PARTIE 4 : « À ma sortie de prison, je n’avais nulle part où aller ; une femme âgée m’a alors engagé. Elle m’a demandé : “Pourquoi as-tu fait de la prison ?” Et là… »

PARTIE 4 — LE MUR QUI CACHait LE SECRET DE MON PÈRE

Le lendemain de ma découverte, j’ai reçu un appel qui a bouleversé tous mes plans. Ma sœur voulait me rencontrer. Elle prétendait vouloir faire la paix. Mais lorsque j’ai entendu la dernière phrase qu’elle a prononcée, j’ai compris qu’elle savait déjà ce que notre père avait caché derrière le mur de ma maison.
Je n’ai pas dormi cette nuit-là.
La lettre de mon père était posée sur la table de chevet, à côté du petit carnet noir qu’Opal avait conservé pendant toutes ces années.
Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais son écriture.
« Si la maison est vendue, cherche ce qui se trouve derrière le mur du sous-sol. »
Pourquoi mon père aurait-il caché quelque chose dans ma maison ?
Pourquoi ne m’en avait-il jamais parlé ?
Et surtout, pourquoi avait-il écrit que Trevor ne possédait pas les droits qu’il prétendait avoir ?
Je connaissais mon père. C’était un homme prudent, parfois même excessivement méfiant. Il avait travaillé toute sa vie pour protéger sa famille. Après la mort de ma mère, il avait consacré presque toute son énergie à nous élever, Monica et moi.
Il n’était pas parfait.
Il avait parfois été trop sévère avec ma sœur et trop protecteur envers moi.
Mais il n’aurait jamais inventé une histoire pareille sans raison.
À six heures trente, je descendis dans la cuisine.
Opal était déjà réveillée. Elle préparait du café en écoutant les informations à la radio.
Lorsqu’elle me vit entrer, elle désigna une chaise.
— Tu as pris une décision ?
Je m’assis.

 

 

 

— Je veux retourner dans ma maison.

Elle posa lentement la cafetière.

— Rebecca, la propriété ne semble plus être à ton nom. Nous devons laisser Russell examiner les documents avant d’entreprendre quoi que ce soit.

— Je sais. Je ne veux pas entrer illégalement. Je veux découvrir ce que mon père a caché et comprendre pourquoi Trevor a fait transférer la propriété.

Opal me regarda attentivement.

— Alors, nous allons faire cela correctement.

Elle prit son téléphone et appela Russell.

Moins de dix minutes plus tard, nous étions en communication avec lui.

Il écouta attentivement l’histoire du dossier, la lettre de mon père et le message concernant le sous-sol.

Lorsqu’Opal mentionna le contrat de propriété, il nous demanda de ne surtout pas modifier les documents ni de les remettre à qui que ce soit avant qu’il ait pu les examiner.

— Je veux voir les originaux, dit-il. Je vais également demander à un avocat spécialisé en immobilier d’étudier la situation. Si votre père avait prévu des dispositions particulières concernant la propriété, nous devons comprendre leur portée exacte.

— Et le sous-sol ? demandai-je.

— Nous allons d’abord vérifier qui détient actuellement le titre de propriété et si une vente est en cours. Nous ne devons pas confondre une piste prometteuse avec une autorisation d’entrer dans les lieux.

Je compris.

Pour une fois, je n’allais pas agir sous l’effet de la colère.

J’allais préparer chaque étape.

Mais avant que nous puissions terminer la conversation, mon téléphone vibra.

Un message venait d’arriver.

Le numéro était inconnu.

Je l’ouvris.

Rebecca, c’est Monica. Je sais que tu es chez Opal Hargrove. Nous devons parler. Seules. Je suis prête à t’expliquer certaines choses concernant papa et la maison. Si tu veux enfin connaître toute la vérité, retrouve-moi demain à midi au restaurant où nous allions avec lui quand nous étions enfants.

Je relus le message plusieurs fois.

Monica connaissait l’adresse d’Opal.

Elle connaissait son nom.

Et elle savait que je cherchais des réponses sur notre père.

