PARTIE 9 : – À mon retour d’un voyage d’affaires, j’ai découvert ma fille de trois ans tremblant de peur, le crâne entièrement rasé.

PARTIE 9
Toutes les portes se verrouillèrent en même temps.
CLAC.
Le bruit métallique résonna dans tout le couloir.
Je me précipitai vers la porte.
Elle ne bougea pas.
Claire essaya la poignée à son tour.
Rien.
— Nous sommes enfermées, murmura-t-elle.
Je regardai l’écran noir.
— Et Daisy est toujours là-dedans.
Un voyant rouge s’alluma au-dessus de la porte.
Puis une voix retentit dans les haut-parleurs.
La même voix que précédemment.
Mais cette fois, elle n’était pas celle de Laura.
C’était une voix d’homme.
— Bienvenue à la Phase Trois, Valérie.
Je sentis mon estomac se nouer.
— Mitchell ?
Un rire bref résonna dans le couloir.
— Tu as toujours été plus intelligente que je ne le pensais.
Claire me regarda.
— Ne lui réponds pas.
Mais je n’écoutais déjà plus.
— Où est ma fille ?
Silence.
Puis :
— Exactement là où elle doit être.
— Si tu lui fais du mal…
— Je ne lui ferai rien.
La voix s’interrompit.
— Pas encore.
Claire me saisit le bras.
— Valérie, réfléchis. Il veut que tu réagisses sous le coup de l’émotion.
Je regardai autour de moi.
Les murs.
Les caméras.
Le vieux système électrique.
Puis je compris.
— Il ne nous a pas enfermées pour nous empêcher de sortir.
Claire fronça les sourcils.

 

— Alors pourquoi ?

— Pour nous empêcher d’entrer quelque part.

Je pointai le couloir.

Au bout se trouvait une porte que nous n’avions pas remarquée.

Une porte métallique avec un panneau :

ARCHIVES — ACCÈS RESTREINT

Claire s’approcha.

— C’est ça.

— Quoi ?

— La porte dont Daisy parlait.

Mon cœur accéléra.

Nous nous dirigeâmes vers elle.

Elle était verrouillée.

Mais une petite lumière verte clignotait à côté du lecteur.

Claire sortit le badge trouvé au sol.

Elle le passa devant le lecteur.

BIP.

La porte s’ouvrit.

Je la regardai, surprise.

— Ce badge devait ouvrir cette porte.

Claire hocha la tête.

— Ce n’était pas un hasard.

Nous entrâmes.

La pièce était immense.

Des centaines de dossiers remplissaient les étagères.

Des boîtes portant des dates.

Des noms.

Des numéros.

Et au centre, une seule table.

Sur cette table se trouvait une enveloppe.

Mon nom était écrit dessus.

VALÉRIE CARTER — À OUVRIR SEULEMENT APRÈS LA PHASE TROIS.

Je tendis la main.

Claire m’arrêta.

— Attends.

— Pourquoi ?

Elle désigna l’enveloppe.

— Il y a une caméra juste au-dessus.

Je levai les yeux.

Elle avait raison.

Une petite caméra nous observait.

Je souris malgré moi.

— Alors regardons-la.

Je pris l’enveloppe.

Je l’ouvris.

À l’intérieur, il y avait une photographie.

Une photographie de moi.

Mais pas une photo récente.

Elle avait été prise plusieurs années auparavant.

Le jour de mon premier entretien avec Mitchell.

Au dos, une phrase manuscrite :

« Elle ne sait pas encore pourquoi nous l’avons choisie. »

Je sentis mes doigts trembler.

Claire prit le document suivant.

C’était un contrat.

Puis un deuxième.

Puis un troisième.

Tous portaient ma signature.

Mais aucun de ces contrats ne me disait quelque chose.

— Ils ont utilisé ton identité, murmura Claire.

— Pour quoi ?

Elle continua à lire.

Puis elle s’arrêta.

— Pour créer des sociétés.

Je la regardai.

— Combien ?

Claire tourna les pages.

— Douze.

Je restai sans voix.

Douze sociétés avaient été ouvertes à mon nom.

Certaines avaient reçu de l’argent.

D’autres avaient acheté des propriétés.

Et plusieurs avaient transféré des sommes vers des comptes inconnus.

Je secouai la tête.

— Je n’ai jamais signé ça.

— Je sais.

Claire prit une loupe dans son sac.

Elle examina une signature.

— Celle-ci est imitée.

— Comment peux-tu en être certaine ?

— Parce que tu signes toujours ton « V » de la même manière.

Elle me regarda.

— Celui-ci est presque parfait. Mais pas assez.

Une voix sortit du haut-parleur.

— Bravo, Claire.

Nous nous retournâmes.

— Tu comprends enfin.

Claire fixa la caméra.

— Mitchell.

— Non.

Une pause.

— Pas cette fois.

L’écran au mur s’alluma.

Un homme apparut.

Je ne l’avais jamais vu.

Il avait environ soixante ans.

Costume sombre.

Cheveux gris.

Expression parfaitement calme.

— Qui êtes-vous ?

Il sourit.

— Mon nom est Richard Whitmore.

Claire devint blanche.

— Non…

Je la regardai.

— Tu le connais ?

Elle répondit presque sans voix :

— C’est le frère de Laura.

Richard sourit.

— Et le père de Mitchell.

Je sentis le sol disparaître sous mes pieds.

— Le père de Mitchell est mort il y a des années.

— C’est ce qu’on vous a dit.

Il se pencha vers la caméra.

