PARTIE 10 : « Mon fils de huit ans a été battu à mort dans l’allée de son grand-père. »

PARTIE 10 — LA FIN DE L’ORIGINE

Le visage de l’homme apparut enfin dans la lumière.
Daniel cessa de respirer.
Pendant plusieurs secondes, il resta complètement immobile, incapable de comprendre ce qu’il voyait.
Ce visage…
Il l’avait imaginé des centaines de fois sans même savoir qu’il l’imaginait.
Un visage plus âgé que celui de ses souvenirs flous.
Des yeux identiques aux siens.
La même ligne de mâchoire.
La même cicatrice près du sourcil gauche.
Daniel avait passé toute sa vie à croire qu’il était fils unique.
Et pourtant, devant lui se tenait Samuel Mercer.
Son frère.
Son frère aîné.
L’homme que tout le monde lui avait dit mort avant même qu’il puisse se souvenir de lui.
Samuel esquissa un sourire triste.
— Petit frère…
Daniel serra les poings.
— Ne m’appelle pas comme ça.
Le sourire de Samuel disparut.
— Tu as toujours été impulsif.
— Et toi, tu as toujours été vivant.
Silence.
Maria Ruiz leva lentement son arme.
Marcus se plaça à côté de Daniel.

 

 

 

— Daniel, ne fais rien d’inconsidéré.

Mais Daniel n’écoutait plus.

Toutes les pièces du puzzle s’assemblaient dans son esprit.

Son père.

Le laboratoire.

Origin.

Noah.

Les dossiers.

La clé numéro quatorze.

Les messages anonymes.

Diane.

La disparition de sa famille.

Et maintenant Samuel.

Tout semblait conduire à cet instant.

— C’est toi, dit Daniel. Depuis combien de temps me surveilles-tu ?

Samuel regarda Noah.

Le garçon se tenait derrière son père.

Il tremblait.

Mais il ne pleurait pas.

— Depuis longtemps.

Daniel sentit sa colère monter.

— Tu as approché mon fils ?

— Je ne lui ai jamais voulu de mal.

— Tu l’as fait surveiller.

— Oui.

— Tu as envoyé des gens après lui.

Samuel ne répondit pas.

Daniel comprit.

— Mon Dieu…

Il fit un pas vers lui.

— C’était toi.

Samuel secoua la tête.

— Non.

— Alors qui ?

Samuel regarda autour de lui.

— Tu poses encore la mauvaise question.

Maria intervint.

— Nous savons pour Origin.

Samuel eut un léger rire.

— Non, détective. Vous pensez savoir.

Il regarda Maria droit dans les yeux.

— Origin n’est pas une organisation.

Il marqua une pause.

— C’est une méthode.

Marcus fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

— Cela signifie que vous avez passé des années à chercher un homme à arrêter. Richard Whitmore. Puis Brian Calloway. Puis Scott Mercer. Vous pensiez qu’en retirant les personnes, vous détruiriez le système.

Samuel regarda Daniel.

— Mais le système n’a jamais dépendu d’eux.

Daniel murmura :

— Alors de qui dépend-il ?

Samuel répondit :

— De ceux qui ont appris à attendre.

Un bruit métallique résonna soudain dans le couloir.

Maria se retourna.

— Quelqu’un arrive.

Samuel ne bougea pas.

Il semblait presque attendre ce moment.

Puis les lumières s’éteignirent.

Noir complet.

Un cri retentit.

Noah.

— Papa !

Daniel se précipita vers lui.

— Je suis là !

Il attrapa la main de son fils.

Puis une lumière rouge s’alluma au fond du couloir.

Une sirène commença à hurler.

Et sur le mur apparut une phrase projetée en lettres blanches :

SUJET 001 — ACTIVATION FINALE.

Daniel regarda Noah.

Puis lui-même.

Il comprit.

— Ce n’est pas Noah…

Maria s’approcha.

— Quoi ?

Daniel regarda l’écran.

