Pendant plusieurs secondes, Elias fut incapable de prononcer un mot.
Lily.
Le nom de sa fille résonnait dans son esprit, mais il n’arrivait pas à comprendre ce que Daniel venait de lui annoncer.
Le domaine Thorne valait une fortune. Ses terres s’étendaient sur des centaines d’hectares, ses bâtiments avaient traversé plusieurs générations et ses contrats agricoles représentaient une part importante de la richesse familiale.
Et leur père aurait décidé de transmettre tout cela à une petite fille de huit ans ?
À Lily, que Sarah avait traitée comme une étrangère ?
À Lily, qu’elle avait laissée dormir dans une porcherie ?
Elias tourna lentement la tête vers sa sœur.
— Dis-moi que ce qu’il raconte est faux.
Sarah ne répondit pas.
— Sarah !
— Tu ne comprends pas la situation, Elias.
— Alors explique-la-moi !
Elle jeta un regard inquiet au carnet noir que Daniel tenait encore entre ses mains.
— Ce document n’a aucune valeur tant que nous n’avons pas vérifié les archives. Daniel a passé quinze ans à fuir. Comment peux-tu croire tout ce qu’il raconte après cinq minutes de conversation ?
Daniel eut un rire amer.
— C’est intéressant. Tu me traites de menteur depuis quinze ans, mais tu n’as toujours pas expliqué pourquoi tu as essayé de faire disparaître mes courriers.
— Je n’ai rien fait disparaître !
— Alors pourquoi la lettre destinée à notre père n’est-elle jamais arrivée ?
Sarah serra les poings.
— Parce que notre père était malade ! Il n’avait pas besoin que tu reviennes semer le chaos dans sa vie !
— Il avait besoin de connaître la vérité !
— La vérité ? répéta-t-elle d’une voix étranglée. Tu veux vraiment parler de vérité devant Elias ?
Elle se tourna vers son frère cadet.
— Tu veux savoir pourquoi Daniel a disparu ? Très bien. Demande-lui ce qu’il a fait pendant les semaines qui ont précédé son départ. Demande-lui pourquoi il a cessé de répondre aux appels de notre père. Demande-lui pourquoi il a emporté des documents comptables sans autorisation.
Elias regarda Daniel.
Son frère ne baissa pas les yeux.
— J’ai emporté des copies, répondit-il. Pas les originaux. Je voulais prouver que des fonds avaient été transférés sans l’accord de notre père. Mais lorsque j’ai essayé de les présenter, on m’a accusé d’avoir falsifié les relevés.
— Et tu es parti sans te défendre ? demanda Elias.
Daniel inspira profondément.
— Je pensais que j’avais encore le temps de trouver les preuves. Puis quelqu’un m’a averti que si je revenais, je risquais de finir en prison pour des crimes que je n’avais pas commis. J’étais jeune, j’avais peur et je ne savais plus à qui faire confiance.
— Tu aurais pu m’appeler.
Daniel baissa enfin la tête.
— Oui.
Sa voix se brisa.
— C’est la chose que je regrette le plus.
Elias sentit sa colère vaciller.
Pendant quinze ans, il avait imaginé son frère vivant dans le luxe, profitant de l’argent volé et méprisant ceux qu’il avait abandonnés.
Il découvrait maintenant un homme marqué par les années, qui marchait avec une canne et semblait porter le poids de chaque décision qu’il avait prise.
Mais Elias n’était pas prêt à lui pardonner.
Pas encore.
— Tu aurais pu me laisser une lettre, murmura-t-il.
— J’en ai écrit trois.
Daniel leva les yeux.
— Aucune ne t’est parvenue ?
Elias secoua lentement la tête.
Daniel ferma les paupières.
— Alors quelqu’un a veillé à ce que tu ne les reçoives jamais.
À cet instant, Sarah recula vers sa voiture.
Elias le remarqua immédiatement.
— Où vas-tu ?
— Je rentre au domaine.
— Non. Pas avant que tu nous aies expliqué ce que tu sais sur le testament.
Elle s’immobilisa.
— Je n’ai pas à te rendre de comptes ici.
— Peut-être pas ici. Mais tu en rendras à Maître Beaumont.
En entendant le nom de l’avocat, Sarah pâlit légèrement.
— Tu as déjà impliqué Beaumont ?
— Oui.
Elle secoua la tête avec incrédulité.
— Tu ne sais pas ce que tu viens de déclencher.
