PARTIE 4
« Chérie ? Ouvre-moi. Il faut qu’on parle. »
Je restai complètement immobile.
Pendant quelques secondes, je n’entendis plus que les battements de mon propre cœur.
Austin frappa encore.
TOC.
TOC.
TOC.
« Je sais que tu es réveillée. La lumière est allumée. »
Je regardai l’enveloppe de Brandon.
Puis mon téléphone.
Le message du numéro inconnu était toujours affiché à l’écran.
Ne laisse pas Austin entrer. Il sait que Daisy a trouvé le message.
Une sensation glaciale me parcourut le corps.
Comment quelqu’un pouvait-il savoir que Daisy avait trouvé le message ?
Nous n’avions parlé à personne.
Pas même à mes filles aînées.
Pas même à Austin.
Personne.
Je tournai lentement la tête vers l’escalier.
Daisy était là.
Elle me regardait depuis les marches.
Elle avait dû entendre les coups.
Je plaçai immédiatement un doigt devant mes lèvres.
Elle comprit.

 

 

 

 

Je lui fis signe de ne faire aucun bruit.

Austin frappa encore.

« Je t’en prie. Ouvre-moi. »

Sa voix semblait calme.

Presque affectueuse.

C’était précisément ce qui me faisait peur.

Je connaissais Austin depuis des années.

Je connaissais le ton de sa voix lorsqu’il était inquiet.

Lorsqu’il était en colère.

Lorsqu’il essayait de cacher quelque chose.

Et cette nuit-là…

Je ne parvenais pas à déterminer lequel de ces tons j’entendais.

Je pris mon téléphone et écrivis rapidement à Daisy :

Reste en haut. Ne descends pas.

Elle hocha la tête.

Puis elle disparut dans le couloir.

Je m’approchai de la porte d’entrée sans faire de bruit.

Je ne l’ouvris pas.

« Austin ? »

Il répondit immédiatement.

« Oui. »

« Pourquoi es-tu ici ? »

Un silence.

« J’ai besoin de te parler. »

« À cette heure-ci ? »

« C’est important. »

Je regardai l’horloge.

2 h 26.

« Tu peux me parler demain matin. »

Cette fois, il ne répondit pas tout de suite.

Puis sa voix changea.

« Non. Je ne peux pas attendre demain. »

Je sentis mon estomac se nouer.

« Pourquoi ? »

Long silence.

Puis :

« Parce que quelqu’un a retrouvé quelque chose qui ne devait jamais être retrouvé. »

Je cessai de respirer.

Il savait.

Je reculai d’un pas.

Austin poursuivit :

« Ouvre la porte. »

Je ne répondis pas.

« Je ne suis pas venu te faire du mal. »

Cette phrase me glaça davantage.

Je n’avais jamais dit que j’avais peur qu’il me fasse du mal.

Alors pourquoi avait-il besoin de préciser cela ?

Je regardai l’enveloppe.

Puis le téléphone.

Je décidai de jouer la comédie.

« Je ne comprends pas de quoi tu parles. »

Austin soupira.

« Ne mens pas. »

Ma main se resserra autour du papier.

« Je ne mens pas. »

« Daisy a trouvé le message, n’est-ce pas ? »

Mon cœur s’arrêta.

Je reculai brusquement.

Daisy.

Il venait de prononcer son nom.

Comment savait-il ?

Je regardai vers l’escalier.

Daisy avait probablement entendu.

Je n’avais plus aucun doute.

Austin savait.

Et il savait depuis suffisamment longtemps pour comprendre exactement ce que signifiait ce message.

« Comment sais-tu ce que Daisy a trouvé ? »

Aucun son.

Puis Austin murmura :

« Parce que je savais que ça finirait par arriver. »

Je fermai les yeux.

Les souvenirs de Brandon revinrent.

Son sourire.

Sa voix.

Ses mains autour de nos enfants.

La dernière fois que je l’avais vu vivant.

Je n’avais jamais imaginé qu’un jour je me retrouverais derrière une porte, incapable de faire confiance à l’homme que j’aimais désormais.

« Qu’est-ce qui s’est réellement passé cette nuit-là ? » demandai-je.

Austin ne répondit pas.

« Austin ! »

Il finit par dire :

« Ce n’était pas comme on te l’a raconté. »

Mes jambes faillirent céder.

« Alors dis-moi la vérité. »

« Je ne peux pas ici. »

« Pourquoi ? »

« Parce que la maison n’est plus sûre. »

Je regardai autour de moi.

« Qu’est-ce que ça signifie ? »

Il baissa la voix.

« Quelqu’un nous écoute peut-être. »

Je restai silencieuse.

Puis je remarquai quelque chose.

À travers la vitre latérale de la porte, je pouvais voir le reflet de sa voiture.

Mais quelque chose n’allait pas.

Il n’était pas venu seul.

Une deuxième voiture était stationnée plus loin, presque entièrement cachée dans l’obscurité.

Je plissai les yeux.

« Austin… qui est dans l’autre voiture ? »

Il se retourna brusquement.

Pendant une seconde, son visage sembla perdre toute couleur.

Puis il répondit :

« Personne. »

Mensonge.