— C’est moi.


Quelques secondes plus tard, une porte blindée s’ouvrit.

Samuel disparut derrière elle.

Daniel voulut le suivre.

Mais Maria le retint.

— Attends !

— C’est mon frère !

— Justement.

Marcus regarda l’écran.

Une série de chiffres défilait.

Puis un nom apparut.

DANIEL MERCER — SUJET 001.

En dessous :

PHASE FINALE : RÉACTIVATION DE LA MÉMOIRE.

Daniel recula.

— Non…

Des images commencèrent à défiler.

Un enfant.

Une salle blanche.

Des médecins.

Un homme derrière une vitre.

Thomas Mercer.

Le père de Daniel.

Mais quelque chose était différent.

L’enfant dans la salle n’avait pas dix ans.

Il en avait six.

Daniel.

Il était assis sur une chaise.

Un casque sur les oreilles.

Un homme demandait :

— Quel est ton nom ?

Le petit Daniel répondait :

— Daniel.

— Et ton frère ?

Silence.

Le garçon regardait la caméra.

— Samuel.

Daniel porta une main à sa bouche.

— Je me souviens…

Maria le regarda.

— De quoi ?

Daniel ferma les yeux.

Des souvenirs revenaient.

Pas des rêves.

Pas des fragments.

Des souvenirs réels.

Samuel enfant.

Son père.

Sa mère.

Une maison.

Un sous-sol.

Une porte noire.

Et une phrase.

Une phrase que son père lui avait répétée pendant des années.

« Si un jour tu oublies Samuel, c’est parce que nous avons réussi. »

Daniel ouvrit brutalement les yeux.

— Mon père ne voulait pas que j’oublie.

Marcus demanda :

— Alors pourquoi l’as-tu oublié ?

Daniel regarda l’écran.

— Parce qu’il voulait me protéger.


Ils descendirent au niveau inférieur.

Chaque couloir ressemblait davantage à un hôpital qu’à un bunker.

Sur les murs, des photographies d’enfants.

Des centaines.

Des dossiers.

Des numéros.

Des dates.

Daniel s’arrêta devant une photographie.

Un petit garçon souriant.

Numéro 014.

Noah.

Daniel sentit son cœur se briser.

— Ils avaient son dossier depuis sa naissance.

Maria hocha lentement la tête.

— Oui.

— Pourquoi ?

Personne ne répondit.

Puis une voix sortit des haut-parleurs.

C’était celle de Samuel.

— Parce que Noah n’est pas le deuxième.

Daniel leva la tête.

— Quoi ?

— Il est le dernier.

La porte devant eux s’ouvrit.

Derrière se trouvait une immense salle circulaire.

Au centre, une table.

Sur cette table, un dossier.

Écrit en rouge :

ORIGINE — PROTOCOLE FINAL.

Daniel s’approcha.

Il ouvrit le dossier.

La première page contenait une liste de noms.

Thomas Mercer.

Eleanor Mercer.

Richard Whitmore.

Diane.

Brian Calloway.

Scott Mercer.

Puis…

Samuel Mercer.

Daniel tourna la page.

Et son propre nom apparut.

Mais la dernière ligne le fit pâlir.

Noah Mercer — SUJET DE TRANSITION.

— Transition vers quoi ? demanda Maria.

Daniel continua de lire.

Une phrase était soulignée.

Le sujet 001 devait servir de modèle. Le sujet 014 devait démontrer que le modèle pouvait être transmis naturellement.

Marcus comprit avant lui.

— Ils voulaient que Noah hérite de ce que tu avais.

Daniel releva les yeux.

— Quoi ?

Samuel apparut derrière une vitre.

— Une résistance.

Daniel se retourna.

— Explique-toi !

Samuel entra dans la salle.

Pour la première fois, son visage n’était plus froid.

Il semblait épuisé.

— Origin cherchait des personnes capables de résister à la manipulation psychologique.

Daniel ne comprenait toujours pas.