— Alors dis-moi ce que je dois savoir.
Sarah regarda Elias comme si elle cherchait, pour la première fois, à reconnaître l’homme qu’il était devenu.
— Notre père n’était plus lui-même à la fin, murmura-t-elle. Il changeait d’avis tous les jours. Il oubliait des conversations entières. Il pouvait signer un document le matin et prétendre le soir qu’il ne l’avait jamais vu.
— Tu affirmes qu’il n’était pas capable de prendre une décision concernant son héritage ?
— Je dis qu’il faut vérifier dans quelles conditions ce testament a été signé.
Daniel secoua la tête.
— Voilà ton problème, Sarah. Tu ne nies jamais complètement. Tu soulèves juste assez de doutes pour que personne n’ose regarder de plus près.
Elle se tourna vers lui, les yeux brillants de rage.
— Et toi, tu as passé quinze ans à te cacher !
— Oui. Et je ne prétendrai pas que c’était courageux.
Il marqua une pause.
— Mais aujourd’hui, je suis revenu. Et je ne repartirai pas avant que la vérité soit connue.
Sarah monta dans sa voiture sans répondre.
Avant de fermer la portière, elle fixa Elias.
— Réfléchis bien à ce que tu fais. Tu as une fille à protéger. Ne la transforme pas en arme contre moi.
Elias s’approcha du véhicule.
— Je n’ai pas besoin de transformer Lily en quoi que ce soit. Elle a déjà souffert suffisamment à cause de toi.
Sarah détourna les yeux et démarra.
Elias resta immobile jusqu’à ce que la voiture disparaisse au bout de la route.
Puis il se tourna vers Daniel.
— Nous devons trouver ce testament.
Daniel hocha la tête.
— Et nous devons le faire avant Sarah.
À 8 h 15, Elias et Daniel arrivèrent au cabinet de Maître Beaumont.
L’avocat les attendait déjà dans son bureau, plusieurs dossiers ouverts sur la table.
Lorsqu’il vit Daniel, il se leva brusquement.
— Monsieur Thorne ?
Daniel lui tendit la main.
— Je suis désolé de revenir dans votre vie de cette manière, Maître.
Beaumont ne répondit pas immédiatement. Il observa le visage marqué de l’homme, puis se tourna vers Elias.
— Vous êtes certain de son identité ?
— J’ai grandi avec lui. Je connais sa voix, son visage et cette montre. Mais je veux que tout soit vérifié.
— C’est exactement ce que nous allons faire.
L’avocat invita les deux frères à s’asseoir.
Il sortit un dossier bleu, dont le bord était abîmé.
— Depuis hier, j’examine les documents successoraux que vous m’avez transmis. Il existe plusieurs versions de la répartition des biens de votre père. Certaines sont anciennes et parfaitement cohérentes. D’autres ont été modifiées peu avant son décès.
— Le testament qui désigne Lily comme bénéficiaire existe-t-il ? demanda Elias.
Beaumont croisa les mains.
— J’ai trouvé une référence à un acte complémentaire dans un registre notarial. Mais je n’ai pas encore pu consulter l’original. La référence indique qu’un document aurait été déposé environ six semaines avant la mort de votre père.
Daniel se pencha en avant.
— Qui l’a déposé ?
— C’est précisément l’un des points que je cherche à établir. Le registre mentionne une remise effectuée par un représentant autorisé du domaine. Le nom est difficile à lire sur la copie dont nous disposons.
— Sarah ? demanda Elias.
— C’est possible, mais je ne veux pas conclure sans preuve.
Beaumont ouvrit un autre dossier.
— Il y a toutefois un élément qui mérite notre attention. Le document semble avoir été accompagné d’une déclaration concernant la situation familiale de votre père.
— Quelle déclaration ? demanda Daniel.
L’avocat hésita.
— Selon le résumé du registre, votre père aurait souhaité protéger un héritier mineur contre toute tentative d’aliénation des biens familiaux.
Elias sentit son ventre se nouer.
— Lily.
— C’est une hypothèse plausible. Mais pour la confirmer, nous devons obtenir le document lui-même et vérifier sa validité.
Daniel fixa la table.
— Notre père savait donc que quelqu’un pouvait essayer de s’approprier le domaine.
— C’est possible, répondit Beaumont. Cela expliquerait pourquoi il aurait souhaité mettre certains biens à l’abri. Mais nous devons distinguer ce que les documents établissent de ce que nous soupçonnons.
