PARTIE 5 : LA FEMME DU SIÈGE 4A
Pendant plusieurs secondes, personne ne bougea.
La femme assise au siège 4A gardait les mains posées sur ses genoux.
Aucun geste brusque.
Aucune tentative de fuite.
Elle souriait simplement.
Comme si elle venait de retrouver une vieille connaissance dans un endroit parfaitement ordinaire.
Zara, elle, ne souriait pas.
Elle fixait cette femme.
— Je vous connais.
La femme inclina légèrement la tête.
— Oui.
Thomas Coleman fit un pas en avant.
— Qui êtes-vous ?
La femme le regarda.
— Tu connais déjà la réponse.
— Je veux l’entendre de votre bouche.
Elle soupira.
— Très bien.
Elle retira lentement son chapeau.
Ses cheveux bruns étaient attachés derrière sa tête.
Elle avait environ quarante-cinq ans.
Un visage calme.
Presque chaleureux.
Mais ses yeux ne l’étaient pas.
— Elena Hale.
Richard Bennett se redressa brutalement.
— Elena…
Elle tourna les yeux vers lui.
— Bonjour, Richard.
Thomas se retourna.
— Vous la connaissez ?
Richard ne répondit pas.
Thomas répéta :
— Vous la connaissez ?
Richard passa une main sur son front.
— Oui.
Zara regarda son père.
— Qui est-elle ?
Thomas ne répondit pas.
Elena prit la parole.
— Je vais te le dire.
Elle regarda Zara.
— Il y a trois ans, ton père a détruit quelque chose qui appartenait à ma famille.
Thomas eut un rire froid.
— Ta famille n’a jamais rien perdu à cause de moi.
Elena sourit.
— Tu es toujours aussi sûr de toi.
Daniel Cross intervint.
— Madame Hale, vous êtes entrée dans cet avion avec une identité qui ne correspond pas à notre manifeste.
— Je sais.
— Comment avez-vous obtenu l’accès ?
— Ce n’est pas important.
— Pour moi, ça l’est.
Elena regarda Daniel.
— Vous devriez plutôt vous demander pourquoi quelqu’un vous a laissé entrer.
Daniel resta silencieux.
Puis il regarda son équipe de sécurité.
— Vérifiez toutes les autorisations.
Deux agents sortirent immédiatement de l’avion.
Elena continua de regarder Thomas.
— Tu as changé, Thomas.
— Et toi, tu n’aurais jamais dû monter à bord.
— Peut-être.
— Pourquoi ?
Elena regarda Zara.
— Pour elle.
Thomas se plaça immédiatement devant sa fille.
— Tu ne t’approches pas d’elle.
Elena ne bougea pas.
— Je ne suis pas venue lui faire du mal.
— Alors pourquoi son nom était-il dans votre dossier ?
— Parce que quelqu’un voulait que je la retrouve.
Zara sentit son cœur battre plus vite.
— Qui ?
Elena regarda Thomas.
— Ton père.
Zara fronça les sourcils.
— Mon grand-père ?
Thomas pâlit.
Elena acquiesça.
— Oui.
— Mon grand-père est mort il y a quatre ans.
— Je sais.
— Alors comment aurait-il pu vous demander de me retrouver ?
Elena répondit doucement :
— Parce qu’il savait qu’il allait mourir.
Thomas resta immobile.
— Arrête.
— Il savait que ses ennemis chercheraient sa famille.
— Mon père n’avait pas d’ennemis.
Elena sourit tristement.
— C’est ce que tu as toujours raconté à ta fille.
Zara regarda son père.
Pour la première fois, elle vit quelque chose qu’elle ne lui avait jamais vu auparavant.
La peur.
Pas la peur de perdre de l’argent.
Pas la peur d’un scandale.
Une véritable peur.
— Papa ?
Thomas ne répondit pas.
Zara s’approcha.
— Qu’est-ce qu’elle raconte ?
— Rien.
— Papa.
— Zara, retourne près de Daniel.
— Non.
Thomas se tourna vers elle.
— Fais-moi confiance.
— Je te fais confiance.
Elle regarda Elena.
— Mais je veux savoir pourquoi tout le monde semble connaître des choses sur ma famille que moi, je ne connais pas.
Thomas ferma les yeux.
Il savait qu’il ne pourrait plus éviter la conversation.
Mais avant qu’il puisse parler, l’avion vibra légèrement.