Je le savais.

Il le savait.

Et il savait que je le savais.

Je reculai de la porte.

« Je ne t’ouvre pas. »

« Écoute-moi. »

« Non. »

« Tu dois me laisser entrer. »

« Pourquoi ? »

« Parce que si les personnes qui cherchent cette lettre découvrent que tu l’as, toi et tes filles serez en danger. »

Je sentis les larmes me monter aux yeux.

« Qui sont ces personnes ? »

Il ne répondit pas.

« Austin, qui sont-ils ? »

Toujours rien.

Puis il dit quelque chose qui me fit plus peur que tout le reste.

« Brandon les connaissait. »

Je me figeai.

« Quoi ? »

« Il travaillait sur quelque chose avant sa mort. »

« Quoi ? »

« Je ne sais pas exactement. »

« Tu mens ! »

Ma voix résonna dans le hall.

Daisy apparut au sommet de l’escalier.

Je lui fis signe de rester cachée.

Austin entendit probablement le mouvement.

« Daisy ? »

Elle ne répondit pas.

« Daisy, c’est Austin. »

Je montai rapidement quelques marches et pris ma fille par la main.

« Viens. »

Nous nous dirigeâmes vers ma chambre.

« Maman, qu’est-ce qui se passe ? »

« Je vais tout t’expliquer. Mais maintenant, tu dois m’écouter attentivement. »

Je fermai la porte de ma chambre.

Puis je poussai la commode devant.

Daisy me regardait avec de grands yeux.

« Maman, j’ai peur. »

Je la pris dans mes bras.

« Moi aussi. »

C’était la première fois que je lui disais la vérité.

Je n’étais plus certaine que nous étions en sécurité.

Je pris l’enveloppe de Brandon.

« Mais ton père voulait que nous découvrions la vérité. »

Daisy essuya ses larmes.

« Ouvre-la. »

Je regardai la porte.

Austin frappait toujours en bas.

Mais il ne criait plus.

Il était devenu étrangement silencieux.

Je glissai finalement les ciseaux sous le rabat.

L’enveloppe s’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une feuille pliée.

Et une petite clé métallique.

Je pris d’abord la clé.

Elle était ancienne.

Une petite étiquette était attachée dessus.

CABANE — BOÎTE 17

Je sentis mon cœur s’emballer.

La cabane.

L’endroit où Brandon était allé avec nos trois garçons pour la dernière fois.

Je dépliai la lettre.

La première ligne me fit immédiatement pleurer.

« Ma chère Elena, si tu lis ceci, je suis probablement mort. »

Je dus m’asseoir.

Daisy s’assit à côté de moi.

Je continuai.

« Je suis désolé de t’avoir caché certaines choses. Je pensais pouvoir régler cela avant que notre famille ne soit impliquée. Je me suis trompé. »

Je respirai profondément.

« L’accident ne sera pas un accident. »

Je fermai les yeux.

Le mot était écrit plusieurs fois dans mon esprit.

Pas un accident.

Je continuai.

« Si quelque chose m’arrive, ne contacte pas Austin. Même s’il prétend vouloir t’aider. »

Je regardai Daisy.

Elle avait les yeux remplis de larmes.

Puis je lus la phrase suivante.

« Austin n’est pas celui que tu crois. »

Je sentis quelque chose se briser en moi.

Pendant cinq ans, j’avais aimé cet homme.

Et Brandon le savait.

Il savait que je finirais peut-être par lui faire confiance.

La lettre continuait.

« Mais ne le considère pas comme ton principal ennemi. Il n’est qu’une partie de quelque chose de beaucoup plus grand. »

Je m’arrêtai.

Quelque chose de plus grand.

Quoi ?

Je poursuivis.

« Dans la boîte 17, tu trouveras les preuves. Elles expliqueront pourquoi nous avons été suivis. Elles expliqueront pourquoi j’ai commencé à avoir peur. Et elles te montreront pourquoi je n’ai jamais voulu que tu cherches la vérité après ma mort. »

Je regardai la clé.

Boîte 17.

Puis je lus la dernière partie.

« Surtout, Elena, ne va pas seule à la cabane. »

Je m’arrêtai.

Un bruit sourd retentit en bas.

BANG !

Daisy sursauta.

Quelqu’un venait de frapper violemment contre la porte.

Je me levai.

« Maman… »

« Chut. »

Nous entendîmes Austin crier :

« Elena ! Écoute-moi ! Je ne peux plus te protéger si tu refuses de m’écouter ! »

Je regardai Daisy.

Puis la lettre.

Puis la petite clé.

Une pensée me traversa.

Si Austin était réellement venu pour nous protéger…

Pourquoi avait-il besoin d’entrer de force ?

Je pris mon téléphone.

J’appelai les urgences.

Mais avant que l’appel ne se connecte, mon téléphone s’éteignit.

Batterie à zéro.

Je le regardai avec incrédulité.

Je l’avais chargé avant de me coucher.

Impossible.

Daisy me montra alors son téléphone.

« Le mien aussi ne fonctionne plus. »

Je compris.

Quelqu’un avait peut-être brouillé le signal.

