PARTIE 4: – J’ai presque soixante ans et je suis mariée à un homme trente ans plus jeune que moi. Pendant six ans, il m’a appelée « ma petite femme » et chaque soir il m’apportait un verre d’eau — jusqu’à la nuit où je l’ai suivi discrètement dans la cuisine et découvert un plan que je n’aurais jamais dû voir…

PARTIE 4 — Le secret enfoui dans la villa de Puerto Vallarta

Lorsque María Elena m’a parlé des documents cachés par mon premier mari, j’ai compris que Diego n’était peut-être pas le seul homme à avoir convoité mon patrimoine. Mais je n’étais pas préparée à ce que j’allais découvrir dans cette villa face à la mer… ni au nom qui figurait sur une lettre que mon défunt mari avait pris soin de cacher.
Je n’ai presque pas dormi cette nuit-là.
Chaque fois que je fermais les yeux, j’entendais la voix de María Elena.
« Ton premier mari avait découvert quelque chose avant sa mort. »
Puis cette autre voix, masculine, qui lui avait ordonné de raccrocher.
Qui était cet homme ?
Pourquoi María Elena avait-elle eu si peur ?
Et surtout, pourquoi Diego avait-il tant insisté pour que je ne retourne presque jamais dans la villa de Puerto Vallarta ?
Au lever du soleil, j’ai appelé mon avocat.
Je lui ai raconté toute la conversation, mot pour mot, sans rien omettre.
Il m’a écoutée en silence.
Lorsqu’il a enfin parlé, sa voix était plus sérieuse que jamais.
— Laura, nous allons organiser votre déplacement. Mais je veux être très clair : nous ne savons pas si ce que María Elena a raconté est exact. Nous ne devons accuser personne sans preuves.
— Je comprends.

 

 

 

— Nous allons également demander aux enquêteurs de vérifier si cette villa a fait l’objet de démarches immobilières suspectes.

J’ai regardé par la fenêtre.

Pendant six ans, Diego m’avait répété que je devais me reposer, éviter les voyages fatigants et laisser les questions administratives entre ses mains.

J’avais cru qu’il prenait soin de moi.

Aujourd’hui, je me demandais s’il avait simplement voulu m’éloigner de ce que je possédais.

— Je veux partir demain matin, ai-je dit.

— Très bien. Mais vous ne serez pas seule.

Le lendemain, à huit heures, je quittai Guadalajara avec mon avocat et une enquêtrice chargée de recueillir les éléments susceptibles d’intéresser l’affaire.

Durant le trajet, je regardai défiler les paysages sans vraiment les voir.

Je pensais à mon premier mari, Rafael.

Il avait été mon compagnon pendant trente-deux ans.

Contrairement à Diego, il n’avait jamais eu besoin de grands discours pour me rassurer. Il savait que je détestais les promesses spectaculaires et que je préférais les gestes simples.

Lorsqu’il était encore en vie, il me disait souvent :

— Laura, l’argent peut rendre une vie plus facile. Mais il ne doit jamais décider à ta place.

À l’époque, je trouvais cette phrase un peu sévère.

Aujourd’hui, elle me paraissait presque prophétique.

Rafael était mort subitement, et j’avais passé des années à apprendre à vivre sans lui.

Je n’avais jamais imaginé que, longtemps après sa disparition, je devrais encore chercher à comprendre ce qu’il avait laissé derrière lui.

Vers midi, nous arrivâmes à Puerto Vallarta.

La villa se dressait toujours au-dessus de la mer, avec ses murs blancs, ses grandes fenêtres et ses bougainvilliers qui grimpaient le long de la terrasse.

Tout semblait identique.

Pourtant, lorsque je franchis le portail, j’eus la sensation étrange de revenir dans un lieu qui m’avait attendue.

L’enquêtrice vérifia les accès extérieurs pendant que mon avocat ouvrait la porte avec la clé que j’avais conservée.

À l’intérieur, l’air sentait le bois, le sel et la poussière.

