PARTIE 4 : – Je me suis arrêté pour une famille en panne pendant un orage et j’ai payé le remorquage de leur véhicule. Le père m’a serré la main avant de partir.

PARTIE 4
Je fixais l’écran sans parvenir à détourner les yeux.
L’image était floue.
Mais pas suffisamment pour que je ne reconnaisse pas le badge.
Je l’avais déjà vu.
Deux fois.
Une première fois dans le couloir du dépôt.
Une deuxième fois dans le bureau de Victor.
Et maintenant, ce même badge apparaissait sur l’homme qui avait ouvert ma remorque.
« Qui est-ce ? » ai-je demandé.
Daniel n’a pas répondu.
Il a agrandi l’image.
Le visage de l’homme restait partiellement caché par la capuche de sa veste, mais son badge était parfaitement visible.
Un nom apparaissait sous le logo de Northstar Security.
Evan Price.
Je connaissais ce nom.
Je me suis tourné vers Victor.
« Evan Price. »
Victor ne bougeait plus.
Julian l’a observé attentivement.
« Vous le connaissez ? »
Victor a finalement répondu :
« Il travaille occasionnellement avec Apex. »

 

 

 

 

Daniel a immédiatement demandé :

« Occasionnellement ? »

« Oui. »

« En tant que quoi ? »

Victor a hésité.

« Agent de sécurité contractuel. »

Daniel a consulté ses documents.

« Son nom n’apparaît dans aucun des registres officiels des employés de sécurité autorisés à accéder aux remorques. »

Victor a pâli.

« Il devait avoir une autorisation spéciale. »

« Qui la lui a donnée ? »

Silence.

Daniel a regardé Victor.

« Monsieur Vance ? »

Victor a passé une main sur son visage.

« Je ne me souviens pas. »

Julian a laissé échapper un rire bref.

« Vous ne vous souvenez pas de qui vous donne l’autorisation d’entrer dans une remorque contenant des millions de dollars de marchandises ? »

Victor ne répondit pas.

Je sentais la colère monter.

« Pourquoi personne ne m’a parlé de cette personne ? »

Victor s’est tourné vers moi.

« Parce que tu n’avais pas besoin de le savoir. »

« C’était ma remorque. »

« C’était une cargaison de l’entreprise. »

« Et quelqu’un l’a ouverte pendant que j’étais garé sous la pluie. »

Victor n’a rien dit.

Daniel a refermé sa tablette.

« Nous devons voir les registres d’accès complets. »

Victor a répondu :

« Vous n’avez pas l’autorisation de… »

Julian l’a interrompu.

« Si. »

Victor l’a regardé.

Julian a sorti un document de sa mallette.

« En tant que client principal d’Apex, et compte tenu des irrégularités constatées dans plusieurs expéditions qui nous concernent directement, j’ai demandé un audit contractuel complet. »

Victor a regardé le document.

Son visage s’est décomposé.

« Vous avez signé ça avec la direction régionale ? »

« Hier. »

Victor s’est laissé tomber dans son fauteuil.

Je ne l’avais jamais vu aussi silencieux.

Daniel a fait signe à Aaron.

« Commencez par les accès aux remorques. »

Aaron a quitté le bureau.

Julian s’est tourné vers moi.

« Marcus, je veux que vous compreniez quelque chose. »

« Quoi ? »

« Rien de ce qui vous arrive aujourd’hui n’est de votre faute. »

Je n’ai pas répondu.

Parce que, pendant deux semaines, j’avais commencé à croire exactement le contraire.

J’avais pensé que j’avais peut-être commis une erreur.

Que j’aurais dû continuer à rouler.

Que j’aurais dû ignorer cette famille.

Que j’aurais dû obéir à Victor.

Et maintenant, je découvrais que mon arrêt sur cette autoroute avait peut-être empêché quelque chose de bien plus grave.

Julian a continué :

« Si vous n’aviez pas été là cette nuit-là, personne n’aurait remarqué l’anomalie. »

« Quelle anomalie ? »

« Le changement de scellé. »

Il a marqué une pause.

« Et peut-être que nous ne l’aurions jamais découvert. »

Je regardais encore la photo.

Puis quelque chose m’est revenu.

« Julian. »

« Oui ? »

« Vous avez dit que vous enquêtiez déjà sur Apex avant l’orage. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Il a pris quelques secondes avant de répondre.

« Parce que nous avons perdu une cargaison importante il y a quatre mois. »

Je fronçai les sourcils.

« Perdu ? »

« Des composants industriels. Valeur : environ 1,8 million de dollars. »

« Ils ont été volés ? »

« C’est ce que nous pensions. »

Il s’est assis.

« Le camion était parti d’un entrepôt de Toledo. Il devait arriver à Detroit. Le chauffeur a suivi l’itinéraire prévu. Le GPS n’a montré aucune anomalie. Le scellé était intact à l’arrivée. »

Je l’ai regardé.

