PARTIE 4 : LA PASSAGÈRE DISPARUE
La cabine entière semblait retenir son souffle.
Les lumières de secours diffusaient une faible clarté dans l’allée.
Personne ne parlait.
Personne ne comprenait.
Et surtout, personne n’osait bouger.
Elizabeth Hart était agenouillée devant la femme du rang 5.
— Madame, respirez. Dites-moi exactement ce qui s’est passé.
La femme tremblait.
— Ma fille… elle était assise ici.
— Quel âge a-t-elle ?
— Onze ans.
— Son prénom ?
— Sophie.
Elizabeth regarda le siège.
Vide.
Un petit sac rose était encore posé sous le siège avant.
Une tablette reposait sur la tablette rabattue.
Une bouteille d’eau était ouverte.
Tout indiquait que l’enfant avait été là quelques secondes auparavant.
Mais elle avait disparu.
Daniel Cross arriva immédiatement.
— Personne ne quitte sa place.
Sa voix était ferme.
— Nous allons retrouver cette enfant.
Thomas Coleman regarda Zara.
— Reste avec moi.
Zara acquiesça.
Mais son regard ne quittait pas la rangée 5.
Quelque chose la dérangeait.
Elle regarda le siège.
Puis le couloir.
Puis la porte de l’avion.
— Papa…
Thomas se pencha vers elle.
— Quoi ?
— Elle n’a pas été emmenée.
Thomas fronça les sourcils.
— Pourquoi dis-tu ça ?
— Parce que son sac est encore là.
— Quelqu’un peut avoir laissé le sac.
Zara secoua la tête.
— Pas comme ça.
Elle désigna la tablette.
— Elle regardait quelque chose.
Elizabeth s’approcha.
— Quoi ?
Zara montra l’écran.
La tablette affichait toujours une vidéo interrompue.
Elizabeth reconnut immédiatement l’image.
C’était une caméra d’aéroport.
— Pourquoi une enfant regarderait-elle ça ?
Zara observa l’écran.
— Ce n’est pas elle qui regardait.
Daniel se retourna.
— Quoi ?
Zara pointa l’écran.
— Regardez l’heure.
Daniel s’approcha.
La vidéo avait été ouverte à 14 h 07.
L’heure actuelle était 14 h 32.
Daniel sortit son téléphone.
Il vérifia quelque chose.
Son visage changea.
— Cette vidéo n’est pas disponible pour les passagers.
La mère de Sophie devint pâle.
— Alors comment ma fille l’a-t-elle obtenue ?
Personne ne répondit.
Thomas prit doucement la tablette.
Il regarda l’écran.
Puis il regarda Zara.
— Tu reconnais quelque chose ?
Zara hocha lentement la tête.
— Oui.
— Quoi ?
Elle désigna l’arrière-plan de la vidéo.
— Cette voiture.
Daniel regarda l’image.
Une berline noire stationnait près d’une entrée de service.
La plaque était floue.
Mais sur le côté du véhicule se trouvait un petit symbole.
Un cercle blanc traversé par une ligne verticale.
Thomas se figea.
— Où as-tu vu ça ?
Zara répondit :
— Dans le dossier de papa.
Thomas ne dit rien.
Daniel comprit immédiatement.
— Le dossier de l’affaire Coleman ?
Thomas acquiesça.
Richard Bennett, qui était resté silencieux jusque-là, s’approcha.
— De quelle affaire parlez-vous ?
Thomas le regarda.
— Retournez à votre siège.
— Je veux comprendre.
— Vous comprendrez plus tard.
Richard ne bougea pas.
— Monsieur Coleman, je suis peut-être en mesure de vous aider.
Thomas le fixa quelques secondes.
Puis il demanda :
— Comment ?
Richard hésita.
— Je connais certains responsables de sécurité.
Daniel eut un rire bref.
— Nous n’avons pas besoin de relations.
Richard se raidit.
— Vous ne savez pas qui je suis.
Thomas répondit calmement :
— Si.
Richard fronça les sourcils.
— Vous me connaissez ?
— Je connais Bennett Strategic Holdings.
Cette fois, Richard resta silencieux.
Thomas continua :
— Et je sais exactement pourquoi votre réservation a été déplacée de 7C à 2B cette nuit.
Le visage de Richard perdit ses couleurs.
— Je n’ai rien à voir avec ça.
— Je n’ai pas dit le contraire.
— Alors pourquoi me regardez-vous comme ça ?