Je posai mon sac dans l’entrée.

Puis je restai immobile.

Sur la console se trouvait encore une petite photographie de Rafael et moi, prise quelques mois avant sa mort.

Je passai doucement les doigts sur le cadre.

— Je suis revenue, Rafael, murmurai-je.

Ma voix se brisa.

— Et cette fois, je ne partirai pas sans comprendre.

Nous avons commencé par les pièces principales.

Le salon.

La salle à manger.

La cuisine.

Le bureau de Rafael.

Tout était à sa place, à l’exception de quelques objets que j’avais déplacés au fil des années.

L’enquêtrice photographia les lieux et nota les éléments qui pouvaient nécessiter un examen plus approfondi.

Dans le bureau, mon avocat ouvrit les tiroirs un par un.

Nous avons trouvé d’anciens contrats, des factures, des photographies de famille et plusieurs dossiers concernant la gestion des propriétés.

Mais rien qui corresponde à ce que María Elena avait décrit.

Au bout d’une heure, je commençais à douter.

Peut-être avait-elle mal compris.

Peut-être avait-elle voulu me faire peur.

Peut-être même que l’homme qui lui avait ordonné de raccrocher n’avait aucun lien avec Diego.

Puis je me suis souvenue d’une habitude de Rafael.

Il rangeait toujours ses documents importants dans des endroits que personne n’aurait pensé à vérifier.

Un jour, je lui avais demandé pourquoi.

Il avait souri.

— Parce qu’un tiroir fermé n’est pas forcément un endroit secret, mon amour.

Je me suis tournée vers la bibliothèque.

Elle occupait tout un mur du bureau, avec des étagères allant presque jusqu’au plafond.

Je connaissais chaque livre.

Ou du moins, je le croyais.

Je me suis approchée de la troisième étagère et j’ai retiré plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire du Mexique.

Derrière eux, le bois présentait une légère différence de couleur.

Je me suis arrêtée.

— Regardez ici.

L’enquêtrice s’est approchée.

Elle a examiné le panneau sans le toucher immédiatement.

Mon avocat a regardé le mur, puis moi.

— Vous pensez qu’il y a quelque chose derrière ?

— Je ne sais pas. Mais Rafael avait l’habitude de cacher des documents dans des endroits inattendus.

Après avoir photographié le panneau, l’enquêtrice a vérifié les contours.

Un petit mécanisme se trouvait sur le côté.

Elle a appuyé délicatement.

Un déclic s’est fait entendre.

Le panneau s’est entrouvert de quelques centimètres.

Derrière se trouvait une cavité étroite.

Et dans cette cavité, une boîte en métal.

Je me suis sentie incapable de respirer normalement.

L’enquêtrice a sorti la boîte avec précaution et l’a posée sur le bureau.

Elle était couverte d’une fine couche de poussière.

Sur le couvercle, Rafael avait écrit une seule phrase :

« Pour Laura. Seulement si quelqu’un essaie un jour de décider à sa place. »

Je me suis mise à pleurer.

Pas parce que j’avais peur.

Parce que, soudain, j’avais l’impression que mon mari m’avait connue mieux que je ne l’avais compris.

L’enquêtrice a photographié l’inscription avant d’ouvrir la boîte.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs enveloppes, un carnet noir, une clé USB et une lettre pliée en deux.

Mon prénom apparaissait sur la première enveloppe.

Je l’ai prise entre mes mains.

La date inscrite au dos remontait à plusieurs mois avant la mort de Rafael.

J’ai ouvert la lettre.

« Ma Laura,

Si tu lis ces lignes, cela signifie probablement que quelque chose a changé et que tu as besoin de comprendre certaines décisions que j’ai prises sans tout t’expliquer.

Je ne veux pas que tu vives dans la peur. Je veux que tu puisses continuer à vivre librement, comme tu l’as toujours fait.

