neuf ans.

Erica sentit son cœur accélérer.

— Comment connaissez-vous mon âge ?

— Parce que je connais la date exacte de votre naissance.

— Le 14 juillet 1988.

— Non.

Silence.

— Quoi ?

La voix répondit :

— C’est la date qui figure sur votre certificat. Ce n’est pas nécessairement la date à laquelle vous êtes née.

Erica resta immobile.

Pour la première fois depuis qu’elle avait entendu la cassette, elle sentit quelque chose de plus dangereux que la peur.

Le doute.

— Sortez de la voiture, dit-elle.

— Pourquoi ?

— Parce que si vous savez quelque chose sur moi, vous allez me le dire en face.

La portière arrière de la voiture noire s’ouvrit.

Un homme descendit.

Il avait environ soixante-dix ans.

Manteau sombre.

Cheveux blancs.

Une canne dans la main droite.

Il resta sous la neige sans faire un pas vers elle.

Puis il leva les yeux.

Erica reconnut immédiatement quelque chose.

Pas son visage.

Pas ses yeux.

Sa façon de regarder.

Comme quelqu’un qui avait attendu très longtemps.

— Major Sullivan, dit-il.

— Mon nom est Erica.

L’homme hocha lentement la tête.

— Je sais.

— Alors dites-moi la vérité.

Il regarda derrière elle.

Son expression changea.

— Votre père est-il avec vous ?

— À l’intérieur.

— Alors nous devons partir.

— Non.

— Vous ne comprenez pas.

— Alors expliquez-moi.

L’homme s’approcha d’un pas.

— Votre père n’est pas celui que vous croyez.

Erica serra les dents.

— Ça, je commence à le comprendre.

— Et votre mère n’est pas morte de la manière qu’on vous a racontée.

Cette fois, Erica ne répondit pas.

Le monde sembla devenir silencieux.

Même la neige.

Même les véhicules.

Même les battements de son propre cœur.

— Répétez.

— Votre mère n’est pas morte de la manière qu’on vous a racontée.

— Elle est morte dans un accident.

— C’est ce que votre père vous a dit.

— Les dossiers officiels…

— Ont été modifiés.

Erica fit un pas vers lui.

— Qui êtes-vous ?

L’homme sortit quelque chose de sa poche.

Une photographie.

Il la lui tendit.

Erica hésita avant de la prendre.

Sur la photo se trouvait Margaret.

Sa mère.

Beaucoup plus jeune.

À côté d’elle se tenait une femme qu’Erica n’avait jamais vue autrement que sur la vidéo.

Dr Evelyn Hart.

Mais il y avait une troisième personne.

Un homme.

Erica retourna la photo.

Au dos, une inscription manuscrite :

14 juillet 1988 — avant le transfert.

Elle leva les yeux.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

L’homme répondit :

— Que votre mère n’a jamais quitté l’établissement où vous êtes née avec vous.

Erica sentit sa gorge se serrer.

— Quoi ?

— Elle est partie seule.

Un bruit derrière elle.

La porte du bâtiment s’ouvrit.

— Erica !

Son père.

Elle se retourna.

Il était là.

Pâle.

Essoufflé.

Et lorsqu’il vit l’homme devant sa fille…

il s’arrêta net.

Pendant quelques secondes, aucun des deux hommes ne parla.

Puis son père murmura :

— Daniel.

Erica se retourna lentement.

— Tu le connais.

Son père ne répondit pas.

— Papa.

Toujours rien.

— TU LE CONNAIS.

Son père ferma les yeux.

— Oui.

Daniel baissa la tête.

— Je suis désolé, Thomas.

Erica sentit une colère froide monter en elle.

— Depuis combien de temps ?

Son père regarda sa fille.

— Toute ta vie.

Elle recula d’un pas.

— Toute ma vie ?

— Erica…

— Toute ma vie ?

Sa voix se brisa.

— Tu savais qui était cet homme ?

— Oui.

— Tu savais pour Evelyn Hart ?

Il ne répondit pas.

— TU SAVAIS ?

— Oui.

La réponse fut presque inaudible.

Erica resta immobile.

Puis elle demanda :

— Et tu savais que mon certificat de naissance était faux ?

Son père baissa les yeux.

— Oui.

Elle inspira profondément.

— Alors pourquoi ?

Son père trembla.

— Parce que ta mère me l’avait demandé.

— Non.

Erica secoua la tête.

— Ne fais pas ça.