Thomas répondit :
— Parce que votre société a acheté quelque chose il y a six mois.
Richard se figea.
— Quoi ?
Thomas ne répondit pas.
Daniel intervint.
— Monsieur Coleman.
Thomas tourna la tête.
Daniel lui montra son téléphone.
— Nous avons une autre anomalie.
— Laquelle ?
— Les caméras du terminal ont été coupées pendant exactement quatre-vingt-douze secondes.
Elizabeth sentit un frisson.
— Quand ?
Daniel regarda l’heure.
— À 14 h 06.
Zara regarda la tablette.
— Une minute avant la vidéo.
Daniel acquiesça.
— Exactement.
La mère de Sophie éclata en sanglots.
— Mais où est ma fille ?
Daniel se tourna vers elle.
— Nous allons la retrouver.
Puis il regarda Thomas.
— Mais il faut faire vite.
Thomas comprit.
— Pourquoi ?
Daniel montra l’écran.
— Parce que quelqu’un vient de se connecter au système de surveillance depuis l’intérieur de cet avion.
Tout le monde se tut.
Elizabeth regarda les passagers.
— Depuis l’intérieur ?
— Oui.
Daniel leva les yeux.
— Et le signal vient…
Il s’arrêta.
Son visage devint complètement immobile.
Thomas demanda :
— D’où ?
Daniel regarda le siège 2A.
Puis Zara.
Puis Richard.
— Du siège 2A.
Zara regarda immédiatement son siège.
— Mais je n’y suis jamais assise.
— Justement, répondit Daniel.
Thomas s’approcha.
— Vérifiez-le.
Daniel s’agenouilla devant le siège.
Il passa la main sous le coussin.
Rien.
Il vérifia le compartiment latéral.
Rien.
Puis il sentit quelque chose.
Un petit objet métallique.
Il le sortit.
C’était une minuscule clé USB.
Richard regarda l’objet.
— Ce n’est pas à moi.
Daniel l’observa.
— Je ne vous ai rien demandé.
Il connecta la clé à un appareil sécurisé.
L’écran s’alluma.
Un seul dossier apparut.
COLEMAN_14
Zara sentit son cœur s’accélérer.
— Pourquoi mon âge ?
Thomas prit une inspiration.
— Parce que ce fichier a été créé pour toi.
Le dossier contenait une série de photographies.
Zara.
À l’aéroport.
À l’école.
Dans un café.
Dans une bibliothèque.
Devant son immeuble.
Toutes prises à son insu.
Elizabeth porta une main à sa bouche.
— Depuis combien de temps ?
Daniel fit défiler les images.
— Trois ans.
Zara resta parfaitement immobile.
— Trois ans ?
Thomas serra les mâchoires.
— Oui.
Elle regarda son père.
— Tu savais ?
Il ne répondit pas immédiatement.
— Papa ?
— Je savais que quelqu’un te surveillait.
— Et tu ne me l’as jamais dit ?
— Je voulais que tu aies une enfance normale.
Zara baissa les yeux.
— Je ne suis pas une enfant normale, alors.
Thomas s’approcha d’elle.
— Tu es ma fille.
— Ce n’est pas une réponse.
— C’est la seule réponse qui compte pour moi.
Zara détourna le regard.
Mais quelque chose d’autre venait d’apparaître sur l’écran.
Une vidéo.
Daniel l’ouvrit.
L’image montrait le terminal.
Puis une personne apparut.
Un homme portant une casquette sombre.
Il regarda directement la caméra.
Puis il leva la main.
Il tenait une photographie.
La photographie de Zara.
L’homme prononça quelques mots.
Le son était faible.
Daniel augmenta le volume.
La voix devint audible.
— Coleman… si tu regardes ceci, c’est que ta fille est déjà dans l’avion.
Thomas se figea.
L’homme poursuivit :
— Et si elle est dans l’avion, alors tu as déjà perdu.
La vidéo s’arrêta.
Personne ne respirait.
Puis l’écran devint noir.
Zara regarda son père.
— Qui est cet homme ?
Thomas ne répondit pas.
Elle insista.
— Papa.
Thomas fixa l’écran.
— Son nom est Victor Hale.
Richard releva brusquement la tête.
— Victor Hale ?
Thomas le regarda.
— Vous le connaissez ?
Richard resta silencieux.
Trop longtemps.
Thomas s’approcha de lui.
— Monsieur Bennett.
Richard recula d’un pas.