Je montrai le téléphone à Opal.

Son expression changea immédiatement.

— Ne lui réponds pas tout de suite.

Russell, toujours en ligne, demanda ce qui se passait.

Je lui lus le message.

Il resta silencieux quelques secondes.

— Je ne peux pas savoir pourquoi elle vous contacte maintenant, mais conservez ce message. Si vous décidez de la rencontrer, choisissez un lieu public, prévenez une personne de confiance et ne lui remettez aucun document. Vous pouvez aussi demander que les échanges passent par un avocat.

Je regardai une nouvelle fois le nom de ma sœur sur l’écran.

Monica.

La petite fille qui se glissait autrefois dans mon lit pendant les orages.

La jeune femme qui avait pleuré dans mes bras lorsque notre père lui avait refusé de l’argent pour une voiture.

La sœur qui avait témoigné contre moi.

Je voulais croire qu’elle regrettait ce qu’elle avait fait.

Mais une partie de moi se souvenait encore de son sourire dans la cour d’Opal, lorsqu’elle avait jeté cette enveloppe remplie d’argent à mes pieds.

Je savais qu’elle n’était pas revenue vers moi par hasard.

Je lui répondis finalement :

Je suis disposée à écouter ce que tu as à dire. Je ne signerai rien et je ne remettrai aucun document. Nous nous rencontrerons dans un lieu public.

Sa réponse arriva presque immédiatement.

Très bien. Demain, à midi. Viens seule.

Je posai mon téléphone.

Opal secoua la tête.

— Elle insiste pour que tu viennes seule.

— C’est ma sœur.

— C’est aussi la personne qui a contribué à t’envoyer en prison.

Je baissai les yeux.

Elle avait raison.

Et pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si Monica allait enfin me dire pourquoi elle avait trahi notre famille.

Le lendemain, j’arrivai au restaurant à onze heures quarante-cinq.

C’était un petit établissement familial situé dans une rue tranquille de Worthington. Mon père nous y emmenait le dimanche après la messe, lorsque nous étions enfants. Il commandait toujours la même chose : un hamburger, des frites et un café noir.

Monica et moi avions l’habitude de partager un dessert.

Je me souvenais de ces journées comme si elles appartenaient à une autre vie.

Je choisis une table près de la fenêtre et commandai un café.

À midi exactement, Monica entra.

Elle portait un manteau beige, un sac à main coûteux et la montre de notre père.

Je sentis ma gorge se serrer.

Elle me remarqua immédiatement.

Pendant quelques secondes, nous nous regardâmes sans bouger.

Puis elle s’approcha.

— Rebecca.

— Monica.

Elle s’assit en face de moi.

Je remarquai qu’elle avait vieilli. De fines rides apparaissaient autour de ses yeux. Son visage semblait plus maigre qu’autrefois.

Mais son regard était toujours le même.

Calculateur.

Prudent.

Difficile à lire.

— Tu as changé, dit-elle.

Je laissai échapper un rire sans joie.

— Quatre années de prison ont tendance à changer les gens.

Elle baissa les yeux.

— Je sais que tu m’en veux.

— Tu m’as laissée être condamnée pour des crimes que tu savais peut-être que je n’avais pas commis.

— Tu ne sais pas tout.

Je me penchai légèrement en avant.

— Alors, explique-moi.

Monica regarda autour d’elle avant de parler.

— Trevor ne m’a jamais dit qu’il irait aussi loin.

Je sentis mon cœur accélérer.

— Aussi loin que quoi ?

Elle serra son sac contre elle.

— Au début, ce n’était qu’une opération financière. Il m’avait expliqué qu’il voulait protéger l’entreprise contre certaines difficultés. Il disait que nous rembourserions l’argent plus tard.

Je la fixai.

— Quel argent ?

— Celui qui a été transféré entre les différentes sociétés.

— Tu savais donc que les virements existaient.

Elle ne répondit pas.

Je répétai ma question.

— Monica, savais-tu que l’argent quittait notre entreprise ?

Elle finit par hocher la tête.

— Oui.