Depuis quelque temps, j’ai découvert des irrégularités dans certains documents liés à nos propriétés. Au début, j’ai pensé à des erreurs administratives. Puis j’ai compris que plusieurs informations privées avaient circulé sans que nous les ayons communiquées.

Je ne sais pas encore qui en est responsable.

Je sais seulement que tu dois protéger tes documents, tes signatures et tes décisions.

Si quelqu’un prétend un jour agir pour ton bien en te demandant de lui abandonner tout pouvoir, prends le temps de réfléchir.

L’amour ne devrait jamais exiger que tu renonces à ta liberté.

Je t’aime.

Rafael. »

Je relus la lettre.

Mes larmes tombaient sur le papier.

Rafael avait découvert des irrégularités.

Il avait compris que des informations privées circulaient.

Et il avait pris soin de me laisser un avertissement.

Mais il n’avait jamais mentionné Diego.

Comment aurait-il pu ?

Rafael était mort avant que Diego et moi nous rencontrions.

Je reposai lentement la lettre.

— Il savait que quelqu’un s’intéressait à nos biens, murmurai-je.

Mon avocat acquiesça.

— C’est ce que cette lettre semble indiquer. Mais nous devons examiner les autres documents avant de tirer des conclusions.

L’enquêtrice ouvrit le carnet noir.

Les premières pages contenaient des dates, des numéros de dossiers et des références à plusieurs sociétés.

Certaines notes semblaient correspondre aux documents trouvés dans le casier de Diego.

L’enquêtrice compara les deux séries de pièces.

Puis elle s’arrêta sur une page.

— Regardez cette date.

Elle nous montra une ligne écrite à la main.

La date précédait notre première rencontre de plusieurs années.

À côté figurait le nom d’une société qui apparaissait également dans le dossier de Diego.

Je sentis mes mains devenir froides.

— C’est la même société ?

— Le nom est identique, répondit-elle. Nous devons vérifier les liens juridiques et les personnes qui l’ont utilisée. Mais la correspondance est suffisamment importante pour justifier des recherches supplémentaires.

Je regardai mon avocat.

Il ne semblait plus vouloir minimiser mes inquiétudes.

— Laura, dit-il, votre premier mari a peut-être découvert une activité qui mérite d’être examinée. Nous ne savons pas encore si elle est directement liée à Diego.

Je hochai la tête.

Je voulais des preuves.

Pas des suppositions.

Pas des accusations lancées dans la peur.

Des faits.

C’était la seule façon d’empêcher quiconque de transformer mon histoire en une nouvelle arme contre moi.

Puis je remarquai quelque chose au fond de la boîte.

Une enveloppe plus petite, presque cachée sous le carnet.

Elle ne portait ni mon nom ni celui de Rafael.

Seulement deux mots :

« María Elena. »

Je me suis figée.

L’enquêtrice a immédiatement photographié l’enveloppe.

Mon avocat m’a regardée.

— Vous connaissez ce nom ?

Je n’ai pas répondu tout de suite.

J’avais du mal à comprendre pourquoi Rafael aurait conservé une enveloppe portant le nom de mon ancienne amie.

Il ne la fréquentait que rarement.

Ils s’étaient croisés lors de quelques repas, de fêtes et d’événements familiaux.

Rien ne me permettait d’affirmer qu’ils avaient partagé un secret.

Et pourtant, son nom se trouvait dans la boîte que Rafael avait cachée pour moi.

L’enquêtrice ouvrit l’enveloppe en suivant la procédure prévue pour préserver les documents.

À l’intérieur, il y avait une photocopie d’un courrier et une petite note manuscrite.

Le courrier était adressé à Rafael.

La signature, au bas de la page, était celle de María Elena.

Je reconnus immédiatement son écriture.

Le message était bref.

« Rafael,

Je vous écris parce que je pense que Laura devrait être informée de certaines choses. J’ai longtemps hésité, mais je ne veux pas que mon silence devienne une forme de complicité.

La personne dont vous m’avez parlé a repris contact avec moi.

Elle prétend que tout est terminé.

Je ne la crois pas.