Elias apprécia cette prudence.
Il ne voulait pas remplacer les mensonges de Sarah par ses propres suppositions.
Il voulait des preuves.
— Que devons-nous faire ? demanda-t-il.
— Premièrement, demander une copie certifiée du registre et de tout acte associé. Deuxièmement, faire examiner les transferts financiers contestés par un expert indépendant. Troisièmement, vérifier la signature figurant sur l’autorisation que vous contestez.
L’avocat se tourna vers Daniel.
— Et vous devrez expliquer, dans un cadre approprié, ce que vous savez des comptes de votre père. Votre témoignage peut être important, mais il faudra le corroborer.
Daniel acquiesça.
— J’ai conservé des documents.
— Où ?
— Dans un endroit où personne ne penserait à les chercher.
Il sortit de sa poche un petit morceau de papier plié.
Dessus figurait une adresse.
Elias la lut.
C’était celle d’une ancienne ferme appartenant à leur famille, située à une trentaine de kilomètres du domaine principal.
— Je croyais que cette ferme avait été vendue, dit-il.
— C’est ce que Sarah voulait faire croire à tout le monde, répondit Daniel.
Beaumont leva immédiatement la main.
— Attention. Nous ne savons pas encore si cette propriété appartient toujours à la succession, si les documents s’y trouvent réellement ou si leur conservation est légale. Nous allons vérifier les titres avant de nous y rendre.
Daniel se renversa dans son fauteuil.
— Vous avez raison. Mais il y a une chose que vous devez comprendre : si les papiers sont encore là, ils pourraient expliquer pourquoi notre père a changé son testament.
— Et pourquoi Sarah a tant peur de ce que vous pourriez découvrir, ajouta Elias.
L’avocat referma le dossier.
— Je vais lancer les vérifications nécessaires. En attendant, ne contactez pas Sarah pour discuter du contenu de ces documents. Toute communication importante devra être conservée.
Il regarda Elias avec gravité.
— Et surtout, votre fille ne doit pas être entraînée dans une confrontation entre adultes. Si elle est bien concernée par l’acte successoral, nous devons agir pour protéger ses intérêts par les voies légales.
Elias acquiesça.
C’était exactement ce qu’il voulait.
Lily avait déjà perdu assez de temps à vivre dans la peur.
Elle n’avait pas à porter le poids des secrets de toute une famille.
À 10 h 40, Elias retourna auprès de sa fille.
Madame Carter l’attendait devant la maison.
— Elle a demandé après vous plusieurs fois, lui dit-elle doucement. Mais elle a aussi mangé son petit-déjeuner. C’est déjà un progrès.
Elias la remercia avant d’entrer.
Lily était assise à la table de la cuisine, occupée à dessiner.
Lorsqu’elle le vit, elle posa immédiatement son crayon.
— Papa !
Elle courut vers lui et s’accrocha à sa taille.
Elias la serra contre lui.
— Je suis là, ma chérie.
Elle recula juste assez pour examiner son visage.
— Tu as l’air triste.
Il s’accroupit devant elle.
— J’ai appris quelque chose sur notre famille.
— Quelque chose de mauvais ?
Elias réfléchit un instant.
— Quelque chose de compliqué. Mais tu n’as rien fait de mal.
Lily baissa les yeux vers ses chaussures.
— Tante Sarah disait souvent que si je n’étais pas là, tout serait plus facile.
Elias sentit sa poitrine se contracter.
— Elle avait tort.
— Elle disait aussi que je ne comprenais rien aux choses des adultes.
— Tu n’as pas besoin de comprendre tous les problèmes des adultes pour mériter d’être aimée.
Lily resta silencieuse.
Puis elle posa une question qui le bouleversa davantage que toutes les révélations de la matinée.
— Papa… si je suis vraiment importante pour la famille, pourquoi est-ce qu’elle me traitait comme ça ?
Elias ne trouva pas immédiatement de réponse.
Comment expliquer à une enfant que certains adultes confondent l’amour avec le pouvoir ? Comment lui faire comprendre que la cruauté de Sarah ne disait rien de sa propre valeur ?
Il prit doucement ses mains.
— Parfois, les gens ont tellement peur de perdre quelque chose qu’ils finissent par faire du mal aux autres pour le garder. Ce n’est pas une excuse. Et ce n’est jamais la faute de la personne qu’ils blessent.