« Alors comment la cargaison a-t-elle disparu ? »

« Parce que les cartons présents dans la remorque n’étaient pas les bons. »

Un frisson m’a parcouru.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

« Les cartons extérieurs étaient identiques. Même poids approximatif. Même emballage. Même étiquettes. Mais à l’intérieur, les composants avaient été remplacés par des marchandises sans valeur. »

Daniel a ajouté :

« Ce n’était pas un simple vol. »

Je me suis tourné vers lui.

« Pourquoi ? »

« Parce que quelqu’un devait connaître exactement la composition des palettes. »

Julian a hoché la tête.

« Et cette personne devait avoir accès aux informations de transport. »

Je comprenais maintenant.

« Quelqu’un à l’intérieur. »

« Exactement. »

Victor s’est redressé.

« Vous faites des suppositions. »

Daniel l’a regardé.

« Nous avons des preuves. »

« Lesquelles ? »

Daniel a sorti une autre chemise.

« Trois chauffeurs ont signalé des anomalies similaires au cours des six derniers mois. »

Je me suis penché.

« Qui ? »

Daniel a posé les noms sur le bureau.

Je connaissais deux d’entre eux.

Le troisième était Daniel Reeves.

L’homme licencié après avoir refusé une mission illégale.

« Tous ont reçu des avertissements », ai-je dit.

« Oui. »

« Et deux ont été licenciés. »

« Oui. »

Julian a ajouté :

« Et chaque fois qu’un chauffeur signalait quelque chose d’étrange, un responsable de dispatch classait l’incident comme une erreur humaine. »

Je regardais Victor.

Il ne parlait plus.

Daniel a demandé :

« Qui était responsable du dispatch ces nuits-là ? »

Victor a répondu :

« Plusieurs personnes. »

« Lesquelles ? »

« Cela dépendait des équipes. »

Daniel a posé une liste.

« Nous avons déjà les noms. »

Puis il a pointé une ligne.

« Mais il y a une personne présente lors de chacun des incidents. »

Je n’avais pas besoin de demander.

Victor.

Il a compris que nous l’avions tous remarqué.

« Ça ne signifie rien. »

Daniel a répondu :

« Peut-être. »

Puis il a ajouté :

« Mais nous allons le vérifier. »

À cet instant, mon téléphone a vibré.

J’ai regardé l’écran.

Sarah.

Je n’ai pas répondu immédiatement.

J’avais oublié de lui dire que je serais retenu au dépôt.

J’ai finalement décroché.

« Salut, Sarah. »

Sa voix était inquiète.

« Marcus, où es-tu ? »

« Au dépôt. »

« Tu devais être rentré il y a une heure. »

J’ai regardé Julian.

« J’ai eu une réunion. »

Elle a hésité.

« Est-ce que tout va bien ? »

Je ne savais pas quoi lui dire.

« Oui. Je te raconterai quand je rentrerai. »

« Marcus… »

« Je te promets. »

Elle a soupiré.

« D’accord. Mais Chloe t’attend. »

Cette phrase m’a immédiatement rappelé pourquoi je m’étais battu si longtemps pour garder ce travail.

Ma fille.

Son appareil dentaire.

Nos factures.

Notre maison.

Tout ce que je risquais de perdre.

J’ai raccroché.

Julian m’avait entendu.

« Votre famille a besoin de vous. »

« Oui. »

« Alors laissez-moi vous proposer quelque chose. »

Je l’ai regardé.

« Le poste tient toujours ? »

« Plus que jamais. »

« Combien ? »

Julian a hésité.

Puis il m’a donné un chiffre.

Je suis resté silencieux.

C’était presque le double de ce que je gagnais chez Apex.

Avec une assurance santé bien meilleure.

Des horaires fixes.

Et surtout, aucune pression pour conduire au-delà des limites de sécurité.

Je savais ce que cela signifiait.

L’appareil dentaire de Chloe ne serait plus un problème.

Sarah pourrait réduire ses heures supplémentaires.

Nous pourrions enfin respirer.

Mais je n’étais pas prêt à accepter.

Pas encore.

« Je dois réfléchir. »

Julian a souri.

« Prenez votre temps. »

Puis il s’est penché vers moi.

« Mais il y a une raison pour laquelle je vous veux précisément, Marcus. »

« Laquelle ? »

« Vous avez fait ce qui était juste alors que personne ne vous regardait. »

Il a marqué une pause.

« Ce genre de personne est difficile à trouver. »

Avant que je puisse répondre, Aaron est revenu.

Il tenait une chemise rouge.

Son visage était tendu.

« Nous avons trouvé quelque chose. »

Tout le monde s’est tourné vers lui.

« Quoi ? » demanda Daniel.

Aaron a posé la chemise sur le bureau.

« Les registres d’accès de la nuit de l’orage. »

Daniel l’a ouverte.

Je me suis approché.

Une série d’entrées apparaissait.

Heure.

Identifiant.

Porte.

Remorque.

À 3 h 12 :

Accès autorisé — Entrepôt mobile 47.

