PARTIE 6
L’homme pointait toujours son arme vers moi.
Je ne pouvais plus bouger.
La petite boîte noire était serrée contre ma poitrine.
« Posez-la », dit-il.
Ma gorge était sèche.
« Qu’est-ce que vous voulez ? »
« La boîte. »
« Pourquoi ? »
Il fit un pas vers moi.
« Parce que Larry savait que quelqu’un finirait par la trouver. »
Je reculai.
« Vous travaillez pour lui ? »
Il eut un petit rire.
« Non. »
« Alors pour qui ? »
Son expression changea.
« Pour quelqu’un qui attend cette boîte depuis quinze ans. »
Je regardai autour de moi.
Le couloir était étroit.
La porte derrière moi était verrouillée.
Il n’y avait aucune issue.
Puis je remarquai quelque chose.
La petite lumière rouge au-dessus de la porte clignotait.
Une caméra.
Je regardai directement l’objectif.
L’homme suivit mon regard.
« Ne perdez pas votre temps. »
« Vous pensez vraiment que personne ne sait que je suis ici ? »
Il sourit.
« Je sais exactement qui sait où vous êtes. »
Puis il tendit la main.
« La boîte. »
Je la serrai encore plus fort.
« Non. »
Son sourire disparut.
« Sarah, vous ne comprenez pas. »
« Alors expliquez-moi. »
Il hésita.
C’était la première fois qu’il semblait réellement inquiet.
« Si vous ouvrez cette boîte, vous allez découvrir pourquoi Larry a passé quinze ans à disparaître. »
« Je veux justement le savoir. »
« Et vous allez découvrir pourquoi votre propre vie a été liée à la sienne bien avant que vous le rencontriez. »
Je me figeai.
« Ma vie ? »
Il ne répondit pas.
Je regardai la boîte.
Puis lui.
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Il fit un autre pas.
« Donnez-moi la boîte et vous pourrez rentrer chez vous. »
« Et si je refuse ? »
Il baissa lentement son arme.
« Alors vous ne rentrerez peut-être jamais chez vous. »
À cet instant, j’entendis un bruit.
Un léger bip.
Puis un deuxième.
L’homme se retourna.
La porte derrière lui venait de se déverrouiller.
Il se retourna vers moi.
Et, pendant une fraction de seconde, il paniqua.
J’ai couru.
Je l’ai frappé à l’épaule en passant.
La boîte noire tomba presque de mes mains.
Je me précipitai vers la porte.
Il cria derrière moi.
« Sarah ! »
Je continuai à courir.
Je remontai l’escalier.
Je traversai le hall.
Une employée cria quelque chose derrière son comptoir.
Je ne m’arrêtai pas.
Je sortis dans la rue.
L’air froid me frappa le visage.
Je courus encore.
Deux rues.
Trois rues.
Puis je me cachai derrière un immeuble.
Je respirais difficilement.
La boîte était toujours dans ma main.
Je l’avais.
Mais je n’étais pas seule.
Mon téléphone vibra.
Un message.
Tu as dix minutes.
Puis un autre.
Ensuite, ils viendront te chercher.
Je regardai autour de moi.
Personne.
J’ai ouvert la boîte.
À l’intérieur, il y avait trois choses.
Une clé USB.
Une vieille montre.
Et une photographie.
J’ai pris la photographie.
Mon cœur s’est arrêté.
C’était moi.
Pas moi aujourd’hui.
Moi, enfant.
Je devais avoir huit ou neuf ans.
Je me tenais devant une maison que je ne reconnaissais pas.
À côté de moi se trouvait un homme.
Larry.
Mais il n’avait pas l’air d’avoir quinze ans de moins.
Il avait l’air exactement comme je l’avais connu.
Même regard.
Même sourire.
Même cicatrice près du sourcil.
Je retournai la photographie.
Une date était inscrite au dos.
14 août 1997.
Je calculai rapidement.
J’avais neuf ans.
Je regardai de nouveau l’image.
Pourquoi Larry avait-il une photographie de moi enfant ?
Je retournai la photo.
Sous la date, une phrase était écrite :
« Elle ne doit jamais savoir qui elle est réellement. »
Je sentis mes mains trembler.
Qui j’étais réellement ?
Je sortis la clé USB.
Je n’avais pas d’ordinateur sur moi.
Mais mon téléphone pouvait peut-être la lire avec un adaptateur.
Je pris un taxi.
Pendant le trajet, je regardais constamment derrière moi.
Aucune voiture ne semblait nous suivre.
Lorsque j’arrivai chez moi, je verrouillai la porte.
Puis toutes les fenêtres.
Je fermai les rideaux.
Je branchai la clé USB.
Il n’y avait qu’un seul fichier.
SARAH_FINAL.mp4
J’ai hésité.
Puis j’ai cliqué.
L’écran resta noir pendant quelques secondes.