Samuel continua :

— Des enfants qu’on pouvait exposer à certaines techniques sans réussir à modifier leur identité, leurs souvenirs ou leurs décisions.

— Pourquoi ?

— Pour créer des agents parfaits.

Daniel sentit son estomac se nouer.

— Et toi ?

Samuel détourna les yeux.

— J’étais le deuxième.

Silence.

— Toi… tu as été testé avant moi.

— Oui.

— Et tu as échoué ?

Samuel eut un sourire amer.

— Non.

Il regarda Daniel.

— J’ai réussi.

Daniel resta figé.

Samuel poursuivit :

— C’est justement pour ça qu’ils m’ont gardé.


Puis la porte derrière eux se verrouilla.

Maria se retourna.

— Nous sommes enfermés.

Samuel secoua la tête.

— Pas vous.

Il regarda Daniel.

— Lui.

Une lumière blanche s’alluma au-dessus de Daniel.

Des haut-parleurs diffusèrent une voix.

Une voix que Daniel connaissait.

Celle de son père.

« Daniel, si tu entends ceci, alors ils ont réussi à te retrouver. »

Daniel trembla.

— Papa…

La voix continua.

« Je suis désolé. Je t’ai menti toute ta vie. »

Une pause.

« Samuel n’a jamais été ton ennemi. »

Daniel regarda son frère.

Samuel avait les yeux humides.

« Je savais qu’ils chercheraient à utiliser mes fils. Alors j’ai fait ce que je pouvais. J’ai effacé certaines parties de leurs souvenirs. J’ai séparé Samuel de toi. J’ai fait croire à chacun que l’autre avait disparu. »

Daniel murmura :

— Pourquoi ?

La voix répondit :

« Parce qu’Origin ne pouvait contrôler ce qu’elle ne pouvait pas retrouver. »

Puis une dernière phrase.

« Et si Noah est vivant aujourd’hui, c’est parce que Samuel a passé toute sa vie à le protéger. »

Daniel se tourna lentement vers son frère.

— C’est vrai ?

Samuel acquiesça.

— Depuis le début.

— Même Richard ?

— Je surveillais Richard.

— Même quand Noah a été attaqué ?

Samuel baissa les yeux.

— J’ai essayé d’arriver avant eux.

Daniel sentit les larmes monter.

Toute cette haine.

Toutes ces années.

Il avait détesté un homme qu’il ne connaissait même pas.

Mais cela ne suffisait pas.

— Alors pourquoi ne m’avoir rien dit ?

Samuel répondit :

— Parce que si tu savais, Origin savait que tu savais.


Une explosion secoua le bâtiment.

La poussière tomba du plafond.

Maria cria :

— Ils nous attaquent !

Samuel courut vers une console.

— Ils ont déclenché le protocole d’effacement.

Daniel regarda autour de lui.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Toutes les données vont être détruites.

Marcus demanda :

— Combien de temps ?

Samuel regarda l’écran.

— Huit minutes.

Daniel attrapa le dossier.

— On l’emporte.

Samuel secoua la tête.

— Non.

— Quoi ?

— Le dossier ne compte pas.

Samuel désigna les serveurs.

— Les preuves sont là.

Maria comprit.

— Si nous détruisons le système…

— Nous détruisons Origin.

Daniel regarda Noah.

Son fils tenait toujours sa main.

— Et comment ?

Samuel répondit :

— Il faut arrêter le programme depuis son origine.

Daniel fixa le clavier.

— Qu’est-ce que je dois faire ?

Samuel regarda son frère.

— Te souvenir.

Daniel ferma les yeux.

Il revit son enfance.

La salle blanche.

Son père.

Samuel.

Sa mère.

Les expériences.

Les tests.

Puis une porte.

Une porte portant le numéro 14.

Daniel ouvrit les yeux.

— La clé.

Maria sortit la clé qu’ils avaient trouvée.

Le numéro 14 brillait sous la lumière rouge.