— Quoi ?

— Ne me donne pas encore une promesse de morte comme excuse pour vingt-neuf ans de mensonges.

Son père ne trouva rien à répondre.

Daniel intervint doucement.

— Votre mère avait peur.

— De qui ?

Daniel regarda son père.

Puis Erica.

— Du programme.

Erica sentit un frisson lui parcourir le dos.

— Quel programme ?

Daniel ne répondit pas immédiatement.

Il regarda sa montre.

19 h 51.

— Nous devons partir.

— Vous avez encore huit minutes, dit Erica.

Daniel fronça les sourcils.

— Huit minutes pour quoi ?

— Pour me dire toute la vérité.

Il resta silencieux.

Puis il prononça quatre mots :

— Vous n’étiez pas un accident.

Erica sentit ses jambes devenir faibles.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Daniel ouvrit la portière de la voiture.

— Montez.

— Non.

— Erica…

— Je ne monte nulle part avec un inconnu.

Daniel regarda son père.

— Alors demandez-lui.

Erica se tourna vers son père.

— Demander quoi ?

Son père avait les larmes aux yeux.

— Quand ta mère était enceinte, elle n’attendait pas seulement un enfant.

Erica ne bougea plus.

— Elle travaillait avec le Dr Hart, continua-t-il. Elles avaient découvert quelque chose.

— Quoi ?

— Une anomalie génétique.

— Chez qui ?

Son père prit une inspiration.

— Chez toi.

Erica regarda Daniel.

— Je suis malade ?

— Non.

— Alors quoi ?

Daniel répondit :

— Vous étiez différente.

Erica eut presque envie de rire.

Un rire sans joie.

— Tout ça pour ça ?

— Non.

Daniel secoua la tête.

— Vous êtes différente parce que votre ADN était censé résoudre un problème qu’ils n’arrivaient pas à résoudre.

Erica sentit son sang se glacer.

— Quel problème ?

Daniel regarda son père.

Puis il dit :

— La survie.

À cet instant, le téléphone d’Erica vibra.

Un nouveau message.

Elle le regarda.

18 secondes.

Puis un second.

Ne lui faites pas confiance.

Erica leva brusquement les yeux vers Daniel.

— Qui m’a envoyé ça ?

Daniel devint livide.

— Personne ne devait avoir votre numéro.

Un troisième message arriva.

Cette fois, il contenait une photo.

Une photo prise quelques secondes plus tôt.

Erica.

Son père.

Daniel.

Devant le bâtiment.

Quelqu’un les observait.

Puis le message suivant apparut :

ILS SAVENT QUE VOUS ÊTES AVEC LUI.

Erica regarda autour d’elle.

Les parkings.

Les fenêtres.

Les arbres.

La rue.

Rien.

Puis elle vit une petite lumière rouge au sommet d’un immeuble voisin.

Une caméra.

Son père murmura :

— Mon Dieu.

Erica sortit son arme.

Daniel recula.

— Qu’est-ce que vous faites ?

— Je veux savoir qui nous regarde.

Mais avant qu’elle puisse faire un pas…

toutes les lumières du parking s’éteignirent.

Noir total.

Un moteur démarra.

Puis un second.

Puis un troisième.

Trois véhicules surgirent simultanément des rues adjacentes.

Erica attrapa son père par le bras.

— À terre !

Un bruit sec claqua dans la nuit.

Pas un coup de feu.

Quelque chose tomba sur le capot de la voiture.

Une enveloppe blanche.

Erica s’approcha lentement.

Sur l’enveloppe, il n’y avait qu’une inscription :

À LA FILLE DE MARGARET.

Elle l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une seule feuille.

Et une photographie.

La photographie montrait Margaret tenant un bébé.

Erica.

Mais derrière Margaret se trouvait une deuxième berceuse.

Et dans cette deuxième berceuse…

il y avait un autre bébé.

Erica leva les yeux.

— Papa…

Son père avait compris.

Il porta une main à sa bouche.

Daniel murmura :

— Ils vous ont menti sur un enfant.

Erica regarda la photographie.

— Quel enfant ?

Daniel répondit :

— Votre frère.

Le monde sembla s’arrêter.

— J’ai un frère ?

Daniel ne répondit pas.

Son père pleurait.

Et, au loin, une sirène retentit.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Erica regarda son téléphone.

20 h 00.

Le délai était terminé.

Et un dernier message venait d’arriver.