— Mais beaucoup de choses que vous avez entendues sont fausses.

Je serrai les poings.

— Où est Mitchell ?

Richard sourit.

— Il essaie de survivre.

— À quoi ?

— À sa propre famille.

Cette réponse me glaça.

Richard continua :

— Mitchell voulait sortir du système.

— Alors pourquoi m’a-t-il manipulée ?

— Parce qu’il savait que vous étiez la seule personne capable de le détruire.

Je regardai Claire.

— Ça n’a aucun sens.

Richard poursuivit :

— Vous pensez que votre mariage était une histoire de famille. Vous pensez que Daisy était au centre de tout.

Il secoua la tête.

— Vous vous trompez.

Il appuya sur quelque chose.

Une nouvelle image apparut.

C’était un document datant de plusieurs années avant la naissance de Daisy.

Je reconnus mon nom.

VALÉRIE MOREAU.

Mon ancien nom.

Puis une date.

2009.

Je me figeai.

— Pourquoi mon nom apparaît-il dans un dossier de 2009 ?

Richard répondit :

— Parce que votre famille était déjà liée à la nôtre.

Je secouai la tête.

— Ma famille n’a jamais connu les Whitmore.

— Votre père, si.

Mon cœur s’arrêta presque.

— Mon père est mort quand j’avais dix-sept ans.

— Oui.

Richard marqua une pause.

— Mais avant sa mort, il avait découvert quelque chose.

Claire s’approcha de l’écran.

— Quoi ?

Richard regarda Claire.

— Il avait découvert que Raymond Carter et mon frère détournaient de l’argent depuis des années.

Je reculai.

Tout devenait encore plus compliqué.

— Mon père connaissait Raymond ?

— Très bien.

Richard continua :

— Et il avait conservé des preuves.

Il changea l’image.

Une photographie apparut.

Un homme se tenait devant une vieille banque.

Je reconnus mon père.

À côté de lui se trouvait Raymond.

Et entre eux…

Une jeune femme.

Béatrice.

Je murmurai :

— Ils se connaissaient tous.

— Oui.

Richard hocha la tête.

— Et votre père avait une copie des comptes.

Je sentis mes yeux se remplir de larmes.

— Pourquoi personne ne m’a jamais rien dit ?

Richard répondit :

— Parce que votre père avait fait une erreur.

— Laquelle ?

— Il avait laissé les preuves à sa fille.

Je cessai de respirer.

— Moi ?

— Oui.

Richard regarda directement la caméra.

— Votre père savait qu’il était surveillé. Il a donc caché les documents dans un endroit où personne ne penserait à chercher.

Je secouai la tête.

— Où ?

Richard sourit.

— Dans votre enfance.

Claire fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

Richard ne répondit pas.

À la place, l’écran changea encore.

Une vieille vidéo apparut.

Je vis une maison.

Ma maison d’enfance.

Puis mon père entra dans la pièce.

J’avais environ dix ans.

Il s’agenouilla devant moi.

Et lui tendit une petite boîte.

Je la reconnus immédiatement.

Je l’avais conservée pendant des années.

Je pensais qu’elle contenait seulement des souvenirs de mon père.

Richard parla doucement :

— Vous l’avez encore.

Je fixai l’écran.

— La boîte…

Claire me regarda.

— Tu l’as chez toi ?

Je hochai lentement la tête.

— Dans mon coffre.

Richard sourit.

— Alors maintenant vous comprenez.

Je sentis une vague de peur me traverser.

— Pourquoi Daisy ?

Richard répondit :

— Parce que Mitchell a découvert que la boîte existait.

— Et il voulait savoir ce qu’elle contenait.

— Exactement.

Puis Richard ajouta :

— Mais il ne savait pas que votre père avait prévu une seconde protection.

Je fronçai les sourcils.

— Quelle protection ?

Richard ne répondit pas.

L’écran s’éteignit.

Puis mon téléphone vibra.

Un message.

« Valérie, ne retourne pas chez toi. »

Un deuxième message arriva immédiatement.

« La boîte n’est plus dans ton coffre. »

Puis un troisième.

« Quelqu’un est déjà chez toi. »

Je regardai Claire.

Elle comprit immédiatement.

— Nous devons partir.

Mais avant que nous puissions bouger, l’écran se ralluma.

Cette fois, ce n’était pas Richard.

C’était Daisy.

Elle tenait son petit lapin.

Et derrière elle se trouvait Sarah.

Daisy regarda la caméra.

— Maman…

— Je suis là, ma chérie.

Daisy sourit légèrement.

Puis elle dit :

— J’ai trouvé une autre boîte.

Sarah se retourna brusquement.

— Daisy, ne l’ouvre pas.

Ma fille regarda la boîte.

Puis la caméra.

Et, d’une voix très douce, elle prononça les mots qui allaient changer toute l’histoire :

— Mais maman… il y a ton nom dessus.

L’écran devint noir.

Et dans le silence de la salle d’archives, une imprimante se mit soudain à fonctionner toute seule.

Une feuille sortit lentement.

Claire la récupéra.

Elle la lut.

Puis elle me regarda avec des yeux terrifiés.

— Valérie…

— Quoi ?

Elle me tendit la feuille.

En haut était écrit :

DOSSIER DAISY — ORIGINE BIOLOGIQUE : CLASSIFIÉE.

Et juste en dessous, une ligne avait été ajoutée quelques secondes auparavant :

« La mère connaît déjà la vérité. Elle ne s’en souvient simplement pas. »

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