PARTIE 8 : – À mon retour d’un voyage d’affaires, j’ai découvert ma fille de trois ans tremblant de peur, le crâne entièrement rasé.

PARTIE 8
23 h 58.
Je regardais l’écran du téléphone sans parvenir à détourner les yeux.
Une minute.
Une seule minute avant 23 h 59.
Claire se tenait à quelques mètres de moi, immobile dans la pièce souterraine. Les policiers avaient commencé à fouiller les couloirs de l’ancien hôpital, mais aucun d’eux ne savait exactement où se trouvait Daisy.
Et c’était cela qui me terrorisait le plus.
Je savais que ma fille était quelque part.
Mais je ne savais pas avec qui.
Mon téléphone vibra.
Un nouveau message.
« 23 h 59. »
Puis un deuxième.
« Regardez l’écran au-dessus de vous. »
Je levai brusquement la tête.
Un vieux moniteur fixé au mur venait de s’allumer.
L’image était noire pendant quelques secondes.
Puis apparut une caméra de surveillance.
Je reconnus immédiatement l’endroit.
La salle d’attente du vieil hôpital.
Et au milieu de la pièce…
Daisy.
Ma petite fille était assise sur une chaise, serrant son lapin contre elle.
Elle semblait effrayée, mais elle était consciente et ne semblait pas blessée.
Je plaquai ma main contre ma bouche.
— Daisy…
Claire s’approcha de l’écran.
— Elle est vivante.
— Je sais.
Ma voix tremblait.
— Mais où est-elle ?
L’image changea.

 

 

 

Une deuxième caméra apparut.

Puis une troisième.

Puis une quatrième.

Nous découvrîmes alors quelque chose que personne n’avait remarqué.

Toutes les caméras étaient connectées à un même système.

Et quelqu’un contrôlait les images à distance.

Une voix sortit soudain des haut-parleurs.

Une voix de femme.

Calme.

Presque froide.

— Valérie, si vous m’entendez, ne bougez pas.

Je reconnus immédiatement cette voix.

Laura Whitmore.

— Laura ?

L’écran devint noir.

Puis son visage apparut.

Elle était assise dans une pièce sombre, devant une table couverte de dossiers.

— Vous avez probablement beaucoup de questions, Valérie.

Je me précipitai vers l’écran.

— Où est ma fille ?

Laura me regarda quelques secondes.

— Elle est en sécurité.

— Alors laissez-moi la voir !

— Vous la verrez.

Elle marqua une pause.

— Mais pas avant que vous sachiez toute la vérité.

Je serrai les poings.

— Vous avez utilisé ma fille pour me faire venir ici.

— Non.

Laura secoua lentement la tête.

— C’est précisément ce que Mitchell voulait que vous croyiez.

Claire se rapprocha.

— Laura, je suis Claire Whitmore. Vous me connaissez ?

Laura fixa l’objectif.

Son expression changea.

— Oui.

Puis elle ajouta :

— Et c’est justement pour cela que je vous ai dit de ne pas lui faire confiance.

Je me tournai vers Claire.

Elle ne bougea pas.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Laura soupira.

— Claire n’est pas votre ennemie, Valérie.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Alors pourquoi avez-vous écrit de ne pas lui faire confiance ?

Laura regarda directement la caméra.

— Parce que quelqu’un utilise son téléphone depuis trois semaines.

Claire sortit immédiatement son téléphone.

— Quoi ?

— Regardez vos messages envoyés.

Claire ouvrit son application.

Son visage pâlit.

Il y avait plusieurs messages que ni elle ni moi ne nous souvenions avoir envoyés.

Des messages contenant des informations sur nos déplacements.

Des heures.

Des adresses.

Même certains détails concernant Ethan.

Claire recula.

— Je ne les ai jamais écrits.

Laura répondit :

— Je sais.

Puis l’écran changea.

Une vidéo apparut.

On y voyait Claire entrer dans un parking deux jours auparavant.

Elle parlait au téléphone.

Mais ce n’était pas son numéro habituel.

Et derrière elle…

Mitchell.

Claire resta figée.

— Ce n’est pas possible.

Je la regardai.

— Tu connaissais Mitchell ?

— Non.