MAINTENANT QUE VOUS SAVEZ QUE VOUS AVEZ UN FRÈRE, DEMANDEZ-VOUS POURQUOI PERSONNE NE VOUS A JAMAIS DIT QU’IL ÉTAIT MORT.

Erica regarda son père.

— Où est-il ?

Son père ne répondit pas.

Elle répéta :

— Où est mon frère ?

Enfin, il murmura :

— Je ne sais pas.

Daniel le fixa.

— Tu sais très bien où il est.

Erica se retourna vers Daniel.

— Alors dites-moi.

Daniel regarda la voiture noire.

— Il est vivant.

Et quelque part dans la nuit, un téléphone sonna.

Une fois.

Deux fois.

Puis une voix inconnue apparut sur le haut-parleur de la voiture :

— Bonsoir, Erica.

Elle se figea.

— Qui êtes-vous ?

La voix répondit :

— Ton frère.

Puis la communication fut coupée.

PARTIE 4 — LE FRÈRE QUI N’AVAIT JAMAIS EXISTÉ

Erica ne bougea pas.

Elle ne respirait presque plus.

Son père avait les yeux fixés sur la voiture.

Daniel semblait avoir vieilli de vingt ans en quelques secondes.

— Ton frère ? répéta Erica.

Aucune réponse.

— Papa.

Son père baissa la tête.

— Erica…

— Ne me dis pas que tu es désolé.

Il leva les yeux.

— Je ne vais pas le dire.

— Alors dis-moi son nom.

Silence.

— Son nom !

Son père ferma les yeux.

— Adrian.

Erica répéta doucement :

— Adrian.

Comme si elle essayait de savoir si ce prénom lui appartenait déjà quelque part dans sa mémoire.

— Adrian Sullivan ?

Son père secoua la tête.

— Non.

— Alors quel est son nom ?

Daniel répondit :

— Adrian Hart.

Erica le fixa.

— Hart ?

— C’est le nom qu’ils lui ont donné.

— Qui sont « ils » ?

Daniel regarda autour de lui.

— Pas ici.

— J’en ai assez de cette phrase.

Erica attrapa son père par le bras.

— Tu vas monter dans cette voiture.

— Erica…

— Maintenant.

Ils montèrent tous les trois.

Daniel prit le volant.

La voiture quitta le parking.

Pendant plusieurs minutes, personne ne parla.

La neige frappait le pare-brise.

Erica regardait la photographie.

Deux bébés.

Deux berceaux.

Deux vies.

Une seule avait été enregistrée.

Elle demanda :

— Pourquoi m’avoir gardée ?

Son père répondit :

— Je ne sais pas.

— Mauvaise réponse.

— C’est la vérité.

Daniel regarda Erica dans le rétroviseur.

— Je peux vous donner une partie de la réponse.

— Alors donnez-la-moi.

— Votre mère voulait vous protéger.

— Et Adrian ?

Daniel resta silencieux.

— Vous l’avez abandonné ?

— Non.

— Alors qui l’a pris ?

Daniel inspira.

— Votre mère.

Erica fronça les sourcils.

— Ma mère ?

— Elle savait qu’ils chercheraient les deux enfants. Elle a décidé de vous séparer.

— Pourquoi moi ?

— Parce que vous étiez la seule qu’elle pensait pouvoir cacher.

— Et lui ?

Daniel regarda la route.

— Adrian avait une anomalie beaucoup plus visible.

— Quelle anomalie ?

— Son sang.

Erica sentit un frisson.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

Daniel répondit :

— Son organisme produisait une protéine rare. La même anomalie que celle qu’ils étudiaient chez votre famille.

— Donc ils le voulaient.

— Oui.

— Et ma mère l’a donné ?

— Non.

Daniel serra le volant.

— Elle a fait croire qu’il était mort.

Erica regarda la photographie.

— Alors pourquoi mon père dit qu’il ne savait pas où il était ?

Daniel ne répondit pas.

Erica comprit.

— Tu mens encore.

Son père regarda par la fenêtre.

— Je l’ai cru mort.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est ce qu’on m’a dit.

— Par qui ?

— Par ta mère.

— Et tu l’as crue ?

— Oui.

Erica secoua la tête.

— Après tout ce qui s’est passé, tu as simplement cru ma mère ?

Son père répondit d’une voix brisée :

— Parce qu’elle m’a demandé de choisir entre te sauver et connaître la vérité.

Erica se tut.