— Alors ce n’était pas parce que j’étais méchante ?
— Non, Lily. Absolument pas.
Elle le regarda longuement, comme si elle cherchait à vérifier qu’il ne disait pas cela uniquement pour la rassurer.
Puis elle se jeta de nouveau dans ses bras.
Elias la serra contre lui et ferma les yeux.
Il venait de découvrir que sa fille pourrait être l’héritière du domaine Thorne.
Mais, à cet instant, cette fortune lui importait moins que la petite fille qui tremblait encore lorsqu’elle entendait prononcer le nom de sa tante.
Il ne voulait pas seulement lui rendre un héritage.
Il voulait lui rendre le sentiment d’être en sécurité.
À midi, le téléphone d’Elias sonna.
Maître Beaumont.
— J’ai une première réponse des archives notariales, annonça l’avocat.
Elias s’éloigna de la cuisine pour que Lily ne l’entende pas.
— Vous avez retrouvé le testament ?
— Pas encore. Mais j’ai retrouvé la référence complète du dépôt. Le document a bien été enregistré, et son existence est confirmée par un registre indépendant.
Elias retint son souffle.
— Et le nom du déposant ?
Un silence.
— Le registre indique que la personne qui a remis le document était votre mère.
Elias ferma les yeux.
Sa mère.
La femme qu’il avait toujours considérée comme le cœur moral de la famille.
La femme qui avait retenu, selon Peter, une lettre de Daniel.
La femme dont le nom apparaissait maintenant sur un document susceptible de changer l’avenir de Lily.
— Est-ce qu’elle a signé elle-même ? demanda-t-il.
— La copie du registre porte une signature attribuée à votre mère. Nous devons encore la faire authentifier, mais les premières vérifications ne révèlent pas d’anomalie évidente.
Elias posa une main contre le mur.
— Pourquoi aurait-elle déposé un document qui protégeait Lily tout en empêchant Daniel de contacter notre père ?
— Je ne peux pas vous donner cette réponse, Elias. Pas encore.
— Y a-t-il autre chose ?
— Oui. L’archive mentionne une annexe au dépôt. Or, dans le dossier actuellement conservé, cette annexe est absente.
Elias se redressa.
— Absente ?
— Le registre indique qu’elle existait. Quelqu’un a consulté le dossier après le décès de votre père. Nous avons une date et une signature sur le registre des consultations.
— Le nom ?
L’avocat marqua une longue pause.
— C’est là que les choses deviennent préoccupantes. Le nom indiqué est celui de Sarah Thorne.
Elias sentit sa colère monter.
— Elle a consulté le dossier, puis l’annexe a disparu ?
— C’est l’ordre des événements que suggèrent les registres. Mais nous ne pouvons pas encore affirmer qu’elle a emporté le document ni pourquoi il manque.
Elias inspira lentement.
— Que contenait cette annexe ?
— Nous l’ignorons. Mais sans elle, nous ne pouvons pas comprendre complètement la portée de l’acte déposé par votre mère.
La voix de Beaumont se fit plus grave.
— Elias, je vous conseille de ne pas vous rendre au domaine pour chercher vous-même ce document. Si Sarah a accès aux archives privées, toute confrontation pourrait compliquer la situation.
— Je comprends.
— Je vais demander une conservation officielle des documents pertinents et poursuivre les démarches nécessaires. Je vous appelle dès que j’ai du nouveau.
L’appel prit fin.
Elias resta quelques instants immobile.
Puis il retourna dans la cuisine.
Lily dessinait maintenant une maison avec un grand jardin. À côté de la maison, elle avait dessiné trois personnages : elle-même, son père et un homme plus grand qu’elle.
— Qui est le troisième ? demanda Elias en s’asseyant près d’elle.
Lily hésita.
— Je ne sais pas. Peut-être quelqu’un de notre famille qui reviendra un jour.
Elias regarda le dessin.
Daniel venait de revenir après quinze ans.
Peut-être que Lily, sans le savoir, venait de dessiner son oncle.
Il passa un bras autour de ses épaules.
— Peut-être, ma chérie.
Mais son esprit était déjà retourné à la conversation avec Beaumont.
Une annexe avait disparu.
Sarah avait consulté le dossier.
Et leur mère avait déposé un document dont personne ne comprenait encore toute la portée.
À 16 h 20, Daniel rappela Elias.
Sa voix était tendue.
— Tu dois venir à l’ancienne ferme. Je viens de me souvenir de quelque chose que je n’ai pas dit à Beaumont.