— Claire…

— Je te jure que non !

La vidéo continua.

Mitchell s’approcha de Claire.

Il lui tendit une enveloppe.

Claire la prit.

Puis l’image s’arrêta.

Mon cœur se serra.

— Pourquoi tu ne m’as jamais parlé de ça ?

Claire secoua la tête.

— Parce que je ne me souviens même pas de cette rencontre.

Laura reprit la parole.

— Voilà pourquoi je vous ai demandé de ne faire confiance à personne.

Je regardai Claire.

Pour la première fois depuis que nous avions commencé cette enquête, un doute terrible s’installa en moi.

Pas parce que je pensais qu’elle était coupable.

Mais parce que quelqu’un avait réussi à manipuler les preuves autour d’elle.

Et cela signifiait que nous étions peut-être surveillées depuis le début.

Soudain, un bruit retentit dans le couloir.

Des pas.

Lents.

Réguliers.

Claire leva la main.

— Éteignez l’écran.

Je le fis.

Nous restâmes silencieuses.

Les pas se rapprochaient.

Puis une silhouette apparut sous la porte.

Je retins mon souffle.

La poignée tourna.

La porte s’ouvrit.

Un policier entra.

— Madame Carter ?

Je reconnus son uniforme.

— Nous avons retrouvé votre fille.

Je faillis m’effondrer de soulagement.

— Où est-elle ?

Le policier hésita.

— Dans l’aile nord.

Je voulus immédiatement sortir.

Mais Claire me retint par le bras.

— Attends.

Le policier la regarda.

— Quoi ?

Claire observa son badge.

Puis son visage.

Elle murmura :

— Je ne vous connais pas.

Le policier fronça les sourcils.

— Je suis l’agent Harris.

Claire regarda son arme, puis son uniforme.

— Vous êtes arrivé quand ?

— Il y a environ dix minutes.

Elle secoua la tête.

— Impossible.

Je la regardai.

— Pourquoi ?

Claire désigna la caméra située au-dessus de la porte.

— Parce que cette caméra fonctionne.

Elle sortit son téléphone et ouvrit l’enregistrement.

— Et elle montre tous les policiers qui sont entrés dans ce couloir depuis vingt minutes.

Nous regardâmes l’écran.

Un policier après l’autre apparaissait.

Mais jamais cet homme.

Le silence devint glacial.

L’homme recula d’un pas.

— Vous faites erreur.

Claire répondit :

— Non.

Il porta immédiatement la main vers sa radio.

Claire cria :

— Valérie, derrière moi !

Je reculai.

Le faux policier sortit quelque chose de sa poche.

Mais avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, les lumières s’éteignirent.

Une alarme retentit.

Puis des voix résonnèrent dans le couloir.

— POLICE ! À TERRE !

Des pas précipités.

Une porte claqua.

Puis plus rien.

Quelques secondes plus tard, les lumières se rallumèrent.

Le faux policier avait disparu.

Mais son badge était resté sur le sol.

Claire le ramassa.

Elle l’examina.

Puis son visage changea complètement.

— Valérie…

— Quoi ?

Elle me tendit le badge.

Il portait le nom :

MICHAEL CARTER.

Je sentis mon sang se glacer.

— Carter ?

Claire hocha lentement la tête.

— Le même nom que Daisy.

Je secouai la tête.

— Ce n’est pas possible.

Puis une pensée me traversa.

Mitchell.

Son deuxième prénom.

Je l’avais toujours connu sous le nom de Mitchell Carter.

Mais jamais je n’avais réellement regardé les documents concernant sa famille.

Claire comprit avant moi.

— Valérie…

Elle ouvrit rapidement les documents que nous avions récupérés.

Puis elle trouva une copie d’un ancien acte.

Elle lut à voix haute :

— « Michael Carter… changement légal de nom… »

Elle s’arrêta.

— Quoi ?

— Continue.

Claire avala difficilement sa salive.

— « Ancien nom : Michael Whitmore. »

Je restai immobile.

Whitmore.

Le nom de Laura.

Le nom d’Ethan.

Le nom de Claire.

Le nom de la famille dont nous pensions qu’elle était étrangère à mon mariage.

Je reculai.