Cette phrase la frappa plus fort que toutes les autres.

— Et tu as choisi quoi ?

Il la regarda.

— Toi.

Pendant quelques secondes, Erica ne trouva rien à dire.

Puis Daniel murmura :

— Nous sommes arrivés.

La voiture s’arrêta devant un bâtiment abandonné.

Une ancienne clinique médicale.

Les fenêtres étaient condamnées.

Une enseigne à moitié détruite portait encore quelques lettres :

CENTRE DE RECHERCHE FAMILIALE

Erica descendit.

— Pourquoi sommes-nous ici ?

Daniel prit une petite clé.

— Parce que c’est ici que tout a commencé.

Ils entrèrent.

À l’intérieur, l’air sentait la poussière et le métal.

Daniel alluma une lampe.

Un long couloir apparut.

Sur les murs, de vieilles portes.

Salle 1.

Salle 2.

Salle 3.

Puis une porte métallique.

Sans numéro.

Daniel s’arrêta devant.

— Derrière cette porte se trouve votre dossier original.

Erica sentit son cœur battre plus vite.

— Le dossier original ?

— Celui qui n’a jamais été détruit.

Il ouvrit.

La pièce était presque vide.

Un vieux bureau.

Une armoire.

Et une boîte en métal.

Erica s’approcha.

Sur la boîte, un symbole qu’elle avait déjà vu.

Le même symbole qui apparaissait sur la cassette.

07.

Elle ouvrit.

Des dizaines de documents.

Photographies.

Analyses médicales.

Correspondances.

Puis elle vit une page.

SUJET 07 — ERICA.

Sous son nom :

STATUT : VIABLE.

Puis une seconde ligne :

SUJET 08 — ADRIAN.

STATUT : VIABLE.

Erica tourna la page.

Son visage changea.

SUJET 07 : DESTINATION CIVILE.

SUJET 08 : TRANSFERT PROGRAMME CENTRAL.

Elle leva les yeux.

— « Programme Central » ?

Daniel ne répondit pas.

Elle continua à lire.

Objectif : déterminer si les deux sujets peuvent être utilisés comme donneurs génétiques complémentaires.

Erica lâcha le dossier.

— Non.

Son père s’approcha.

— Erica…

— Non.

Elle recula.

— Ils nous ont créés pour ça ?

Daniel secoua la tête.

— Non.

— Alors quoi ?

— Ils ont découvert votre particularité après votre naissance.

Erica regarda le document.

— Et Adrian ?

— Ils l’ont identifié avant vous.

— Parce qu’il était malade ?

— Parce qu’il était précieux pour eux.

Erica sentit les larmes monter.

— Il a vécu toute sa vie en sachant ça ?

Daniel répondit :

— Pas au début.

— Et maintenant ?

Un bruit retentit dans le couloir.

Tous trois se retournèrent.

Un pas.

Puis un autre.

Erica sortit son arme.

— Qui est là ?

Silence.

Puis une voix.

— Elle ne devait pas voir ce dossier.

Erica reconnut immédiatement la voix.

C’était celle de l’homme au téléphone.

Elle avança.

— Adrian ?

Une silhouette apparut au bout du couloir.

Un homme.

La trentaine.

Manteau sombre.

Cheveux noirs.

Il resta dans l’ombre.

— Bonjour, Erica.

Elle le regarda.

Quelque chose dans son visage lui sembla étrangement familier.

Les yeux.

La mâchoire.

La manière de pencher légèrement la tête.

Elle comprit avant même qu’il le dise.

— Tu es mon frère.

L’homme sourit tristement.

— Oui.

Erica abaissa lentement son arme.

— Pourquoi m’avoir contactée ?

— Parce que je savais que notre père finirait par te dire la vérité.

— Notre père ?

Adrian regarda Thomas.

— Il n’est pas notre père biologique.

Erica se retourna.

Son père pâlit.

— Adrian…

— Tu lui as déjà menti pendant vingt-neuf ans. Ne recommence pas maintenant.

Erica fixa son père.

— Alors qui est notre père ?

Personne ne répondit.

Adrian s’approcha.

Il sortit une enveloppe.

— Notre père biologique est le directeur du programme.

Erica sentit son estomac se nouer.

— Qui ?

Adrian tendit l’enveloppe.

Elle l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une photographie.

Erica regarda le visage.

Puis elle leva lentement les yeux.

Elle connaissait cet homme.

Tout le monde le connaissait.