Si vous avez toujours les documents, gardez-les en sécurité.

Je vous en prie, ne dites pas à Laura que je vous ai écrit tant que nous ne savons pas ce qui se passe réellement.

María Elena. »

Je restai bouche bée.

María Elena avait donc écrit à Rafael.

Avant sa mort.

Et elle lui avait parlé d’une personne qui avait repris contact avec elle.

Une personne qu’elle ne croyait pas.

Une personne dont Rafael avait apparemment déjà parlé avec elle.

Je sentis une colère sourde monter en moi.

Pourquoi ne m’avait-elle rien dit ?

Pourquoi m’avait-elle présentée à Diego des années plus tard ?

Et pourquoi m’avait-elle prévenue seulement maintenant ?

L’enquêtrice posa le courrier dans un sachet de protection.

— Nous allons devoir lui poser des questions.

Je regardai une nouvelle fois la signature.

Je ne savais pas si María Elena était une complice, une victime ou quelqu’un qui avait tenté de prévenir mon mari.

Je savais seulement qu’elle avait gardé le silence.

Et ce silence avait duré des années.

Nous avons passé le reste de l’après-midi à examiner les documents.

Le carnet contenait plusieurs références à des transactions immobilières, à des sociétés et à des démarches administratives.

Certaines informations étaient incomplètes.

D’autres nécessitaient des vérifications auprès de professionnels et d’organismes compétents.

La clé USB fut placée sous scellés pour être examinée par les enquêteurs.

Je ne voulais pas imaginer ce qu’elle pourrait contenir.

Des courriels ?

Des contrats ?

Des messages ?

Peut-être rien d’important.

Mais, après tout ce que j’avais découvert, je ne pouvais plus considérer ces éléments comme de simples coïncidences.

Avant de quitter la villa, je suis montée dans la chambre que je partageais autrefois avec Rafael.

La lumière du soir entrait par les fenêtres.

La mer était calme.

Je me suis assise au bord du lit.

Pendant quelques instants, je n’ai pensé ni à Diego, ni aux enquêteurs, ni aux documents.

J’ai pensé à Rafael.

À sa façon de me préparer du café.

À ses plaisanteries lorsqu’il oubliait où il avait posé ses lunettes.

À nos promenades sur la plage.

À la dernière fois où nous avions regardé le soleil se coucher ensemble.

Je me suis demandé s’il avait eu peur avant sa mort.

S’il avait compris que les irrégularités qu’il avait découvertes étaient plus graves qu’il ne le pensait.

Puis je me suis rappelée une chose.

Quelques semaines avant sa disparition, Rafael m’avait demandé de lui promettre que je ne signerais jamais un document important sans l’avoir lu attentivement.

J’avais ri.

— Tu crois vraiment que quelqu’un pourrait me convaincre de signer quelque chose sans le lire ?

Il m’avait regardée sérieusement.

— Je ne parle pas de quelqu’un qui te menace, Laura. Je parle de quelqu’un que tu aimes.

À l’époque, j’avais cru qu’il faisait simplement preuve de prudence.

Aujourd’hui, cette conversation me déchirait le cœur.

Je ne pouvais pas savoir s’il avait anticipé ce qui allait arriver.

Mais il avait compris quelque chose que j’avais mis six ans à apprendre :

Le danger n’est pas toujours la personne qui vous fait peur. Parfois, c’est celle à qui vous n’imaginez même pas devoir vous méfier.

Je me suis levée et j’ai essuyé mes joues.

Je n’allais pas laisser la peur décider de la suite.

Je voulais savoir.

Et j’étais prête à entendre la vérité, même si elle devait bouleverser tout ce que je croyais connaître de mon passé.

Le lendemain matin, nous sommes retournés à Guadalajara.

À peine arrivée chez moi, j’ai reçu un appel de l’enquêtrice.

— Madame Hernández, nous avons retrouvé María Elena.

Mon cœur s’est accéléré.

— Où est-elle ?

