PARTIE 9 — LE SECRET SOUS LA MAISON
Je n’arrivais plus à bouger.
Vanessa se tenait à quelques mètres de moi.
À côté d’elle se trouvait l’homme que je croyais mort.
L’homme dont mon père n’avait jamais prononcé le nom.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis Vanessa murmura :
— Olivia… écoute-moi avant de faire quoi que ce soit.
Je la fixai.
— Après tout ce que tu as fait ?
Elle baissa les yeux.
— Je sais.
— Après le mariage ? Après les mensonges ? Après avoir essayé de me faire croire qu’Ethan était responsable de tout ?
— Je n’ai jamais voulu détruire ton mariage.
Je laissai échapper un rire nerveux.
— Alors qu’est-ce que tu voulais ?
Elle me regarda enfin.
— Te faire peur.
Ethan fit un pas vers elle.
— Pourquoi ?
Vanessa hésita.
Puis elle répondit :
— Parce que quelqu’un voulait que tu signes.
Je fronçai les sourcils.
— Signer quoi ?
Elle regarda l’homme derrière elle.
— Le transfert définitif du fonds.
Le silence retomba.
Je compris soudain.
Tout ce qui s’était passé avant notre mariage…
Les documents.
Les pressions.
Les manipulations.
Les accusations.
Ce n’était peut-être pas seulement une histoire de famille.
Quelqu’un voulait le contrôle du fonds.
Et mon nom était la dernière pièce nécessaire.
Ethan me regarda.
— Olivia, est-ce que tu as déjà signé quelque chose sans savoir exactement ce que c’était ?
Je secouai la tête.
— Non.
Vanessa murmura :
— C’est justement pour ça qu’ils ont échoué.
Je la regardai.
— « Ils » ?
Elle ne répondit pas.
L’homme prit alors la parole.
— Il est temps que tu connaisses la vérité.
Sa voix était calme.
Trop calme.
Je le fixai.
— Qui êtes-vous ?
Il inspira profondément.
— Je m’appelle Gabriel Bennett.
Mon cœur s’arrêta presque.
Bennett.
Le nom de mon père.
Mon nom.
— Vous êtes de ma famille ?
Gabriel hocha lentement la tête.
— Oui.
Vanessa ferma les yeux.
— Gabriel était le frère de ton père.
Je reculai.
Mon père avait toujours parlé de sa famille.
Mais jamais d’un frère.
Jamais.
Pas une seule fois.
— Mon père m’a dit qu’il était fils unique.
Gabriel sourit tristement.
— C’est ce qu’il voulait que tu croies.
Je regardai Vanessa.
— Tu savais ?
Elle acquiesça.
— Depuis longtemps.
— Et tu ne m’as rien dit ?
— Parce que je ne savais pas à qui faire confiance.
Je sentis la colère monter.
— Tu aurais pu me dire la vérité !
— Et qu’aurais-tu fait ?
Je ne répondis pas.
Elle continua :
— Tu serais allée voir Gabriel. Quelqu’un aurait su que je t’avais parlé. Et tout aurait recommencé.
Ethan intervint.
— Qu’est-ce qui aurait recommencé ?
Gabriel regarda la porte derrière lui.
— La même chose qu’il y a vingt-neuf ans.
Je me tournai vers lui.
— Qu’est-ce qui s’est passé il y a vingt-neuf ans ?
Il resta silencieux.
Puis il dit :
— Ton père a découvert que quelqu’un détournait de l’argent de l’entreprise familiale.
Je retins mon souffle.
— Thomas Cole ?
Gabriel secoua la tête.
— Non.
— Alors qui ?
Il me regarda.
— Quelqu’un de beaucoup plus proche.
Vanessa murmura :
— Quelqu’un qui connaissait parfaitement Arthur.
Je pensai immédiatement à ma mère.
Mais Gabriel secoua la tête avant même que je prononce son nom.
— Pas ta mère.
Il sortit une vieille photographie de sa poche.
Sur cette photo, mon père était jeune.
À côté de lui se tenaient Gabriel et une troisième personne.
Je reconnus immédiatement le visage.
Je l’avais vu dans les dossiers.