Un bruit sourd venait de l’extérieur.
Daniel se précipita vers la porte.
— Qu’est-ce que c’était ?
L’agente d’embarquement répondit par radio.
— Nous avons un véhicule non autorisé près de la passerelle.
Daniel regarda Thomas.
— Combien de véhicules ?
La réponse arriva.
— Deux.
Thomas fronça les sourcils.
— Qui les conduit ?
Silence radio.
Puis :
— Nous n’arrivons pas à identifier les plaques.
Daniel se tourna vers son équipe.
— Verrouillez tous les accès.
Elena soupira.
— Ils sont déjà là.
Thomas la fixa.
— Qui ?
— Les gens que tu essayes d’éviter depuis trois ans.
Richard recula.
— Elena…
Elle le regarda.
— Tu savais qu’ils viendraient.
— Non.
— Tu savais.
Richard secoua la tête.
— Je ne savais pas qu’ils allaient agir aujourd’hui.
Thomas s’approcha de lui.
— De quoi parle-t-elle ?
Richard ne répondit pas.
Thomas saisit son regard.
— Vous allez me répondre.
Richard inspira.
— Il y a six mois, ma société a acheté une participation dans une entreprise britannique.
— Laquelle ?
Richard hésita.
— Hale International.
Le visage de Thomas se durcit.
Elena détourna les yeux.
— Voilà.
Zara regarda son père.
— C’est lié à elle ?
Thomas acquiesça.
— Oui.
Richard reprit :
— Je ne savais pas ce qu’ils faisaient réellement.
Elena ricana.
— Tout le monde dit ça après.
— Je le pense vraiment.
— Tu as signé les documents.
— Je n’avais pas accès à tous les dossiers.
— Mais tu avais accès à suffisamment de choses pour déplacer le siège de Zara.
Thomas se retourna brusquement.
— Attendez.
Il regarda Richard.
— Vous avez modifié sa réservation ?
— Non !
— Mais quelqu’un dans votre entreprise l’a fait.
Richard resta silencieux.
Thomas comprit.
— Quelqu’un avec accès à votre système.
Richard acquiesça lentement.
— Oui.
Daniel intervint.
— Nous devons connaître son nom.
Richard sortit son téléphone.
— Je peux appeler mon directeur informatique.
Daniel secoua la tête.
— Pas avec ce téléphone.
— Pourquoi ?
— Parce que nous ne savons pas qui écoute.
Richard regarda son téléphone.
Puis il le posa sur le siège.
Elena se leva.
Daniel leva immédiatement une main.
— Ne bougez pas.
Elle s’arrêta.
— Je ne vais nulle part.
Elle regarda Zara.
— Mais elle doit savoir.
Thomas se plaça encore entre elles.
— Elle n’a besoin de rien savoir.
— Au contraire.
Elena fixa Zara.
— Tu as été suivie depuis l’âge de onze ans.
Zara resta immobile.
— Pourquoi ?
Elena répondit :
— Parce que ton grand-père t’a laissé quelque chose.
Thomas ferma les yeux.
— Elena…
— Quelque chose que ton père n’a jamais trouvé.
Zara regarda Thomas.
— Qu’est-ce qu’elle veut dire ?
Thomas ne répondit pas.
— Papa.
Il resta silencieux.
— Tu savais ?
Finalement, Thomas dit :
— Je savais qu’il avait laissé quelque chose.
— Quoi ?
— Je ne sais pas.
Elena intervint.
— Il a laissé une clé.
Zara fronça les sourcils.
— Une clé de quoi ?
— D’un coffre.
— Où ?
Elena regarda Thomas.
— Londres.
Zara comprit immédiatement.
— C’est pour ça que nous allons à Londres ?
Thomas secoua la tête.
— Ce voyage était prévu depuis longtemps.
— Mais tu savais qu’il y avait quelque chose là-bas.
— Je soupçonnais.
Elena ajouta :
— Et maintenant, ils savent que tu es au courant.
Un bruit métallique retentit soudain près de l’arrière de l’avion.
Les passagers sursautèrent.
Daniel sortit son arme de service.
Thomas leva immédiatement la main.
— Tout le monde reste calme.
Une seconde détonation résonna.
Puis les lumières s’éteignirent.
Cette fois, elles ne revinrent pas.
Les passagers commencèrent à paniquer.
Une voix cria :
— Qu’est-ce qui se passe ?
Elizabeth alluma sa lampe de secours.