Samuel hocha la tête.

— Ton père l’avait laissée pour toi.

Daniel inséra la clé.

Un compartiment secret s’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une vieille cassette.

Sur l’étiquette :

À mes fils.

Daniel la prit.

Une dernière vidéo.

Thomas apparut à l’écran.

Il semblait plus vieux.

Plus fatigué.

Mais son regard était déterminé.

— Mes garçons…

Daniel sentit les larmes couler.

Thomas continua :

— Si vous regardez ceci ensemble, cela signifie que j’ai échoué à vous protéger séparément. Mais peut-être ai-je enfin réussi à vous réunir.

Samuel baissa la tête.

— Origin ne mourra pas parce qu’un homme sera arrêté, disait Thomas. Elle mourra lorsque ceux qui ont été utilisés refuseront de continuer à l’être.

Il regarda directement la caméra.

— Samuel, tu n’es pas un monstre.

Puis :

— Daniel, tu n’es pas un sujet.

Et enfin :

— Noah n’est pas une expérience.

La vidéo s’arrêta.

Daniel resta immobile.

Puis il regarda Samuel.

— On termine ça.

Samuel acquiesça.

— Ensemble.


Les minutes suivantes furent un chaos absolu.

Maria récupéra les fichiers.

Marcus copia les bases de données.

Samuel désactiva les systèmes de sécurité.

Daniel chercha les dossiers des victimes.

Mais une porte s’ouvrit.

Des hommes armés entrèrent.

Maria leva son arme.

— Police ! Posez vos armes !

Ils refusèrent.

Le combat éclata.

Daniel attrapa Noah et le protégea derrière une console.

Samuel se plaça devant eux.

Pendant quelques secondes, il redevint l’homme qu’Origin avait créé.

Rapide.

Précis.

Froid.

Mais lorsque l’un des hommes leva son arme vers Noah…

Samuel hésita.

Une fraction de seconde.

Et cette fraction changea tout.

Daniel intervint.

L’homme tomba.

Samuel regarda son frère.

Daniel lui dit :

— Tu n’es plus leur arme.

Samuel hocha la tête.

— Je sais.

Puis ils avancèrent ensemble.


À trois minutes de la destruction automatique, Maria trouva quelque chose.

— Daniel !

Il se précipita vers elle.

Sur l’écran se trouvait une liste de plusieurs centaines de personnes.

Des victimes.

Des agents.

Des responsables.

Mais au sommet de la liste figurait un nom que Daniel n’avait jamais vu.

ELENA VOSS.

Daniel fronça les sourcils.

— Qui est-ce ?

Samuel pâlit.

— Elle.

— Tu la connais ?

— C’est elle qui a créé Origin.

Daniel regarda l’écran.

— Mais mon père disait que…

— Ton père voulait que tu crois que Thomas était au centre.

Samuel secoua la tête.

— Elena n’a jamais été arrêtée. Elle a utilisé Richard. Elle a utilisé mon père. Elle m’a utilisé moi.

Maria demanda :

— Où est-elle ?

Samuel regarda l’adresse.

Son visage se vida de toute couleur.

— Ici.

Silence.

— Quoi ?

Samuel désigna le dernier étage.

— Elle est dans le bâtiment.


Daniel, Samuel, Maria et Marcus montèrent.

Le dernier étage était étrangement calme.

Une seule porte.

Ils l’ouvrirent.

Une femme âgée était assise devant une fenêtre.

Elle semblait parfaitement sereine.

Elena Voss.

Elle se retourna.

Et sourit.

— Daniel.

Daniel leva son arme.

— Tout est terminé.

Elena regarda Noah.

— Non.

Elle sourit.

— Ça ne fait que commencer.

Daniel s’avança.

— Vous avez détruit des familles.

— J’ai créé un système.

— Vous avez manipulé des enfants.

— J’ai préparé l’avenir.

— Vous avez tué mon père.

Elena resta silencieuse.