Je l’avais vu sur les photographies de l’ancienne entreprise.
Et je l’avais vu une fois dans la maison de mon père.
— Non…
Gabriel hocha la tête.
— Oui.
Je murmurai son nom.
Margaret.
La femme qui avait travaillé avec mon père pendant des années.
La femme que j’avais toujours considérée comme une amie de la famille.
La femme qui avait assisté à plusieurs réunions concernant le fonds.
Ethan prit la photographie.
— Margaret ?
Gabriel acquiesça.
— Elle savait tout.
Vanessa ajouta :
— Et elle n’a jamais cessé de surveiller le fonds.
Je secouai la tête.
— Mais pourquoi ?
Gabriel me regarda.
— Parce que le fonds n’a jamais été destiné uniquement à notre famille.
Il s’approcha du bureau et ouvrit un vieux tiroir.
À l’intérieur se trouvait un dossier noir.
Sur la couverture, un seul mot :
ORIGINE.
Il me le tendit.
Je l’ouvris.
Les premières pages contenaient des noms.
Des dizaines de noms.
Des personnes dont je n’avais jamais entendu parler.
Des entreprises.
Des comptes.
Des dates.
Et finalement…
un tableau.
Au sommet, il y avait écrit :
« Argent disparu : 14,7 millions. »
Je regardai Ethan.
— Quatorze millions ?
Gabriel acquiesça.
— L’argent avait disparu avant la création du fonds.
— Alors pourquoi mon père a-t-il créé le fonds ?
— Pour rendre l’argent.
Je restai silencieuse.
Gabriel poursuivit :
— Arthur avait découvert que l’argent avait été détourné au fil des années. Mais il ne savait pas immédiatement qui était responsable.
Il pointa un nom.
— Il a découvert ensuite que plusieurs personnes étaient impliquées.
Je regardai le document.
— Thomas ?
— Oui.
Puis il ajouta :
— Mais Thomas n’était pas le cerveau.
Mon regard descendit sur la page.
Le nom de Margaret apparaissait plusieurs fois.
Je relevai les yeux.
— Elle était impliquée.
Gabriel hocha la tête.
— Oui.
Vanessa prit la parole.
— Mais ce n’est toujours pas toute l’histoire.
Je me tournai vers elle.
— Quoi encore ?
Elle sortit une petite enveloppe.
— Ton père avait découvert que quelqu’un avait falsifié certains documents.
Elle me tendit l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvait une copie d’un ancien contrat.
Je reconnus immédiatement la signature de mon père.
Mais quelque chose était étrange.
La date.
Je calculai rapidement.
— Cette signature date de trois mois après sa mort.
Ethan se figea.
— Impossible.
Gabriel secoua la tête.
— Exactement.
Je regardai Vanessa.
— Quelqu’un a utilisé la signature de mon père après sa mort.
— Oui.
— Pour quoi faire ?
Vanessa me répondit :
— Pour transférer la propriété de plusieurs actifs.
Je sentis un frisson parcourir mon dos.
— À qui ?
Elle me regarda.
— À une société qui n’existait pas officiellement.
Je compris immédiatement.
— Une société fantôme.
Gabriel hocha la tête.
— Et cette société possédait une adresse.
Je regardai la feuille.
L’adresse était celle de mon ancienne maison.
Je reculai.
— Ma maison ?
— Oui.
Ethan me regarda.
— C’est impossible. Cette maison appartient à Olivia.
Gabriel répondit :
— Aujourd’hui.
Il marqua une pause.
— Mais pas à l’époque.
Je sentis mon cœur battre plus vite.
— Alors à qui appartenait-elle ?
Gabriel ne répondit pas.
Il prit simplement ses clés.
— Il faut y retourner.
Nous quittâmes le bâtiment quelques minutes plus tard.
Personne ne parlait.
La ville semblait étrangement calme.
Trop calme.
Pendant le trajet, je regardai constamment dans le rétroviseur.
Une voiture noire semblait nous suivre.
Ryan la remarqua également.
— Olivia…
— Je l’ai vue.
Ethan se retourna.
La voiture resta à distance.
Puis elle tourna à une intersection.
Nous continuâmes.