Ou peut-être était-ce simplement une coïncidence.

Mais à ce moment précis, je n’étais plus prête à croire aux coïncidences.

Je pris la main de Daisy.

« Il faut sortir d’ici. »

« Par où ? »

Je regardai la fenêtre.

Notre chambre se trouvait au rez-de-chaussée, à l’arrière de la maison.

Nous pouvions peut-être sortir sans être vues.

Je soulevai doucement la fenêtre.

Un courant d’air froid entra.

Nous étions presque dehors lorsque j’entendis un bruit dans le couloir.

Quelqu’un montait l’escalier.

Je me figeai.

Austin.

Mais il n’était pas censé pouvoir monter.

La porte d’entrée était toujours fermée.

Je regardai Daisy.

Nous ne pouvions plus attendre.

Je la fis passer par la fenêtre.

Puis je sortis derrière elle.

Nous nous cachâmes derrière les buissons.

Quelques secondes plus tard, la fenêtre de ma chambre se referma doucement.

Nous étions dehors.

En sécurité.

Du moins, c’est ce que je croyais.

Nous courûmes jusqu’au vieux garage situé derrière la maison.

Je savais qu’il y avait une vieille voiture que Brandon avait gardée pendant des années.

Elle ne roulait presque plus.

Mais peut-être pouvait-elle encore démarrer.

Je trouvai les clés.

Je tournai le contact.

Le moteur toussa.

Puis…

Il démarra.

Daisy s’installa à côté de moi.

Je quittai notre propriété sans allumer les phares pendant les premières secondes.

Je regardai dans le rétroviseur.

La maison s’éloignait.

Puis une silhouette apparut devant la porte.

Austin.

Il nous regardait partir.

Mais il ne courait pas.

Il ne criait pas.

Il ne semblait même pas surpris.

Il restait simplement là.

Comme s’il savait exactement où nous allions.

Je roulai jusqu’à la route principale.

Puis Daisy murmura :

« Maman… »

« Oui ? »

Elle pointa le rétroviseur.

Une voiture sombre venait de quitter notre rue.

Elle nous suivait.

Je serrai le volant.

« Ne regarde pas derrière toi. »

« C’est la même voiture que celle devant la maison ? »

Je ne répondis pas.

Je savais déjà.

Oui.

Nous continuâmes à rouler.

La route vers la cabane était longue et isolée.

Et plus nous nous éloignions de la ville, plus la pluie devenait forte.

Après environ quarante minutes, nous arrivâmes près de l’ancienne route forestière.

Je ralentis.

Daisy regarda la clé.

« Boîte 17. »

« Oui. »

Nous approchâmes de la cabane.

Puis je vis quelque chose qui me fit freiner brutalement.

La vieille cabane était toujours là.

Mais quelqu’un avait récemment changé la serrure.

Et sur la porte, juste au-dessus de la poignée, quelqu’un avait gravé quatre mots.

Je sortis lentement de la voiture.

La pluie tombait sur mon visage.

Je m’approchai.

Je lus les mots.

« TU AURAIS DÛ OUBLIER. »

Daisy se plaça derrière moi.

« Maman… »

Je regardai la forêt.

Quelque chose bougea entre les arbres.

Puis une lumière apparut au loin.

Une voiture venait d’arriver.

Je reconnus immédiatement ses phares.

La même voiture sombre qui nous suivait depuis la maison.

Mais cette fois, elle ne s’arrêta pas.

Elle resta simplement là, moteur allumé.

Quelqu’un était assis derrière le volant.

Je pris la main de Daisy.

« On entre dans la cabane. Maintenant. »

Je sortis la clé.

Je l’insérai dans la nouvelle serrure.

Elle tourna.

La porte s’ouvrit.

À l’intérieur, tout était plongé dans l’obscurité.

Mais sur la vieille table où Brandon avait l’habitude de préparer le dîner pour nos garçons, quelqu’un avait laissé une lampe allumée.

Et juste à côté de cette lampe se trouvait une boîte métallique.

Sur son couvercle, un numéro était inscrit.

17.

Je m’approchai lentement.

Daisy resta derrière moi.

Je posai ma main sur le couvercle.

Puis je remarquai quelque chose d’autre.

Une photographie était posée sur la boîte.

Je la pris.

C’était une photo de Brandon.

Mais il n’était pas seul.

À côté de lui se tenait un homme que je connaissais parfaitement.

Un homme que j’avais vu presque chaque semaine pendant cinq ans.

Je sentis mes jambes trembler.

Parce que l’homme sur la photo n’était pas Austin.

C’était quelqu’un que je n’aurais jamais imaginé lié à Brandon.

Et au dos de la photographie, Brandon avait écrit :

« Si Elena découvre cette photo, alors ils ont déjà commencé à la surveiller. »

Je retournai lentement la photo.

Et à cet instant, la lumière de la cabane s’éteignit.

Dans l’obscurité totale, Daisy attrapa ma main.

Puis une voix d’homme murmura derrière nous :

« Vous n’auriez jamais dû venir ici. »

CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE 👇 (PARTIE 5) Cinq ans après que mon mari et nos trois fils ont péri dans une tempête dévastatrice,