Un bruit de respiration.
Puis la voix de Larry.
« Sarah. »
Je me suis figée.
« Si tu regardes cette vidéo, c’est que tu as trouvé la boîte. »
Son visage apparut.
Il était assis dans une pièce sombre.
Il semblait plus jeune.
Mais ce qui me terrifia, c’était la date affichée dans le coin de la vidéo.
Il y a six mois.
Larry avait enregistré cette vidéo six mois avant notre mariage.
Il savait déjà qu’il allait me rencontrer.
« Tu te demandes pourquoi j’avais une photo de toi. »
Je cessai de respirer.
« Tu te demandes probablement aussi pourquoi je t’ai reconnue la première fois que tu m’as donné ce café. »
J’ai reculé de ma chaise.
« Je ne t’ai jamais dit que je te connaissais. »
Larry continua.
« Parce que je te connaissais déjà. »
Mon cœur battait violemment.
« Sarah, quand tu avais neuf ans, tu as été témoin de quelque chose. Quelque chose que tu as oublié. »
Je secouai la tête.
« Non. »
« Tu étais dans une voiture cette nuit-là. »
L’image devint floue.
Puis une autre photographie apparut.
Une voiture.
Une maison.
Un homme.
Et une petite fille.
Moi.
Larry reprit :
« Ton père travaillait pour la même organisation que moi. »
Je me figeai.
Mon père était mort quand j’étais petite.
Je ne savais presque rien de son travail.
Larry poursuivit :
« La nuit où Emily a disparu, ton père était là. »
J’ai arrêté la vidéo.
Je n’arrivais plus à respirer.
Mon père ?
Quel rapport avait-il avec Emily ?
Je relançai la vidéo.
Larry parlait toujours.
« Ton père a découvert que quelqu’un utilisait des enfants pour déplacer de l’argent et des documents sans éveiller les soupçons. »
J’ai porté une main à ma bouche.
« Il a essayé de les dénoncer. »
Larry baissa les yeux.
« Il n’en a jamais eu l’occasion. »
L’écran devint noir.
Puis un dernier message apparut.
« Sarah, ton père n’est pas mort dans un accident. »
J’ai reculé.
Le verre posé sur ma table tomba au sol.
Il se brisa.
Je ne remarquai même pas le bruit.
Parce qu’une seule pensée tournait dans ma tête.
Si mon père n’était pas mort dans un accident…
Alors quelqu’un l’avait tué.
Et Larry le savait depuis le début.
Mon téléphone sonna.
Numéro inconnu.
Je ne voulais pas répondre.
Mais quelque chose m’en empêcha.
J’ai décroché.
« Allô ? »
Aucune réponse.
Puis une voix de femme.
« Sarah ? »
Je la reconnus.
Emily.
« Où êtes-vous ? » demandai-je.
Silence.
« Sarah, écoutez-moi attentivement. »
Sa voix tremblait.
« Vous devez quitter votre appartement. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’ils savent que vous avez ouvert la boîte. »
« Qui sont-ils ? »
Elle inspira profondément.
« Ceux qui ont tué votre père. »
Je fermai les yeux.
« Emily, qui est mon père ? »
Un long silence.
Puis elle répondit :
« Votre père était l’homme qui a essayé de sauver ma vie. »
Je me figeai.
« Quoi ? »
« Larry n’était pas votre protecteur, Sarah. »
« Alors qui était-il ? »
Sa voix se brisa.
« Il était le dernier homme qui connaissait toute la vérité. »
J’entendis soudain un bruit derrière elle.
Un claquement.
Emily murmura :
« Ils sont ici. »
Puis la ligne fut coupée.
Je restai immobile.
Une seconde.
Deux.
Puis quelqu’un frappa à ma porte.
Trois coups.
Toc.
Toc.
Toc.
Je regardai l’écran de mon téléphone.
Un dernier message venait d’arriver.
N’ouvre pas.
Puis un second.
C’est Larry.
Je fixai la porte.
Et pour la première fois depuis quinze ans, j’entendis une voix que je croyais appartenir uniquement à mes souvenirs.
Une voix d’homme.
Derrière ma porte.
« Sarah… »
Je cessai de respirer.
« C’est moi. »
Larry.
Impossible.
Il était censé être mourant.
Il avait disparu du centre.
Et maintenant il se tenait derrière ma porte.
« Sarah, ouvre-moi. »
Je reculai lentement.
Puis je regardai la boîte noire.
La photographie.
La clé USB.
Et la phrase écrite au dos :
Elle ne doit jamais savoir qui elle est réellement.
Je compris alors que la question n’était plus de savoir qui était Larry.
La vraie question était :
Qui étais-je, moi ?
One Comment on “PARTIE 6 : « J’ai épousé un sans-abri, jusqu’à ce que sa dernière lettre révèle la vérité »”