À 3 h 14 :

Ouverture manuelle — Remorque 6821.

À 3 h 17 :

Fermeture — Remorque 6821.

Puis une autre ligne.

Utilisateur : VANCE-V.

Victor s’est levé si brusquement que sa chaise a reculé.

« Ce n’est pas moi. »

Personne ne parlait.

Daniel a regardé l’écran.

« Le système indique votre identifiant. »

« Quelqu’un a utilisé mon compte. »

« C’est possible. »

« Alors vous voyez bien que ce n’est pas moi. »

Aaron a secoué la tête.

« Il y a un problème. »

« Lequel ? »

« Le système exige une authentification à deux facteurs. »

Victor s’est figé.

Daniel a demandé :

« Et où était votre téléphone cette nuit-là ? »

Victor n’a pas répondu.

Julian l’a regardé.

« Victor ? »

Victor a finalement murmuré :

« Dans mon bureau. »

Aaron a consulté les journaux.

« Non. »

Victor a levé les yeux.

« Quoi ? »

« Votre téléphone n’était pas dans votre bureau à 3 h 14. »

Victor est devenu livide.

« Alors où était-il ? »

Aaron a regardé l’écran.

Puis il a répondu :

« Sur l’autoroute. »

Personne ne bougeait.

« Quelle autoroute ? » demanda Victor.

Aaron a zoomé sur les données.

« La même que Marcus. »

Je me suis tourné lentement vers Victor.

« Vous étiez là cette nuit-là ? »

Victor ne répondit pas.

Daniel s’est approché de lui.

« Monsieur Vance, où étiez-vous à 3 h 14 ? »

Victor regardait le sol.

« Je… »

Il s’est arrêté.

Puis il a dit quelque chose que je n’oublierais jamais.

« Je n’étais pas seul. »

Julian s’est redressé.

« Avec qui ? »

Victor n’a pas répondu.

Daniel a insisté.

« Avec qui étiez-vous ? »

Victor a fermé les yeux.

Et enfin, il a prononcé un nom.

« Evan Price. »

Le même homme que nous avions vu sur les images.

Le même homme dont le badge apparaissait près de ma remorque.

Mais alors Aaron a regardé son écran et a murmuré :

« Attendez. »

Tout le monde s’est tourné vers lui.

« Il y a quelque chose qui ne correspond pas. »

Daniel s’est approché.

« Quoi ? »

Aaron a montré la carte GPS.

« Le téléphone de Victor était sur l’autoroute. »

Il a zoomé.

« Mais il n’était pas près de Marcus. »

Je me suis penché.

Le point rouge se déplaçait.

Puis il s’est arrêté.

À plusieurs kilomètres de mon camion.

Aaron a continué :

« À 3 h 14, le téléphone de Victor était ici. »

Julian a regardé la carte.

Puis son visage a changé.

« C’est impossible. »

« Pourquoi ? » ai-je demandé.

Il a pointé l’écran.

« Parce que cet endroit est un ancien dépôt d’Apex. »

Daniel a demandé :

« Il est encore utilisé ? »

Julian a secoué la tête.

« Non. »

« Depuis combien de temps ? »

« Trois ans. »

Aaron a fait défiler les données.

« Il y a autre chose. »

Il a montré une seconde localisation.

« Le téléphone d’Evan Price était exactement au même endroit. »

Victor a blêmi.

Puis une troisième localisation est apparue.

Je l’ai regardée.

C’était mon propre camion.

Trois appareils.

Trois endroits.

Mais une seule chose les reliait.

Le vieux dépôt.

Julian a pris son téléphone.

« Nous devons aller là-bas. »

Daniel a hoché la tête.

« Maintenant. »

Victor s’est levé.

« Non. »

Tout le monde s’est tourné vers lui.

« Vous ne comprenez pas. »

Sa voix tremblait.

« Si vous allez là-bas, vous allez découvrir pourquoi j’ai fait tout ça. »

Un silence absolu est tombé dans la pièce.

Je l’ai regardé.

« Tout ça ? »

Victor a compris qu’il venait de se trahir.

Daniel a avancé d’un pas.

« Qu’est-ce que vous avez fait, exactement ? »

Victor ne répondit pas.

Puis son téléphone a sonné.

Il l’a regardé.

Son visage s’est vidé de toute couleur.

L’appelant était enregistré sous un seul mot :

Evan.

Victor n’a pas décroché.

Le téléphone a continué à sonner.

Encore.

Encore.

Puis un message est apparu.

Victor l’a lu.

Et pour la première fois, j’ai vu de la véritable peur dans ses yeux.

Il a posé le téléphone sur le bureau.

Je me suis penché.

Le message ne contenait que huit mots :

« Ils savent. Quitte le bâtiment avant Marcus. »

CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE DE LA FIN DE L’HISTOIRE – PARTIE 👉 (5) : – Je me suis arrêté pour une famille en panne pendant un orage et j’ai payé le remorquage de leur véhicule. Le père m’a serré la main avant de partir.