Le restaurant sembla se vider de tout son bruit.

Je regardai ma sœur.

Pendant des années, j’avais essayé d’imaginer une explication qui aurait pu rendre ses actes compréhensibles.

Une erreur.

Une manipulation.

Une menace.

Quelque chose qui aurait fait d’elle une personne effrayée plutôt qu’une personne prête à détruire sa propre sœur.

Mais elle venait de reconnaître qu’elle savait que l’argent était transféré.

— Pourquoi as-tu témoigné contre moi ?

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Parce que Trevor m’avait dit que si je parlais, nous irions tous les deux en prison.

— Et tu as décidé que je devais y aller à ta place ?

Elle secoua la tête.

— Je ne pensais pas que tu serais condamnée à cinq ans.

Je restai silencieuse.

Puis je lui posai la question qui me hantait depuis ma sortie.

— As-tu fabriqué les documents qui ont été présentés au tribunal ?

Elle regarda sa tasse.

— J’ai préparé certains dossiers comptables.

— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.

Elle ferma les yeux.

— Oui. Certains documents ont été modifiés.

J’eus l’impression qu’on venait de m’enfoncer un couteau dans la poitrine.

Je n’avais pas besoin qu’elle me dise quels documents. Je savais déjà que des pièces importantes avaient été utilisées contre moi.

Mais l’entendre reconnaître son implication changeait tout.

— Et ma signature ?

Monica se mit à pleurer.

— Trevor s’en est occupé.

Je reculai légèrement.

— Tu veux me faire croire que tu n’as rien à voir avec les faux documents ?

— Je ne dis pas cela.

Elle essuya ses joues.

— Je dis que Trevor dirigeait tout. Il savait comment faire disparaître les traces. Il savait à qui parler. Il m’a convaincue que nous n’avions pas le choix.

Je la regardai longuement.

— Et lorsque tu as vu que j’allais en prison, pourquoi n’as-tu rien dit ?

Elle ne répondit pas.

— Lorsque j’ai perdu mon entreprise, pourquoi n’as-tu rien dit ?

Toujours rien.

— Lorsque je t’ai appelée après ma libération et que tu as refusé de répondre, pourquoi n’as-tu rien dit ?

Elle finit par murmurer :

— Parce que j’avais peur de perdre tout ce que j’avais obtenu.

Je sentis les larmes me monter aux yeux.

Ce n’était pas une réponse compliquée.

C’était la vérité la plus simple et la plus cruelle qu’elle aurait pu me donner.

Elle avait choisi son confort.

Son argent.

Sa sécurité.

Plutôt que moi.

Je me levai légèrement, puis me rassis.

Je n’étais pas venue pour lui pardonner.

J’étais venue pour obtenir des réponses.

— Pourquoi m’as-tu demandé de venir ici ? demandai-je.

Monica essuya son visage et sortit une enveloppe de son sac.

— Parce que j’ai découvert quelque chose après la mort de papa. Quelque chose que Trevor m’a demandé de détruire.

Elle posa l’enveloppe sur la table.

Je ne la touchai pas.

— Qu’y a-t-il dedans ?

— Une copie d’un document que notre père avait signé.

Je regardai l’enveloppe.

— Quel document ?

— Celui qui concerne ta maison.

Mon cœur se mit à battre plus vite.

— Tu savais ce qu’il avait caché ?

Monica hocha lentement la tête.

— Pas au début. Mais après ton arrestation, Trevor a commencé à parler d’un contrat qui pouvait empêcher la vente de la propriété. Il disait que papa avait organisé les choses pour que personne ne puisse prendre la maison sans ton accord.

Je pensai à la lettre conservée par Opal.

« Il ne possède pas les droits qu’il prétend avoir. »

— Alors, pourquoi avez-vous transféré la propriété ?

Monica serra les lèvres.

— Parce que Trevor pensait pouvoir contourner le contrat.

— Et toi, tu l’as aidé ?

Elle ne répondit pas.

Son silence suffisait.

Je pris enfin l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvait une copie partielle d’un document portant le nom de notre père.