— Mitchell est un Whitmore ?

Laura apparut de nouveau sur l’écran.

— Oui.

Je me tournai vers elle.

— Pourquoi personne ne me l’a dit ?

Laura répondit doucement :

— Parce que Mitchell n’était pas seulement votre mari.

Elle marqua une pause.

— Il était le lien entre les deux familles.

Puis l’image changea.

Une vieille photographie apparut.

On y voyait trois jeunes hommes.

Ethan.

Raymond.

Et un troisième garçon.

Je le reconnus immédiatement.

Mitchell.

Mais il était beaucoup plus jeune.

À côté de la photographie, une date :

1998.

Laura poursuivit :

— En 1998, mon mari a découvert que Raymond détournait de l’argent par l’intermédiaire de sociétés écrans.

— Et Mitchell le savait ?

— Mitchell était là quand tout a commencé.

Je regardai Claire.

— Alors pourquoi m’épouser ?

Laura resta silencieuse quelques secondes.

— Parce qu’il avait besoin de vous.

Cette phrase me fit plus mal que toutes les autres.

— De quoi avait-il besoin ?

Laura répondit :

— De votre signature.

Je sentis mes jambes devenir faibles.

Les documents.

La procuration.

Les transferts.

B. Holdings.

Tout commençait à s’emboîter.

Mais quelque chose ne correspondait toujours pas.

— Et Daisy ?

Laura baissa les yeux.

— Daisy était la seule chose qu’il n’avait pas prévue.

Je fronçai les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce que vous l’aimiez.

Je restai silencieuse.

Laura continua :

— Et parce que, contrairement à ce que Mitchell pensait, vous n’étiez pas aussi facile à manipuler qu’il le croyait.

Soudain, l’écran afficha une nouvelle image.

Daisy.

Elle était dans une petite pièce éclairée.

Cette fois, quelqu’un était assis à côté d’elle.

Une femme.

Je la reconnus immédiatement.

Sarah Whitmore.

L’ancienne infirmière.

La femme que nous pensions avoir disparu.

Daisy leva les yeux vers la caméra.

— Maman ?

Ma respiration se coupa.

— Daisy !

Je me précipitai vers l’écran.

Sarah posa doucement une main sur l’épaule de ma fille.

— Elle est en sécurité, Valérie.

— Où êtes-vous ?

Sarah regarda Laura.

Puis elle répondit :

— Là où tout a commencé.

L’image s’élargit.

Je reconnus le décor.

Une chambre de maternité.

Le vieux lit.

La fenêtre.

Le petit berceau.

La même pièce où Daisy était née.

Je sentis les larmes me monter aux yeux.

— Pourquoi l’avoir ramenée ici ?

Sarah répondit :

— Parce que c’est ici que la vérité a été enterrée.

Puis Daisy regarda la caméra.

Elle serra son petit lapin contre elle.

Et dit quelque chose qui me fit frissonner.

— Maman… j’ai trouvé une porte.

Sarah se retourna brusquement.

— Daisy, ne touche pas à ça.

Mais il était trop tard.

Ma fille avait déjà posé la main sur le mur derrière elle.

Un panneau s’ouvrit.

Derrière se trouvait un petit coffre métallique.

Sarah se précipita vers elle.

Mais Daisy regardait déjà quelque chose à l’intérieur.

Puis elle murmura :

— Maman…

— Quoi, ma chérie ?

Daisy leva un dossier.

Sur la couverture, un seul nom était inscrit.

VALÉRIE CARTER.

L’écran devint noir.

Et mon téléphone vibra une dernière fois.

Un message venait d’arriver.

« Maintenant, vous allez découvrir pourquoi Daisy a été choisie. »

Puis un deuxième message apparut.

« Et pourquoi Mitchell avait peur que vous trouviez ce dossier avant lui. »

Je regardai Claire.

Elle était devenue livide.

— Valérie…

— Quoi ?

Elle pointa lentement le badge abandonné par le faux policier.

Au dos du badge se trouvait une petite inscription gravée.

Trois mots.

PHASE TROIS — COMMENCÉE.

Et à cet instant précis, toutes les portes de l’ancien hôpital se verrouillèrent simultanément…..

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