— Elle est en sécurité. Elle a accepté de répondre à certaines questions.

— A-t-elle expliqué pourquoi elle a écrit à mon mari ?

— Pas encore. Mais elle a demandé à vous parler.

Je suis restée silencieuse.

Une partie de moi voulait lui crier dessus.

Lui demander comment elle avait pu garder un tel secret pendant toutes ces années.

Lui demander pourquoi elle m’avait conduite jusqu’à Diego si elle savait que quelque chose n’allait pas.

Mais une autre partie de moi voulait entendre ses explications avant de la condamner.

— Quand pourrai-je la voir ?

— Nous allons organiser une rencontre dans un cadre approprié.

Je raccrochai.

Quelques heures plus tard, mon avocat m’accompagna à un rendez-vous organisé avec les enquêteurs.

María Elena était assise dans une petite pièce.

Elle avait l’air épuisée.

Ses cheveux, autrefois toujours impeccablement coiffés, étaient attachés sans soin. Ses yeux étaient gonflés et elle serrait un mouchoir entre ses mains.

Lorsqu’elle me vit, elle se leva.

— Laura…

Je ne l’ai pas embrassée.

Je ne l’ai pas prise dans mes bras.

Je me suis assise en face d’elle.

— Je veux la vérité, María Elena.

Elle hocha la tête.

— Tu la mérites.

— Pourquoi as-tu écrit à Rafael ?

Elle baissa les yeux.

— Parce que j’avais découvert que quelqu’un cherchait à obtenir des informations sur votre patrimoine.

— Qui ?

Elle ferma les yeux.

— Au début, je ne connaissais pas toute l’histoire. Un homme m’avait contactée pour me poser des questions sur Rafael et sur certaines propriétés. Il prétendait travailler dans le conseil financier.

— Et tu lui as répondu ?

— Oui. Je pensais qu’il s’agissait d’une démarche professionnelle. Puis ses questions sont devenues de plus en plus précises.

Je me penchai vers elle.

— Quelles questions ?

— Il voulait savoir si Rafael avait des héritiers, quels biens vous possédiez ensemble et qui s’occuperait de vos affaires si Rafael venait à disparaître.

Je sentis un frisson me parcourir.

— Et tu as trouvé cela normal ?

— Non. C’est pour cela que j’ai contacté Rafael.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

Elle se mit à pleurer.

— Parce que j’avais peur. Et parce que l’homme m’avait convaincue que tout était légal, que je risquais de provoquer un scandale si je parlais sans preuves.

Je secouai la tête.

— Tu aurais pu me prévenir.

— Je sais.

Sa voix se brisa.

— C’est la chose que je regrette le plus.

Je gardai le silence.

Puis je posai la question qui me hantait depuis notre première rencontre.

— Diego. Comment l’as-tu connu ?

María Elena ne répondit pas immédiatement.

Elle fixa ses mains.

Lorsqu’elle releva enfin la tête, son expression avait changé.

Ce n’était plus seulement de la culpabilité.

C’était de la peur.

— Je ne l’ai pas rencontré par hasard, Laura.

Mon cœur se mit à battre plus vite.

— Explique-toi.

— Environ un an avant que je te présente à lui, Diego m’a contactée. Il disait vouloir travailler avec moi sur un projet lié au bien-être et aux cours de yoga. Il connaissait certaines personnes de mon entourage.

— Et ensuite ?

— Il m’a posé des questions sur toi.

Je sentis mes doigts se crisper sur l’accoudoir.

— Avant de me rencontrer ?

— Oui.

Je fermai les yeux.

La photographie prise quatre mois avant notre première rencontre me revint à l’esprit.

María Elena poursuivit :

— Il savait que tu venais de perdre Rafael. Il savait que tu vivais seule. Il savait que tu avais une maison à Guadalajara et une villa à Puerto Vallarta.

Je rouvris les yeux.

— Comment pouvait-il savoir tout cela ?

— Il m’a dit que des informations circulaient dans certains dossiers professionnels. Je ne sais pas comment il les avait obtenues.