Plusieurs paragraphes avaient été surlignés.

Je reconnus une phrase :

« Aucun transfert ne pourra être considéré comme volontaire de la part de Rebecca Hale sans son consentement écrit, obtenu indépendamment de toute procédure pénale ou de toute contrainte financière. »

Je relus la phrase.

Puis je levai les yeux vers Monica.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

— Je ne suis pas avocate. Mais Trevor était furieux lorsqu’il a compris que le document pouvait poser problème.

Je sentis ma colère revenir.

— Alors, vous avez essayé de me faire partir de l’Ohio avant que je découvre la vérité.

Monica détourna le regard.

— Trevor a insisté pour que je t’éloigne. Il pensait que si tu partais dans un autre État, tu abandonnerais la maison.

— Et les trois mille dollars proposés à Opal ?

Monica pâlit.

— Je ne savais pas qu’il avait envoyé ce message.

Je la regardai froidement.

— Le numéro était le tien.

Elle resta immobile.

Puis elle murmura :

— J’ai envoyé le message. Mais je ne pensais pas qu’Opal te le montrerait.

Je fermai les yeux.

Elle venait de confirmer qu’elle avait tenté de me faire renvoyer de la seule maison où j’avais trouvé refuge.

Même maintenant, alors qu’elle pleurait devant moi, elle continuait à expliquer ses actes comme si le véritable problème était que j’avais découvert ses mensonges.

Je rangeai le document dans mon sac.

— Je vais remettre cette copie à mon enquêteur et à mon avocat. Ils vérifieront son authenticité et sa portée.

Monica hocha la tête.

— Je comprends.

Je la regardai une dernière fois.

— Non, Monica. Je ne crois pas que tu comprennes encore.

Je me levai.

Mais alors que je m’éloignais, elle prononça une phrase qui me fit m’arrêter net.

— Rebecca, tu dois savoir une chose au sujet de la mort de papa.

Je me retournai lentement.

— Quoi ?

Elle regarda la porte, puis revint vers moi.

— Trevor n’a pas seulement eu peur du contrat de propriété.

Sa voix tremblait.

— Il a eu peur de ce que papa avait découvert juste avant de mourir.

Je sentis le sang quitter mon visage.

— Qu’est-ce qu’il avait découvert ?

Monica ouvrit la bouche.

Puis elle la referma.

Pendant plusieurs secondes, elle sembla lutter contre elle-même.

Enfin, elle murmura :

— Papa avait découvert que l’argent ne venait pas seulement de notre entreprise.

Je fronçai les sourcils.

— Que veux-tu dire ?

Elle se pencha vers moi.

— Les sociétés qui recevaient les virements étaient liées à une autre personne. Quelqu’un qui travaillait avec Trevor depuis bien avant votre mariage.

Je retins mon souffle.

— Qui ?

Monica regarda la montre de notre père à son poignet.

Puis elle prononça un nom.

Un nom que je connaissais.

Un nom que je n’aurais jamais imaginé entendre dans cette histoire.

Russell Keane.

Je reculai d’un pas.

— Non. C’est impossible.

— Je ne sais pas jusqu’où il était impliqué, Rebecca. Je sais seulement que papa avait écrit son nom dans ses notes.

Je sentis mes mains devenir froides.

Russell était l’homme qui m’avait aidée à examiner les virements.

L’homme qui m’avait conseillé de conserver les preuves.

L’homme qui m’avait promis de chercher la vérité.

Et maintenant, ma sœur affirmait que notre père avait associé son nom aux sociétés impliquées dans la fraude.

Je ne savais pas si Monica disait la vérité.

Elle avait déjà menti devant un tribunal.

Elle avait déjà manipulé des documents.

Elle avait déjà essayé de me faire renvoyer de l’Ohio.

Mais si elle mentait encore, pourquoi risquerait-elle de mentionner le nom de Russell ?

Et si elle disait vrai…

Je devais tout remettre en question.

Monica se leva à son tour.

— Je sais que tu ne me crois pas. Mais regarde les documents de papa. Vérifie son carnet. Et ne donne pas tout à Russell avant d’avoir compris ce qu’il y a dedans.

