PARTIE 5
Je relus le message de Brenda au moins dix fois.
« Mais tu dois venir seule. »
Non.
Je n’allais certainement pas lui obéir.
Pas après tout ce que j’avais découvert.
Pas après avoir vu Daisy trembler de peur.
Pas après avoir découvert les transactions cachées, les documents falsifiés, le dossier médical secret et les vidéos de l’hôpital.
Et surtout…
pas après avoir appris que Brenda n’était peut-être même pas la fille biologique de Béatrice.
Je posai le téléphone sur la table.
Puis je regardai Daisy.
Elle jouait tranquillement avec son lapin en peluche, complètement inconsciente du chaos qui entourait sa vie.
Je me suis juré une chose.
Personne ne lui ferait plus jamais de mal.
J’appelai Claire.
Cette fois, elle décrocha.
« Valérie ? »
« Brenda vient de m’écrire. Elle veut me rencontrer seule. »
« Tu n’y vas pas. »
« Je sais. »
« Alors pourquoi tu me le dis ? »
« Parce que je pense qu’elle sait quelque chose sur Daisy. »
Silence.
Puis Claire demanda :
« Qu’est-ce que Mitchell t’a dit ? »
Je lui racontai tout.
Lorsqu’elle entendit que Brenda n’était pas la fille biologique de Béatrice, elle resta silencieuse quelques secondes.
« Valérie… »
« Oui ? »
« Ça expliquerait peut-être pourquoi Brenda est obsédée par les dossiers de Daisy. »
« Tu penses qu’elles ont un lien biologique ? »
« Je ne sais pas. Mais il faut le vérifier. »
Elle me demanda de lui envoyer le message de Brenda.
Je le fis.
Quelques minutes plus tard, elle rappela.
« J’ai une idée. »
« Laquelle ? »
« On ne va pas répondre comme si tu étais effrayée. On va lui faire croire que tu acceptes. »
Je me redressai.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’elle va probablement révéler quelque chose lorsqu’elle pensera avoir le contrôle. »
« Et si elle me piège ? »
« C’est pour ça que tu ne seras jamais seule. »
Nous avons élaboré un plan.
Je répondrais à Brenda.
Je choisirais un lieu public.
Je n’irais pas réellement seule.
Et Claire ferait surveiller les environs par quelqu’un de confiance.
Mais avant d’envoyer ma réponse, j’ai reçu un nouveau message.
Cette fois, Brenda avait joint une photo.
C’était une vieille photographie.
Deux bébés.
Deux berceaux.
Deux bracelets de naissance.
Je me suis rapprochée de l’écran.
Sur le premier bracelet était écrit :
DAISY.
Sur le deuxième :
EMILY.
Je sentis mon cœur s’arrêter.
C’était le même nom que celui retrouvé dans le dossier médical.
Emily.
J’écrivis immédiatement :
« Qui est Emily ? »
Brenda répondit presque instantanément.
« La petite fille qui devait rentrer chez elle avec ses parents. »
J’ai relu la phrase.
Puis :
« Et Daisy ? »
Long silence.
Enfin :
« C’est là que tout a changé. »
Je n’arrivais plus à penser correctement.
Deux bébés.
Deux noms.
Un dossier médical sous une autre identité.
Et une famille qui avait passé trois ans à me mentir.
Je demandai :
« Où est Emily aujourd’hui ? »
Brenda ne répondit pas.
À la place, elle envoya une adresse.
Un petit café dans le centre de Minneapolis.
Puis :
« Demain. 11 h. Viens seule. »
Je transmis immédiatement l’adresse à Claire.
Elle me répondit :
« Très bien. Nous allons savoir ce qu’elle cache. »
Le lendemain matin, j’habillai Daisy.
Je ne voulais pas la laisser à l’hôtel.
Mais je ne voulais pas non plus l’emmener au rendez-vous.
Claire trouva une amie de confiance qui pouvait rester avec elle.
Avant de partir, je me suis agenouillée devant Daisy.
« Maman revient bientôt. »
Elle m’a entouré le cou de ses petits bras.