— Je ne connais pas cet homme.
— Vous avez reconnu son nom.
— Non.
— Vous avez réagi avant même que je termine.
Richard secoua la tête.
— Vous vous trompez.
Thomas ne le quitta pas des yeux.
— Alors expliquez-moi pourquoi le numéro de téléphone de Victor Hale apparaît dans l’historique de votre réservation.
Richard devint livide.
Elizabeth regarda Daniel.
Daniel venait de recevoir une nouvelle notification.
Il la lut.
Puis il leva les yeux.
— Monsieur Coleman…
— Quoi ?
— Nous venons de recevoir une transmission du contrôle au sol.
— Parlez.
Daniel hésita.
— Ils ont retrouvé Sophie.
La mère de l’enfant se précipita vers lui.
— Où est-elle ?
Daniel répondit :
— Dans le terminal.
Un immense soulagement traversa la femme.
— Elle va bien ?
Daniel ne répondit pas.
La mère comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
— Qu’est-ce que vous voulez dire ?
Daniel regarda Thomas.
— Elle a été retrouvée seule.
— Où ?
— Dans une zone sécurisée.
— Et comment est-elle arrivée là ?
Daniel baissa la voix.
— Elle affirme qu’un homme lui a demandé de le suivre.
La mère éclata :
— Quel homme ?
Daniel regarda Zara.
— Un homme qui lui a dit qu’il travaillait pour votre père.
Thomas se figea.
— Pour moi ?
— Oui.
Zara sentit son estomac se nouer.
— Qu’est-ce qu’il lui a dit ?
Daniel répondit :
— Qu’il devait simplement la conduire auprès de toi.
Thomas regarda sa fille.
Puis Richard.
Puis le dossier rouge.
Il comprit quelque chose.
— Ils ne voulaient pas enlever Sophie.
Daniel hocha lentement la tête.
— Non.
— Ils voulaient créer une diversion.
— Exactement.
Zara murmura :
— Pour me faire sortir de l’avion.
Thomas regarda Daniel.
— Et pendant ce temps…
Daniel termina sa phrase :
— Quelqu’un d’autre devait monter à bord.
Un bruit sourd résonna alors dans la cabine.
Tous les passagers se retournèrent.
La porte de l’office venait de se refermer.
Elizabeth se précipita vers elle.
Elle l’ouvrit.
Personne.
Mais sur le sol se trouvait une enveloppe blanche.
Elle la ramassa.
Son nom était écrit dessus.
ZARA COLEMAN.
Thomas prit l’enveloppe.
— Ne l’ouvre pas.
Zara le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils veulent que tu la lises.
Daniel secoua la tête.
— Justement.
Il prit l’enveloppe avec des gants.
— Nous devons savoir ce qu’ils veulent.
Il l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une seule feuille.
Trois lignes.
Daniel les lut à voix haute :
« Vous avez déplacé la mauvaise pièce. »
« Le siège 2A n’était qu’un test. »
« La vraie cible est déjà assise dans l’avion. »
Le silence fut absolu.
Thomas regarda immédiatement les passagers.
Un par un.
Rangée 1.
Rangée 2.
Rangée 3.
Rangée 4.
Rangée 5.
Puis il s’arrêta.
Une passagère assise près du hublot avait baissé son chapeau sur son visage.
Elle n’avait presque pas parlé depuis l’embarquement.
Thomas la fixa.
— Daniel.
— Oui ?
— Combien de personnes sont officiellement enregistrées en première classe ?
Daniel regarda sa tablette.
— Dix-huit.
Thomas compta les sièges.
Puis il fronça les sourcils.
— Non.
— Quoi ?
— Il y en a dix-neuf.
Daniel vérifia immédiatement.
Son visage se vida de toute couleur.
— Vous avez raison.
Thomas regarda la femme au chapeau.
— Madame.
Elle ne bougea pas.
— Madame, retirez votre chapeau.
Lentement…
la femme leva la tête.
Et Zara reconnut son visage.
Elle avait déjà vu cette femme.
Pas à l’aéroport.
Pas dans l’avion.
Mais dans une photographie du dossier rouge.
Une photographie prise trois ans auparavant.
Zara murmura :
— Papa…
Thomas se tourna vers elle.
— Quoi ?
Zara fixa la femme.
— C’est elle.
La femme sourit.
Puis elle prononça une phrase qui glaça toute la cabine :
— Bonjour, Zara. Je suis désolée que ton père ait enfin compris….
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