Elle remit son sac sur son épaule.

— Je ne te demande pas de me pardonner, Rebecca. Je te demande seulement de ne pas commettre la même erreur que papa.

— Quelle erreur ?

Elle me regarda avec des yeux remplis de larmes.

— Faire confiance à la mauvaise personne.

Puis elle quitta le restaurant.

Je restai debout près de la table, incapable de bouger.

Pendant des années, j’avais cru que mon histoire se résumait à la trahison de mon mari et de ma sœur.

Maintenant, une nouvelle question venait de s’imposer à moi.

Et si la personne chargée de m’aider à découvrir la vérité connaissait déjà une partie du secret ?

Je sortis mon téléphone.

J’ouvris le dossier contenant les photographies des documents de mon père.

Puis je regardai le carnet noir.

Je devais vérifier chaque nom.

Chaque date.

Chaque transaction.

Sans exception.

Car si Russell Keane était réellement lié à l’affaire, je ne pouvais plus me permettre de remettre aveuglément mes preuves entre ses mains.

À quatorze heures, je retrouvai Opal dans son salon.

Je lui racontai toute la rencontre avec Monica.

Lorsqu’elle entendit le nom de Russell, elle resta immobile.

Je remarquai immédiatement son changement d’expression.

— Vous le connaissez ? demandai-je.

Elle ne répondit pas.

— Opal ?

Elle se leva et alla chercher la boîte métallique.

Elle en sortit la lettre de mon père et le petit carnet noir.

Puis elle posa le carnet devant moi.

— Montre-moi exactement où Monica dit que ton père avait écrit son nom.

Je lui montrai la page.

Elle lut les notes plusieurs fois.

Puis elle ouvrit une enveloppe que nous n’avions pas encore examinée.

À l’intérieur se trouvait une feuille portant plusieurs noms.

Russell Keane y figurait.

Mais il y avait aussi le nom d’une société.

Une société que je n’avais jamais vue auparavant.

Keane Financial Investigations.

Sous ce nom, mon père avait écrit une date.

La même date que celle d’une réunion mentionnée dans le carnet rouge de Daniel.

Je sentis un frisson me parcourir.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

Opal s’assit lentement.

— Je ne peux pas te dire ce que cela signifie sans connaître le contexte. Mais je peux te dire une chose : ton père ne notait jamais un nom plusieurs fois sans raison.

Je regardai la feuille.

— Alors, pourquoi m’a-t-il envoyé vers Russell ?

Opal leva les yeux vers moi.

— Peut-être parce qu’il pensait qu’il pouvait t’aider. Peut-être parce qu’il avait découvert quelque chose qui le concernait. Ou peut-être parce qu’il voulait que quelqu’un examine les documents sans savoir exactement ce que ton père avait trouvé.

Je sentis une nouvelle vague d’angoisse monter en moi.

— Vous pensez qu’il pourrait être impliqué ?

— Je pense que nous ne devons ni l’accuser sans preuve, ni lui remettre tous les documents avant d’avoir vérifié les faits.

Elle prit son téléphone.

— Nous allons chercher un deuxième avis indépendant. Quelqu’un qui n’a aucun lien avec cette affaire.

Je hochai la tête.

Pour la première fois depuis notre rencontre, j’étais entièrement d’accord avec elle.

Nous devions avancer sans nous laisser manipuler.

Nous devions vérifier les faits.

Et nous devions comprendre pourquoi mon père avait conservé ce dossier pendant toutes ces années.

Mais, avant qu’Opal puisse passer son appel, mon téléphone vibra.

Un nouveau message venait d’arriver.

Cette fois, le numéro était masqué.

Le message ne contenait qu’une seule phrase.

« Si tu veux savoir qui a vraiment tué ton père, cesse immédiatement de faire confiance à Russell Keane. »

Je sentis mes doigts se figer autour du téléphone.

Je relus la phrase.

Puis je regardai Opal.

Elle avait vu mon visage changer.

— Qu’est-ce qui se passe ?