Parce que son nom apparaissait sur les vieux documents militaires qu’elle avait étudiés lorsqu’elle était jeune officier.

Dr Samuel Varela.

Erica murmura :

— Il est mort.

Adrian secoua la tête.

— C’est ce qu’ils veulent que tu crois.

Son téléphone vibra.

Un message.

Puis un second.

Erica regarda l’écran.

NE FAITES PAS CONFIANCE À ADRIAN.

Elle releva les yeux.

Adrian avait vu le message.

Son expression changea.

— Tu l’as reçu aussi ?

— Quoi ?

Il sortit son propre téléphone.

Même message.

Même numéro.

Puis leurs deux téléphones vibrèrent simultanément.

Une vidéo venait d’arriver.

Adrian appuya sur lecture.

L’écran montra une pièce blanche.

Une femme était assise devant une caméra.

Erica cessa de respirer.

Elle connaissait cette femme.

Elle avait vu son visage des centaines de fois sur de vieilles photos.

Mais c’était impossible.

Parce que cette femme était censée être morte depuis vingt-neuf ans.

Margaret Sullivan.

La mère d’Erica.

Elle regarda directement la caméra.

Puis elle parla.

— Si vous regardez cette vidéo ensemble, cela signifie que mes enfants ont finalement réussi à se retrouver.

Erica porta une main à sa bouche.

La vidéo continua.

— Erica, si tu es là, écoute-moi attentivement.

Margaret marqua une pause.

— Ton père t’a protégée autant qu’il le pouvait.

Erica regarda Thomas.

Il pleurait silencieusement.

Puis Margaret prononça une phrase qui fit disparaître toute colère du visage d’Erica.

— Mais je ne suis pas morte.

La vidéo s’arrêta.

Silence absolu.

Erica regarda Adrian.

Puis son père.

Puis l’écran noir.

— Où est-elle ?

Personne ne répondit.

— OÙ EST MA MÈRE ?

Adrian prit une profonde inspiration.

— Nous devons partir.

— Pourquoi ?

— Parce que si cette vidéo vient d’être activée…

Il regarda la porte.

Au loin, des moteurs se firent entendre.

Plusieurs véhicules.

Adrian murmura :

— …ils savent que nous avons trouvé le dossier.

Erica arma son pistolet.

Son père se plaça à côté d’elle.

Pour la première fois depuis vingt-neuf ans, ils se retrouvèrent du même côté.

Puis la porte métallique de la clinique explosa.

Des hommes entrèrent.

Et derrière eux…

un homme âgé apparut.

Cheveux gris.

Blouse médicale.

Regard froid.

Erica reconnut immédiatement le visage de la photographie.

Dr Samuel Varela.

Il regarda Erica.

Puis Adrian.

Et sourit.

— Mes enfants.

Erica leva son arme.

— Vous n’êtes pas mon père.

Varela répondit calmement :

— Non.

Il fit un pas.

— Je suis celui qui vous a créés.

Erica resta pétrifiée.

Puis Varela ajouta :

— Et votre mère est toujours en vie.

Il regarda sa montre.

— Mais elle ne le restera pas longtemps.

La lumière s’éteignit.

Un coup de feu retentit.

Puis un cri.

Et lorsque les lumières de secours s’allumèrent…

Adrian avait disparu.

Erica regarda autour d’elle.

— ADRIAN !

Aucune réponse.

Sur le sol, elle trouva seulement une petite carte.

Elle la ramassa.

Une adresse était écrite dessus.

Et en dessous :

« Si tu veux sauver ton frère, viens seule. »

Erica regarda son père.

Puis l’adresse.

Elle savait déjà qu’elle allait y aller.

Mais elle ignorait encore une chose.

Sur la dernière page du dossier qu’elle avait laissé tomber…

une annotation manuscrite était apparue.

Une annotation qu’elle n’avait pas vue.

SUJET 07 — NON TERMINÉ.

Et juste en dessous :

PHASE DE REPRODUCTION : AUTORISÉE.

La porte de la clinique claqua derrière elle.

Et Erica comprit que ce qu’elle croyait être une histoire sur sa naissance…

n’était peut-être que le début.

À SUIVRE…

 

Cliquez ici pour lire la suite et la fin de l’histoire 👉 PARTIE (5) :​ « Mon père m’a dit que je n’étais pas le bienvenu à la maison pour Noël. Il était loin de se douter que le pays entier découvrirait où j’étais allé à la place. »

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