— Quoi ?
— Notre mère ne m’a pas seulement demandé de partir. Elle m’a donné une clé.
— Une clé de quoi ?
— Elle m’a dit qu’un jour, si je revenais et que personne ne voulait écouter ma version des faits, je devrais ouvrir le coffre qui se trouve sous le plancher de la grange.
Elias se leva immédiatement.
— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ce matin ?
— Parce que j’espérais que les archives suffiraient. Mais si l’annexe a disparu, il est possible que ce soit notre dernière chance de retrouver une copie.
Elias pensa aux recommandations de Beaumont.
Ne pas se précipiter. Vérifier les titres. Préserver les preuves.
— Je vais appeler l’avocat. Nous n’irons pas là-bas sans l’avoir prévenu.
Daniel accepta, à contrecœur.
Une heure plus tard, Beaumont confirma qu’une visite pouvait être organisée, à condition de ne pas forcer l’accès à un bâtiment fermé ni déplacer des documents susceptibles d’appartenir à la succession sans conseil juridique.
La propriété semblait toujours enregistrée au nom de la famille, mais son statut exact devait encore être confirmé.
Elias laissa Lily auprès de Madame Carter et lui expliqua qu’il reviendrait avant le dîner.
Cette fois, il ne lui promit pas que tout serait réglé.
Il lui promit seulement de revenir.
C’était une promesse qu’il pouvait tenir.
L’ancienne ferme se trouvait au bout d’un chemin étroit bordé de chênes.
La maison principale était presque en ruine. Les volets pendaient de travers, la cour était envahie par les mauvaises herbes et le toit de la grange avait été réparé à plusieurs endroits avec des tôles disparates.
Daniel resta longtemps devant le bâtiment.
— C’est ici que père m’a appris à monter à cheval, dit-il. Avant que tout ne change.
Elias observa la grange.
— Et c’est ici que notre mère a caché quelque chose ?
— C’est ce qu’elle m’a dit.
Ils entrèrent par la porte latérale, qui n’était pas verrouillée.
L’intérieur sentait le bois humide et la poussière. Des outils rouillés étaient suspendus aux murs. Au fond, une vieille échelle reposait contre une poutre.
Daniel se dirigea vers un coin de la grange.
— Le coffre était sous cette partie du plancher.
Il s’agenouilla et déplaça une vieille caisse.
Sous la poussière, Elias aperçut une planche dont les clous semblaient plus récents que les autres.
Ils ne tentèrent pas de l’arracher immédiatement.
Elias prit des photos de l’endroit et les envoya à Beaumont, qui leur conseilla de faire constater la découverte avant de déplacer quoi que ce soit.
Mais Daniel avait repéré une petite serrure en métal, presque invisible sous la planche.
Il sortit de son portefeuille une clé ancienne.
— C’est celle que notre mère m’a donnée.
Il l’introduisit dans la serrure.
Elle tourna.
Un déclic sec retentit.
Les deux frères échangèrent un regard.
Sous la planche se trouvait un compartiment étroit. À l’intérieur reposait une boîte en fer, couverte d’une fine couche de rouille.
Daniel la sortit avec précaution.
Sur le couvercle, quelqu’un avait gravé deux initiales :
H. T.
Henry Thorne.
Elias sentit son pouls s’accélérer.
Daniel ouvrit la boîte.
Elle contenait plusieurs enveloppes, une petite clé supplémentaire et un document plié dans une pochette de toile.
Elias reconnut immédiatement l’écriture de son père sur la première enveloppe.
Mais ce ne fut pas la lettre qui retint son attention.
Ce fut le document.
En haut de la page figurait le titre :
« Déclaration de protection patrimoniale et de désignation d’un bénéficiaire mineur ».
En dessous, le nom de Lily apparaissait clairement.
Elias se pencha pour lire la suite.
Mais une ligne, en bas de la page, le força à s’arrêter.
Le document faisait référence à une condition particulière, détaillée dans une annexe séparée.
Une annexe qui n’était pas dans la boîte.
Daniel parcourut rapidement les enveloppes.
— Elle n’est pas là.
Elias retourna le document.
Au dos, son père avait écrit à la main :
« La protection de Lily ne sera effective que si les conditions de l’annexe sont respectées. Aucun transfert ne devra être exécuté avant que ces conditions aient été vérifiées. »
Elias sentit un frisson lui parcourir le dos.