Je lui tendis l’écran.

Elle lut le message.

Et, pour la première fois depuis que j’étais arrivée chez elle, je la vis véritablement terrifiée.

Elle se leva brusquement, verrouilla la porte d’entrée et ferma les rideaux du salon.

Puis elle revint vers moi.

— Rebecca, écoute-moi attentivement.

Sa voix tremblait.

— Il y a quelque chose que je ne t’ai jamais raconté au sujet de ton père.

Je sentis mon cœur battre plus vite.

— Quoi encore ?

Elle regarda le message anonyme.

Puis elle murmura :

« La veille de sa mort, ton père m’a appelée. Il m’a dit qu’il avait découvert que quelqu’un de sa propre famille voulait le faire taire. »

Je cessai de respirer.

— Qui ?

Opal ferma les yeux.

Lorsqu’elle les rouvrit, elle prononça un nom.

« Monica. »

Je reculai.

— Non…

— Je ne sais pas si elle était directement impliquée dans ce qui est arrivé à ton père. Je n’ai aucune preuve qui me permettrait de l’affirmer. Mais il avait peur. Une peur que je ne lui avais jamais connue auparavant.

Elle posa une main sur mon bras.

— Et il m’a demandé de protéger ce dossier si quelque chose lui arrivait.

Je regardai la boîte métallique.

Puis la lettre.

Puis le message anonyme.

Pendant quatre ans, j’avais cru que le pire jour de ma vie avait été celui où le juge avait prononcé ma condamnation.

Je commençais à comprendre que cette condamnation n’était peut-être qu’une partie d’une histoire beaucoup plus vaste.

Une histoire qui avait commencé avant mon arrestation.

Une histoire qui avait peut-être commencé avant la mort de mon père.

Et une histoire dans laquelle je ne savais plus à qui faire confiance.

Je pris mon téléphone et photographiai le message anonyme.

Puis je l’enregistrai avec les autres preuves.

Je ne répondis pas.

Je ne contactai pas Monica.

Et je ne rappelai pas Russell.

Pas encore.

Car désormais, j’avais une nouvelle priorité.

Découvrir ce que mon père avait réellement trouvé.

Et comprendre pourquoi tant de personnes semblaient prêtes à tout pour m’empêcher de le découvrir.

Ce soir-là, avant de me coucher, je relus une dernière fois la lettre de mon père.

Je m’arrêtai sur un paragraphe que je n’avais pas remarqué auparavant.

Il y avait écrit :

« Rebecca, si tu dois un jour choisir entre croire quelqu’un que tu aimes et croire les preuves que tu as sous les yeux, souviens-toi que l’amour ne transforme pas un mensonge en vérité. »

Je serrai la lettre contre ma poitrine.

Puis je murmurai :

— Je vais découvrir la vérité, papa. Même si elle détruit tout ce que je croyais savoir.

Mais, au même moment, à plusieurs kilomètres de là, Monica Hale ouvrait un coffre dont elle avait gardé la clé pendant sept ans.

À l’intérieur se trouvait un document original.

Un document que notre père avait signé.

Un document qui pouvait changer le destin de ma maison.

Et, au dos de ce document, une phrase avait été écrite de sa main :

« Si Rebecca découvre ce contrat, elle comprendra pourquoi Monica ne peut jamais se permettre de le laisser voir la lumière du jour. »

Monica fixa ces mots pendant longtemps.

Puis elle sortit son téléphone.

Elle appela quelqu’un.

Lorsque la personne répondit, elle murmura :

— Elle a trouvé le dossier.

Un silence.

Puis une voix d’homme demanda :

— Est-ce qu’elle connaît la vérité sur son père ?

Monica ferma les yeux.

— Pas encore.

— Alors, nous avons encore un peu de temps.

Monica regarda le document.

Ses mains tremblaient.

— Et si elle découvre ce qu’il y a derrière le mur ?

La voix répondit froidement :

— Alors, nous n’aurons plus le choix. Il faudra lui révéler pourquoi son père a été tué… et qui a réellement ordonné sa condamnation…..

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