Quand nous arrivâmes devant mon ancienne maison, je ressentis immédiatement quelque chose d’étrange.
La maison n’avait pas changé.
Même façade.
Même portail.
Même vieux chêne devant la fenêtre de ma chambre.
Mais désormais, je savais qu’un secret était caché quelque part sous ses fondations.
Nous entrâmes.
Gabriel se dirigea directement vers le sous-sol.
Il ne demanda pas son chemin.
Je le suivis.
— Comment connaissez-vous cette maison ?
Il répondit sans se retourner :
— Parce que c’est moi qui ai construit la pièce cachée.
Je m’arrêtai.
— Quoi ?
Il ouvrit une vieille armoire.
Derrière elle se trouvait une petite porte.
Je n’avais jamais remarqué cette porte.
Gabriel inséra une clé.
La serrure s’ouvrit.
Un escalier descendait dans l’obscurité.
Ethan alluma la lumière de son téléphone.
Nous descendîmes.
En bas, il y avait une pièce étroite.
Des boîtes.
Des documents.
Des dossiers.
Et au centre…
un coffre métallique.
Gabriel s’approcha.
— Ton père ne voulait pas que ce coffre soit ouvert avant que tu sois prête.
Je regardai la serrure.
Il y avait trois emplacements.
— Pourquoi trois ?
Gabriel répondit :
— Parce que trois personnes devaient être présentes.
Je regardai autour de moi.
— Qui ?
Il me fixa.
— Toi.
Puis Ethan.
Puis Vanessa.
Vanessa pâlit.
— Non…
Je me tournai vers elle.
— Quoi ?
Elle secoua la tête.
— Il m’avait promis que ce jour n’arriverait jamais.
Gabriel posa une petite clé sur le coffre.
— Ton père savait que tu finirais par découvrir la vérité.
Je regardai Ethan.
Puis Vanessa.
Nous plaçâmes nos mains sur les trois mécanismes.
Gabriel compta :
— Un…
Deux…
Trois.
Le coffre s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait un seul objet.
Une cassette vidéo.
Et une lettre.
Je pris la lettre.
L’écriture était celle de mon père.
Je commençai à lire.
« Olivia,
Si tu es arrivée jusqu’ici, c’est que tout ce que j’ai essayé d’empêcher s’est finalement produit.
Tu dois maintenant savoir une chose.
La personne que tu cherches n’est pas Margaret.
Elle n’est pas Thomas.
Elle n’est pas Vanessa.
Et elle n’est même pas Gabriel.
La personne qui a commencé tout cela est quelqu’un que tu connais depuis ton enfance.
Quelqu’un en qui tu as toujours eu confiance.
Quelqu’un qui était présent le jour de ta naissance.
Et lorsque tu découvriras son identité, tu comprendras pourquoi j’ai dû mentir.
Je suis désolé, ma fille.
Mais je n’avais pas d’autre choix. »
Je levai lentement les yeux.
Personne ne bougeait.
Puis la cassette vidéo s’alluma soudainement.
L’écran montra mon père.
Il était assis derrière ce même bureau.
Il regardait directement la caméra.
Et il prononça une phrase qui me fit immédiatement comprendre que nous n’avions encore découvert qu’une petite partie de la vérité.
— « Olivia, si tu regardes cette vidéo… cela signifie que ta mère est morte en te disant un mensonge. »
Je cessai de respirer.
Vanessa porta une main à sa bouche.
Ethan me regarda.
Et sur l’écran…
mon père continua :
— « Ta mère n’est pas morte comme on te l’a raconté. »
La vidéo s’arrêta.
Le silence devint absolu.
Je regardai Vanessa.
Puis Gabriel.
Puis Ethan.
Et pour la première fois de ma vie, une question que je n’avais jamais osé poser traversa mon esprit :
Et si ma mère était encore en vie ?
CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE DE LA FIN DE L’HISTOIRE – PARTIE 👉 (10) : – La veille de mon mariage, j’ai entendu mes demoiselles d’honneur discuter à travers le mur de l’hôtel : « Versez du vin sur sa robe, faites disparaître les alliances, faites tout ce qu’il faut…