Puis elle dit :

— Ton père s’est tué lui-même lorsqu’il a essayé de détruire ce qu’il avait contribué à créer.

Daniel trembla de colère.

— Vous avez utilisé mon frère.

— Samuel était exceptionnel.

Samuel s’avança.

— Je ne suis plus votre sujet.

Elena sourit.

— Tu le seras toujours.

Samuel leva son arme.

Daniel posa une main sur son épaule.

— Non.

Samuel le regarda.

Daniel secoua la tête.

— Elle veut que tu deviennes exactement ce qu’elle dit que tu es.

Samuel baissa lentement son arme.

Elena perdit son sourire.

Pour la première fois, elle semblait réellement inquiète.

Maria s’approcha et lui passa les menottes.

— Elena Voss, vous êtes en état d’arrestation.

Elena murmura :

— Vous ne comprenez pas.

Maria répondit :

— Peut-être.

Puis elle serra les menottes.

— Mais nous allons avoir beaucoup de temps pour comprendre.


Le bâtiment commença à trembler.

Le compte à rebours indiquait :

00:42

Samuel cria :

— Il faut sortir !

Ils coururent.

Quarante secondes.

Trente.

Vingt.

Daniel tenait Noah dans ses bras.

Samuel courait derrière eux.

Marcus et Maria ouvrirent les portes.

Dix secondes.

Ils atteignirent l’extérieur.

Puis le bâtiment s’effondra dans un grondement assourdissant.

Une énorme colonne de poussière monta vers le ciel.

Daniel se retourna.

Pour la première fois depuis des années…

Il ne ressentit pas de peur.

Seulement du silence.

Un silence immense.

Comme si quelque chose venait enfin de se terminer.


Trois mois plus tard.

Les procès commencèrent.

Les dossiers d’Origin furent transmis aux autorités.

Des centaines de victimes furent identifiées.

Des familles découvrirent enfin pourquoi certains de leurs proches avaient disparu.

Richard Whitmore fut transféré dans une prison fédérale à sécurité maximale.

Brian Calloway reçut une peine lourde après avoir témoigné.

Scott Mercer entra dans un programme de protection des témoins.

Elena Voss fut condamnée pour une longue liste de crimes.

Et Samuel…

Samuel resta.

Il témoigna.

Il raconta tout.

Même les choses qui lui faisaient honte.

Même les choses qu’il aurait préféré oublier.

Daniel ne lui pardonna pas immédiatement.

Mais il ne le rejeta pas non plus.

Parce qu’il avait compris une chose.

Samuel n’était pas né monstre.

Il avait été fabriqué.

Comme tant d’autres.

Et le premier acte de liberté de Samuel fut de choisir de raconter la vérité.


Un soir, Daniel était assis dans le jardin.

Noah jouait au baseball.

Il courait derrière une balle avec un sourire immense.

Daniel regardait son fils.

Puis quelqu’un s’assit à côté de lui.

Samuel.

Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.

Puis Samuel demanda :

— Tu crois qu’il se souviendra de tout ça ?

Daniel regarda Noah.

— Peut-être.

— Tu veux qu’il s’en souvienne ?

Daniel réfléchit.

— Je veux qu’il se souvienne de quelque chose de plus important.

Samuel le regarda.

— Quoi ?

Daniel sourit.

— Qu’il a toujours été libre.

Samuel baissa les yeux.

Puis Noah courut vers eux.

— Papa !

Daniel se leva.

— Quoi ?

Noah tenait une balle.

— Regarde !

Il lança la balle.

Daniel la rattrapa.

Noah rit.

Puis il regarda Samuel.

— Tu viens jouer avec nous ?

Samuel resta silencieux.

Une simple question.

Mais pour lui, c’était peut-être la chose la plus difficile qu’on lui ait jamais demandée.

Il regarda Daniel.

Daniel hocha la tête.

Samuel se leva.

— Oui.