« Tu vas me laisser encore ? »
Ces mots m’ont brisé le cœur.
« Non, ma chérie. Je ne te laisserai plus jamais seule. »
Elle m’a regardée.
Puis elle a murmuré :
« Même si tata Brenda revient ? »
Je me suis figée.
« Pourquoi tu dis ça ? »
Daisy a regardé le sol.
« Parce qu’elle est venue quand tu dormais. »
Mon cœur s’est serré.
« Quand ? »
« Cette nuit. »
Je me suis immédiatement tournée vers Claire.
« Elle était ici ? »
Claire a pâli.
Nous avons vérifié la caméra de sécurité de l’hôtel.
À 2 h 17 du matin, une femme portant un manteau sombre était entrée dans le bâtiment.
Elle avait utilisé l’ascenseur.
Elle était restée devant ma porte pendant presque quatre minutes.
Puis elle était repartie.
Le visage était partiellement caché.
Mais la silhouette ressemblait à Brenda.
Je n’avais plus aucun doute.
Ils savaient où nous étions.
Claire me regarda.
« Le rendez-vous est maintenu. Mais maintenant, nous devons être encore plus prudentes. »
À 10 h 55, je suis arrivée au café.
Je me suis assise à une table près de la fenêtre.
Claire était dans une voiture garée plus loin.
Deux autres personnes surveillaient discrètement l’entrée.
À 11 h 03, Brenda est entrée.
Elle n’était pas seule.
Un homme âgé l’accompagnait.
Je le reconnus immédiatement.
Raymond.
Mon beau-père.
Il s’assit avec elle.
Je ne comprenais pas.
Brenda regarda autour d’elle.
Puis elle me fixa.
« Tu n’aurais pas dû venir. »
Je répondis :
« Tu m’as demandé de venir. »
Elle soupira.
« Je t’ai demandé de venir seule. »
« Je ne fais plus confiance à personne dans ta famille. »
Elle baissa les yeux.
Pour la première fois depuis que je la connaissais, Brenda semblait véritablement épuisée.
Raymond posa ses mains sur la table.
« Valérie, il faut que tu écoutes jusqu’au bout. »
« Je veux des réponses. »
« Tu les auras. »
Brenda sortit une enveloppe.
Elle la posa devant moi.
« Ouvre-la. »
Je ne bougeai pas.
« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? »
« La vérité sur Daisy. »
Je regardai Raymond.
Il semblait beaucoup plus vieux que quelques jours auparavant.
« Pourquoi m’avez-vous menti ? »
Il baissa la tête.
« Parce que nous avions peur. »
« De quoi ? »
Brenda répondit :
« De perdre notre famille. »
Je pris finalement l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs documents.
Un certificat de naissance.
Un dossier médical.
Et une photographie.
Je pris la photo.
C’était celle des deux bébés.
Mais cette fois, il y avait une annotation au dos.
« Transfert effectué à 22 h 14. »
Je relevai les yeux.
« Transfert de quoi ? »
Brenda se mit à pleurer.
« De bébés. »
Le monde sembla s’arrêter.
« Vous avez échangé deux bébés ? »
Raymond secoua la tête.
« Non. »
« Alors expliquez-moi ! »
Il inspira profondément.
« Ce n’était pas un échange volontaire. »
« Qu’est-ce que ça signifie ? »
Brenda regarda son père.
Puis elle me regarda.
« Daisy et Emily sont nées à quelques minutes d’intervalle. »
« Et ? »
« Une erreur s’est produite à l’hôpital. »
Je me suis levée.
« Une erreur ? Vous avez passé trois ans à me mentir à cause d’une erreur ? »
Brenda secoua la tête.
« Ce n’était pas seulement une erreur. »
Elle sortit un autre document.
« Quelqu’un a délibérément changé les dossiers. »
Je sentis mon estomac se nouer.
« Qui ? »
Elle me regarda droit dans les yeux.
« Sarah. »
Je reculai.
« Sarah Whitmore ? »
« Oui. »
« Pourquoi ferait-elle ça ? »
Brenda ouvrit la bouche.
Mais aucun son ne sortit.
Raymond posa alors une main sur son bras.