— Tu aurais dû te méfier.

— Oui.

Elle se pencha vers moi.

— Mais il ne m’a pas demandé de te faire du mal. Il m’a demandé de vous présenter, en disant qu’il voulait simplement faire ta connaissance. Il prétendait t’admirer.

Je la regardai longuement.

— Et tu as accepté.

Elle hocha la tête, en larmes.

— Oui.

— Pourquoi ?

Sa réponse me fit presque plus mal que tout le reste.

— Parce qu’il m’a dit que tu étais seule. Que tu méritais d’être heureuse. Et parce que je voulais croire qu’il était sincère.

Je détournai le regard.

J’aurais voulu la détester.

J’aurais voulu qu’elle soit simplement une femme malveillante, facile à condamner.

Mais je savais que les choses étaient parfois plus compliquées.

Cela ne l’excusait pas.

Cela ne réparait rien.

Cela ne me rendait pas les six années pendant lesquelles j’avais vécu dans l’ignorance.

Je revins vers elle.

— Quand as-tu compris que Diego me mentait ?

María Elena serra son mouchoir.

— Quelques mois après votre mariage, il m’a demandé si tu avais déjà signé certains documents concernant tes biens.

Je retins mon souffle.

— Quels documents ?

— Une procuration. Un document qui lui aurait permis de s’occuper de certaines démarches à ta place.

Je sentis ma poitrine se contracter.

— Et qu’as-tu répondu ?

— Je lui ai demandé pourquoi il en avait besoin. Il m’a dit que tu étais fatiguée et qu’il voulait te soulager.

— C’est exactement ce qu’il me disait.

Elle hocha la tête.

— Je sais.

Je me levai brusquement.

— Alors pourquoi ne m’as-tu pas prévenue ?

María Elena ne tenta pas de se défendre.

Elle resta assise, les larmes coulant sur ses joues.

— Parce qu’il m’a montré un document et m’a dit que tu avais déjà accepté. Il m’a convaincue que tu savais tout. Puis, lorsque j’ai commencé à douter, il m’a rappelé que j’avais moi-même participé à votre rencontre.

Je la fixai.

— Il t’a fait peur avec ton propre silence.

— Oui.

Je retournai m’asseoir.

Je comprenais désormais comment Diego avait pu manipuler plusieurs personnes à la fois.

Il ne les contrôlait pas toutes de la même manière.

Il utilisait leurs désirs, leurs inquiétudes, leurs erreurs et leurs secrets.

Avec moi, il avait utilisé l’amour.

Avec María Elena, il avait utilisé la culpabilité.

Mais je n’étais pas prête à lui pardonner son rôle dans cette histoire.

— Il y a encore quelque chose que tu ne me dis pas, murmurai-je.

María Elena baissa la tête.

Longtemps.

Puis elle glissa la main dans son sac et en sortit une feuille pliée.

— Diego m’a donné ceci quelques jours avant votre mariage.

Elle posa le document sur la table.

— Je l’ai gardé parce que j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Je ne savais pas quoi faire de cette feuille. J’avais peur de la détruire et peur de la conserver.

Je dépliai le papier.

Il s’agissait d’une liste de noms et de dates.

Le nom de Diego apparaissait en haut.

Celui de María Elena figurait plus bas.

Puis je vis un troisième nom.

Un nom que je connaissais.

Un nom que je n’avais pas entendu depuis des années.

Celui d’un homme qui avait travaillé avec Rafael avant sa mort.

Je relevai brusquement la tête.

— Pourquoi son nom est-il ici ?

María Elena se mit à trembler.

— C’est lui qui m’a présenté Diego.

Je sentis mon cœur s’arrêter presque une seconde.

— Tu viens de dire que Diego t’avait contactée directement.

— Il m’a contactée, oui. Mais cet homme m’avait parlé de lui auparavant. Il m’avait dit que Diego cherchait des occasions professionnelles et qu’il pourrait être utile de le connaître.