Et pour la première fois de sa vie…

Samuel Mercer entra sur un terrain sans recevoir d’ordre.

Sans numéro.

Sans dossier.

Sans surveillance.

Simplement comme un frère.


Un an plus tard, Daniel reçut une dernière enveloppe.

Elle n’avait pas d’adresse d’expéditeur.

Il l’ouvrit avec méfiance.

À l’intérieur se trouvait une seule feuille.

Une phrase.

« Origin est détruite. Mais quelqu’un doit toujours raconter comment elle a commencé. »

Daniel regarda Samuel.

Samuel prit le papier.

Il le retourna.

Au dos figurait un symbole.

Le même symbole qu’ils avaient vu sur la première page.

Mais sous le symbole, une date.

1991.

Daniel fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

Samuel resta silencieux.

Puis il sourit légèrement.

— Rien.

Daniel le regarda.

— Tu mens.

Samuel rit.

— Peut-être.

Noah apparut derrière eux.

— Papa !

Daniel se retourna.

— Oui ?

— On va jouer ?

Daniel regarda le papier une dernière fois.

Puis il le plia.

Et le rangea dans un tiroir.

Pas parce qu’il avait peur.

Mais parce qu’il avait compris quelque chose.

Certaines histoires ne se terminent pas lorsque le dernier méchant tombe.

Elles se terminent lorsque les victimes cessent de vivre comme des victimes.

Lorsque les enfants cessent d’avoir peur.

Lorsque les frères séparés par les mensonges recommencent à se parler.

Lorsque la vérité n’est plus une arme entre les mains de ceux qui contrôlent…

Mais une lumière entre les mains de ceux qui ont survécu.

Daniel sortit dans le jardin.

Noah lui lança la balle.

Daniel la rattrapa.

— À toi !

Noah courut.

Samuel riait.

Et pendant quelques secondes, le monde semblait parfaitement normal.

Mais Daniel savait une chose.

Il y aurait peut-être d’autres secrets.

D’autres noms.

D’autres dossiers.

D’autres personnes qui tenteraient un jour de reconstruire ce qu’Origin avait commencé.

Mais cette fois…

Ils ne seraient pas seuls.

Parce que Daniel avait retrouvé son frère.

Noah avait retrouvé son père.

Et la vérité avait retrouvé sa voix.

Daniel regarda son fils courir vers lui.

Noah cria :

— Papa !

Daniel ouvrit les bras.

— Je suis là.

Et cette fois, il n’y avait plus de laboratoire.

Plus de numéro.

Plus de sujet 001.

Plus de sujet 014.

Il n’y avait qu’un père.

Un fils.

Un frère.

Et une famille qui, après des années de mensonges, avait enfin choisi de rester ensemble.

FIN.

Parce qu’au bout du compte, Origin n’a pas été vaincue par une arme.

Ni par un tribunal.

Ni par un homme plus puissant qu’un autre.

Elle a été vaincue par quelque chose qu’elle n’avait jamais réussi à contrôler :

la capacité d’un être humain à choisir qui il veut devenir.

Et c’est peut-être la vérité la plus dangereuse de toutes.

Car on peut effacer un souvenir.

On peut falsifier un dossier.

On peut séparer une famille.

On peut même faire croire à un enfant qu’il n’est qu’un numéro.

Mais on ne peut pas contrôler éternellement quelqu’un qui finit par découvrir la vérité.

Et lorsque Daniel entendit une dernière fois son fils rire dans le jardin, il comprit enfin ce que son père avait essayé de lui dire depuis le début :

On peut voler une enfance.

On peut voler des années.

On peut même voler des souvenirs.

Mais tant qu’il reste quelqu’un pour dire : « Je me souviens », l’histoire n’appartient plus à ceux qui ont menti.

Elle appartient à ceux qui ont survécu.

Et Daniel, Samuel et Noah avaient survécu.

Ensemble.

FIN DE LA PARTIE 10 — FIN DE L’HISTOIRE.