« Dis-lui. »
Brenda prit une profonde inspiration.
« Parce qu’Emily était en danger. »
« Quel danger ? »
Elle me tendit une autre photo.
Cette fois, ce n’était pas un bébé.
C’était une femme.
Une jeune femme que je n’avais jamais vue.
Mais quelque chose dans son visage me semblait étrangement familier.
« Qui est-elle ? »
Brenda murmura :
« La mère biologique d’Emily. »
Je regardai la photo.
Puis le visage de Brenda.
Puis Raymond.
« Pourquoi me montrez-vous ça ? »
Brenda répondit :
« Parce que tu la connais. »
Je secouai la tête.
« Non. »
« Si. »
Elle posa son doigt sur la photo.
« Cette femme était ta meilleure amie avant que tu rencontres Mitchell. »
Je regardai encore l’image.
Et soudain, je reconnus le visage.
Mes mains se mirent à trembler.
C’était impossible.
Je connaissais cette femme.
Je l’avais connue pendant des années.
Elle avait disparu de ma vie juste avant mon mariage.
Je croyais qu’elle avait quitté Minneapolis.
Mais elle n’était jamais partie.
Elle était…
la sœur de Mitchell.
Je levai les yeux vers Brenda.
« Pourquoi sa fille serait-elle liée à Daisy ? »
Brenda ne répondit pas.
Raymond se pencha vers moi.
« Parce que Mitchell n’est pas le père biologique de Daisy. »
Le bruit du café autour de nous sembla disparaître.
Je n’entendais plus rien.
« Quoi ? »
Raymond poursuivit :
« Et il y a quelque chose que Mitchell ne t’a jamais dit. »
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
« Quoi ? »
Il me regarda avec une expression de regret.
« Daisy n’a pas été échangée avec Emily. »
Il marqua une pause.
Puis il prononça les mots qui allaient détruire tout ce que je croyais savoir sur ma famille.
« Daisy était l’enfant qu’ils cherchaient à protéger. »
Je ne comprenais plus rien.
« Protéger de qui ? »
Brenda répondit :
« De son vrai père. »
« Qui est son vrai père ? »
Elle me regarda.
Puis elle posa devant moi une dernière photo.
Je la pris.
Et mon sang se glaça.
Parce que l’homme photographié à côté de la mère d’Emily…
était quelqu’un que je connaissais.
Quelqu’un que je voyais presque tous les jours.
Quelqu’un qui avait passé les trois dernières années à prétendre aimer Daisy comme sa propre fille.
Mitchell.
Je reculai.
« Non… »
Raymond murmura :
« Mitchell a toujours su. »
Je me levai brusquement.
« Alors pourquoi m’a-t-il épousée ? »
Personne ne répondit.
Je regardai Brenda.
Elle pleurait maintenant.
« Parce que Daisy n’était pas censée être avec toi. »
Mon cœur se brisa.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Brenda ouvrit la bouche.
Mais avant qu’elle ne puisse répondre, la porte du café s’ouvrit.
Un homme entra.
Il regarda directement notre table.
Puis il sortit son téléphone.
Brenda devint livide.
« Il nous a trouvés. »
Raymond se leva.
« Valérie, pars maintenant. »
« Qui est cet homme ? »
Brenda murmura :
« Celui qui a commencé tout ça. »
L’homme s’avança.
Et lorsqu’il retira ses lunettes…
je reconnus son visage.
C’était le médecin dont le nom figurait sur le dossier secret de Daisy.
Dr. Helen Morris.
Mais ce n’était pas une femme.
Le nom du dossier avait été falsifié.
Et la personne devant nous n’était pas le médecin.
C’était quelqu’un d’autre.
Quelqu’un qui connaissait Daisy depuis le jour de sa naissance.
Il s’approcha de notre table et posa une enveloppe sur la chaise vide.
Puis il dit simplement :
« Valérie, vous devez savoir une chose avant qu’ils ne vous racontent le reste. »
Je le regardai.
« Quoi ? »
Il répondit :
« Daisy n’est pas la seule enfant dont l’identité a été changée cette nuit-là. »