— Quelles conditions ?
Daniel secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Puis il aperçut la petite clé supplémentaire.
Elle était attachée à une étiquette en papier, sur laquelle une seule phrase avait été écrite :
« Pour le coffre de la maison. Ne pas ouvrir avant que les trois vérités soient réunies. »
Elias relut les mots.
— Les trois vérités ?
Daniel regarda la boîte, puis son frère.
— Je crois que notre mère savait que nous finirions par venir ici.
— Et elle voulait nous empêcher d’ouvrir ce coffre tant que nous ne saurions pas quelque chose.
— Oui.
Elias serra la petite clé dans sa paume.
À cet instant, son téléphone vibra.
Un message de Maître Beaumont.
« Elias, ne quittez pas la propriété sans m’appeler. Nous venons de recevoir une notification officielle : une demande urgente a été déposée pour contester la capacité de votre père à modifier ses dispositions successorales. Le requérant affirme que le dernier acte a été obtenu sous influence. »
Elias relut le message.
Une contestation venait d’être déposée.
Et si elle aboutissait, Lily risquait de perdre la protection que leur père avait tenté de lui garantir.
Daniel lut par-dessus son épaule.
Son visage se durcit.
— Elle a commencé.
— Sarah ?
Daniel secoua lentement la tête.
— Je ne sais pas qui a déposé cette demande. Mais il y a une chose dont je suis certain.
Il posa un doigt sur la phrase gravée sur l’étiquette.
— Les trois vérités ne sont pas seulement des secrets de famille. Ce sont probablement les trois éléments dont nous avons besoin pour prouver que notre père savait exactement ce qu’il faisait.
Elias referma la boîte.
Il comprenait maintenant que le combat ne serait pas gagné par une révélation spectaculaire, ni par une confrontation entre frères et sœur.
Il faudrait des documents authentiques, des témoignages vérifiables et une chronologie que personne ne pourrait facilement déformer.
Mais il ne laisserait pas Lily être privée de ce que son père avait voulu lui protéger.
Pas après ce qu’elle avait subi.
Pas après tout ce qu’ils venaient de découvrir.
Alors qu’ils quittaient la grange, Daniel s’arrêta brusquement.
— Elias…
— Quoi ?
Daniel désignait le sol près de la porte.
Dans la poussière, des traces de pas récentes menaient jusqu’au compartiment caché.
Elias les observa.
Ils n’étaient pas les premiers à venir ici.
Quelqu’un avait déjà ouvert cette grange.
Quelqu’un savait où chercher.
Et, juste sous les traces, une petite enveloppe blanche avait été glissée dans une fissure du plancher.
Elias la ramassa.
Aucun nom n’était inscrit dessus.
À l’intérieur, il trouva une feuille pliée en deux.
Il n’y avait qu’une phrase :
« Vous avez retrouvé le premier document. Le deuxième est chez la personne qui a enterré la vérité sur Daniel. Et le troisième… se trouve dans la chambre de Lily. »
Elias sentit tout son corps se raidir.
La chambre de Lily.
Quelqu’un avait parlé de sa fille.
Quelqu’un connaissait l’endroit où elle dormait.
Daniel lut le message à son tour.
Puis il murmura :
— Nous devons rentrer. Maintenant.
Elias appela immédiatement Beaumont et lui transmit les informations. Il demanda aussi que des dispositions soient prises pour que Lily reste en sécurité.
Puis il regarda une dernière fois la vieille grange.
Il était venu chercher une preuve.
Il venait de découvrir qu’une personne inconnue semblait connaître chaque étape de leurs recherches.
Et si le troisième document se trouvait réellement dans la chambre de Lily, cela signifiait une chose terrifiante :
Le secret de leur famille n’était pas seulement enfoui dans le passé. Quelqu’un continuait à le surveiller dans le présent.
Elias démarra la voiture.
Cette fois, il ne pensait plus seulement au domaine.
Il pensait à sa fille.
Et à ce qu’il pourrait découvrir en ouvrant la porte de sa chambre.
FIN DE LA PARTIE 7
CLICK HERE TO CONTINUOUS READ FULL ENDING STORY PART👉 (8): – Je n’ai jamais dit à ma sœur que je possédais la moitié des terres de cette ville. À mon retour de l’armée, ma fille a été contrainte de dormir dans une porcherie ; humiliée, on lui a lancé : « Tu es un fardeau inutile. »