— Tout le monde reste assis !
Daniel cria vers l’avant :
— Verrouillez le cockpit !
La porte du cockpit se ferma.
Thomas attrapa Zara par la main.
— Avec moi.
— Papa, je peux marcher.
— Je sais.
Il l’emmena vers l’office.
Elena les suivit.
Thomas se retourna.
— Pourquoi venez-vous ?
— Parce que je sais où aller.
— Je ne vous fais pas confiance.
— Vous n’avez pas besoin de me faire confiance.
Elle regarda vers l’arrière.
— Vous avez besoin de sortir votre fille de cet avion.
Un troisième bruit résonna.
Cette fois, quelque chose frappa violemment la porte de l’appareil.
Les passagers hurlèrent.
Daniel cria :
— Ils essaient d’ouvrir la porte extérieure !
Thomas regarda Elena.
— Combien sont-ils ?
— Suffisamment.
— Comment le savez-vous ?
Elle répondit :
— Parce que c’est exactement ce que j’aurais fait.
Thomas prit une profonde inspiration.
— Daniel.
— Oui ?
— Nous avons besoin d’une sortie secondaire.
Daniel réfléchit.
— Le pont de maintenance.
Thomas acquiesça.
Elena ajouta :
— Il y a une autre possibilité.
Thomas la regarda.
— Laquelle ?
Elle désigna le sol.
— Sous l’office.
Elizabeth écarquilla les yeux.
— Il y a une trappe ?
— Oui.
Daniel regarda Elizabeth.
— Ouvrez-la.
Elizabeth chercha rapidement un mécanisme caché.
Elle trouva une poignée.
Elle tira.
Une petite trappe s’ouvrit.
Un escalier étroit descendait vers une passerelle technique.
Thomas regarda Zara.
— Tu passes la première.
Zara hésita.
— Et toi ?
— Je suis derrière toi.
Elena s’approcha.
— Non.
Thomas se retourna.
— Quoi ?
Elena secoua la tête.
— Vous devez descendre avec elle.
— Évidemment.
— Non.
Elle regarda vers la porte.
— Je reste ici.
Thomas comprit.
— Vous voulez les attirer.
— Oui.
— C’est hors de question.
Elena sourit.
— Thomas, tu as toujours été incapable de comprendre quand quelqu’un avait déjà pris sa décision.
Elle se retourna.
Daniel voulut l’arrêter.
Mais elle lui murmura quelque chose.
Daniel se figea.
Thomas demanda :
— Qu’est-ce qu’elle vous a dit ?
Daniel répondit :
— Elle connaît le nom de la personne qui a ordonné cette opération.
Thomas regarda Elena.
— Qui ?
Elle se retourna une dernière fois.
— Demandez à Richard Bennett.
Tous les regards se tournèrent vers Richard.
Il était devenu livide.
— Je ne sais rien.
Elena sourit.
— Alors pourquoi votre patron vient-il de m’envoyer un message ?
Richard regarda son téléphone.
L’écran s’alluma.
Un seul message venait d’arriver.
« Faites sortir Zara. Vivante. »
Richard trembla.
Thomas arracha presque le téléphone de ses mains.
Puis il lut la ligne suivante.
Son visage devint blanc.
« Le reste n’a plus d’importance. »
Zara regarda son père.
— Papa…
Thomas leva les yeux.
Et pour la première fois depuis le début de cette histoire, il semblait véritablement terrifié.
— Descends.
— Mais—
— Maintenant.
Zara commença à descendre l’escalier.
Thomas la suivit.
Daniel resta derrière.
Elena aussi.
La trappe se referma.
Quelques secondes plus tard, un bruit violent retentit dans la cabine.
Puis un cri.
Puis plus rien.
Dans le passage étroit sous l’avion, Zara regarda son père.
— Qu’est-ce qui vient de se passer ?
Thomas ne répondit pas.
Ils continuèrent d’avancer.
Puis Zara aperçut quelque chose sur le mur.
Une inscription ancienne.
Des lettres gravées dans le métal.
Elle s’approcha.
Et son cœur s’arrêta presque.
Il y avait écrit :
ZARA COLEMAN — SI TU LIS CECI, TON PÈRE T’A ENFIN TOUT CACHÉ.
Zara se retourna lentement.
— Papa…
Thomas ferma les yeux.
Parce qu’il savait exactement qui avait écrit ces mots.
Son propre père…..
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