Je regardai de nouveau la feuille.

Trois noms.

Trois personnes liées à ma vie.

Et une seule certitude : je ne connaissais pas encore toute l’histoire.

— Quel est le lien entre cet homme et Rafael ? demandai-je.

María Elena essuya ses joues.

— Ils avaient travaillé ensemble sur des affaires immobilières. Après la mort de Rafael, cet homme m’a dit que certains documents avaient disparu.

Je me figeai.

— Quels documents ?

— Je ne sais pas exactement. Mais il m’a demandé si Rafael avait laissé des papiers dans la villa.

Je sentis ma gorge se serrer.

La boîte.

Le carnet.

La lettre.

Tout ce que nous venions de découvrir.

María Elena me regarda avec désespoir.

— Laura, je ne sais pas si Diego connaissait l’existence de cette boîte. Je ne sais pas si cet homme lui a demandé de se rapprocher de toi. Mais je sais que, depuis le début, plusieurs personnes s’intéressaient à ce que Rafael avait laissé derrière lui.

Je restai silencieuse.

Puis je lui posai une dernière question.

— Pourquoi m’avoir envoyé ce message hier ?

Elle inspira profondément.

— Parce que Diego a essayé de me contacter depuis sa détention.

Je sentis un froid glacial m’envahir.

— Comment ?

— Par l’intermédiaire de quelqu’un. Il m’a fait parvenir un message.

— Qu’est-ce qu’il disait ?

María Elena ferma les yeux.

— Il disait que si je te racontais ce que je savais, je devais aussi te dire une chose.

Je me penchai vers elle.

— Laquelle ?

Elle rouvrit les yeux.

Et sa réponse fit basculer tout ce que je croyais comprendre.

— Diego affirme que Rafael ne lui était pas étranger. Il prétend que ton premier mari avait découvert son nom bien avant votre rencontre… et qu’il avait essayé de l’empêcher de s’approcher de toi.

Je me levai lentement.

Je ne savais pas si Diego disait la vérité.

Je ne savais pas si María Elena avait compris correctement son message.

Et je ne savais pas encore quel rôle l’ancien associé de Rafael avait joué dans cette histoire.

Mais désormais, une nouvelle question s’imposait.

Si Rafael avait tenté d’éloigner Diego de moi avant même notre rencontre, comment avait-il pu connaître son nom ?

Et surtout…

Qu’avait découvert mon premier mari, avant sa mort, qui avait rendu Diego si déterminé à entrer dans ma vie ?

Je quittai la pièce sans dire un mot.

Dans le couloir, mon avocat m’attendait.

Je lui tendis la feuille contenant les trois noms.

Il l’examina, puis leva les yeux vers moi.

— Laura, nous devons retourner à la villa.

— Pourquoi ?

Il pointa du doigt une petite annotation au bas du document.

Une adresse.

Une adresse que je reconnus immédiatement.

C’était celle d’un ancien bureau professionnel de Rafael.

Un bureau qu’il avait fermé peu avant sa mort.

Je crus d’abord qu’il s’agissait d’une coïncidence.

Puis je remarquai les derniers mots inscrits à côté de l’adresse.

Ils étaient écrits de la main de Diego.

« Le dossier original est toujours là. »

Je sentis mes jambes se dérober.

Parce que si Diego connaissait l’existence de ce dossier…

Cela signifiait qu’il cherchait peut-être quelque chose depuis bien plus longtemps que nous ne l’avions imaginé.

Et que la vérité sur mon mariage ne se trouvait peut-être pas seulement dans les documents que Rafael avait cachés.

Elle se trouvait peut-être dans un dossier que quelqu’un avait voulu récupérer à tout prix.

Un dossier qui pouvait expliquer pourquoi Diego m’avait choisie.

Pourquoi il m’avait épousée.

Et pourquoi, pendant six ans, il avait tout fait pour que je continue à croire que j’étais simplement une femme aimée.

Fin de la PARTIE 4.

 

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