Six mois après avoir découvert la vérité sur la mort de Daniel, je pensais enfin avoir retrouvé une vie paisible.
Emma venait régulièrement passer les week-ends chez moi. Margaret avait commencé à se reconstruire après toutes ces années de peur et de culpabilité. Rebecca, elle, semblait enfin capable de regarder l’avenir sans craindre que Thomas réapparaisse.
Quant à Bill, je n’avais plus de nouvelles de lui.
J’avais appris qu’il avait quitté la région. Il m’avait envoyé plusieurs lettres pour demander pardon, mais je les avais toutes rangées dans un tiroir sans les ouvrir.
Je ne savais pas si je lui pardonnerais un jour.
Et, pour la première fois de ma vie, je ne me sentais plus obligée de prendre cette décision.
Pourtant, je ne savais pas encore que l’histoire de Daniel n’était pas entièrement terminée.
Un samedi matin, alors que je préparais le petit-déjeuner d’Emma, mon téléphone sonna.
C’était Rebecca.
Sa voix était étrange.
— Earlene, est-ce que tu es seule ?
— Non, Emma est avec moi. Pourquoi ?
Elle hésita.
— J’ai retrouvé quelque chose dans les affaires de Daniel. Quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant.
Je posai immédiatement ma tasse.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un deuxième carnet. Il était caché dans une vieille boîte à chaussures, sous les planches du placard de notre ancienne chambre.
Je sentis mon cœur accélérer.
— Qu’y a-t-il dedans ?
— Je crois que tu devrais venir le lire toi-même.
Une heure plus tard, j’étais chez Rebecca.
Elle m’attendait dans le salon avec un petit carnet à couverture noire.
Emma s’assit près de moi.
— C’est à papa ? demanda-t-elle.
Rebecca acquiesça.
Sur la première page, je reconnus l’écriture de Daniel.
Il avait écrit :
« Si maman a découvert la vérité, alors elle mérite de connaître toute l’histoire. »
Je tournai lentement la page.
La première note datait de trois semaines avant sa mort.
Daniel avait écrit :
« Thomas ne travaille pas seul. Il y a quelqu’un d’autre qui l’aide à déplacer l’argent. Je pensais que c’était uniquement une affaire professionnelle, mais les documents montrent que plusieurs personnes ont participé aux transferts. »
Je continuai à lire.
Puis je tombai sur un nom.
Un nom que je connaissais parfaitement.
Bill.
Je fermai les yeux.
Encore une fois.
Même après tout ce que j’avais appris, il restait encore quelque chose.
Rebecca posa doucement sa main sur mon bras.
— Continue, Earlene.
Je tournai la page.
Daniel avait écrit :
« Papa m’a demandé de ne pas chercher plus loin. Il m’a dit que certaines personnes puissantes étaient impliquées et que je risquais de détruire plus que ma propre vie. Mais je ne peux pas abandonner. Je sais que maman ne comprendrait pas pourquoi je prends autant de risques. Pourtant, je le fais pour elle aussi. »
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
Puis je lus la dernière phrase de cette page :
« J’ai découvert que l’argent volé ne servait pas seulement à enrichir Thomas. Une partie a été utilisée pour financer quelque chose qui concerne directement notre famille. »
Je relevai la tête.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
Rebecca secoua la tête.
— Je ne sais pas. C’est justement pour cela que je t’ai appelée.
Le document caché
Au fond du carnet, une petite enveloppe était collée à la couverture.
Elle contenait une photocopie d’un document bancaire.
Je reconnus le numéro d’un compte que Bill avait autrefois utilisé pour ses investissements.
Mais le nom du bénéficiaire n’était pas celui de Thomas.
C’était celui d’une association.
Une association qui avait financé un programme d’aide aux familles endeuillées.
Je relus le document plusieurs fois.
— Pourquoi Daniel aurait-il écrit que cela concernait directement notre famille ?
Rebecca se pencha vers la feuille.
— Regarde la date.
La transaction avait été effectuée quelques jours avant l’accident de Daniel.
Et le montant était considérable.
Je pris mon téléphone et photographiai le document.
— Nous devons montrer cela à l’avocat.
À cet instant, Emma remarqua une petite phrase écrite au bas de la page.
— Grand-mère, regarde ici.
Je me penchai.
Daniel avait ajouté :
« Ce n’est pas l’argent qui m’inquiète. C’est la personne que cet argent devait faire taire. »
Un frisson me parcourut.
Qui Daniel avait-il découvert ?
Et pourquoi avait-il pensé que cette personne pouvait faire taire quelqu’un ?
L’appel inattendu
Le soir même, l’avocat nous rappela.
Sa voix était grave.
— J’ai vérifié le document que vous m’avez envoyé. Cette association a bien reçu plusieurs virements. Mais il y a un problème.
— Lequel ?
— Elle n’existe plus officiellement depuis plusieurs années. Et son ancien directeur a disparu peu après la mort de votre fils.
Je sentis mon estomac se nouer.
— Qui était ce directeur ?
L’avocat marqua une pause.
Puis il prononça un nom.
— Robert Hale.
Je regardai Rebecca.
Elle pâlit.
— Attendez… dit-elle. Robert Hale était le médecin qui s’occupait de Daniel après son accident.
Je restai immobile.
L’avocat reprit :
— C’est exactement ce que je viens de découvrir. Il travaillait à l’hôpital où votre fils a été transporté.
Je sentis mes mains devenir froides.
— Vous voulez dire que cet homme connaissait Daniel ?
— Oui. Et son nom apparaît dans plusieurs documents liés aux transferts financiers.
Je regardai le carnet posé sur la table.
Daniel avait écrit que quelqu’un avait été payé pour garder le silence.
Mais qui ?
Le médecin ?
Un membre du personnel hospitalier ?
Ou quelqu’un d’autre ?
La dernière page
Avant de raccrocher, l’avocat nous demanda de vérifier s’il existait une dernière page dans le carnet.
Je l’ouvris de nouveau.
Cette fois, je remarquai une petite feuille pliée dans la reliure.
Je la retirai avec précaution.
Elle contenait seulement quelques lignes.
« Maman,
Si tu découvres ce carnet, ne cherche pas à régler les choses seule.
Il y a une personne qui sait exactement ce qui s’est passé à l’hôpital cette nuit-là.
Elle n’est pas notre ennemie.
Elle a simplement eu peur.
Son prénom est Susan.
Et elle connaît la vérité sur les dernières heures de ma vie.
Maman, je suis désolé.
Je voulais te revoir.
Daniel. »
Je laissai tomber la feuille sur la table.
Je n’arrivais plus à respirer normalement.
Pendant quatorze ans, j’avais cru connaître les circonstances de la mort de mon fils.
Puis j’avais découvert les mensonges de Bill et les menaces de Thomas.
Maintenant, Daniel semblait nous indiquer qu’une autre personne avait gardé le silence sur ses dernières heures à l’hôpital.
Emma prit doucement ma main.
— Grand-mère… on va découvrir la vérité ?
Je la regardai.
Puis je serrai ses doigts.
— Oui, ma chérie. Cette fois, personne ne nous arrêtera.
À cet instant, mon téléphone vibra.
Un numéro inconnu.
Un message venait d’arriver.
« Je m’appelle Susan. J’ai travaillé à l’hôpital la nuit où Daniel est mort. J’ai gardé le silence pendant quatorze ans. Mais j’ai appris que vous aviez retrouvé son carnet. Il faut que nous parlions. Il y a quelque chose que vous ignorez encore sur votre fils… »
Je relus le message trois fois.
Puis un deuxième arriva.
« Daniel n’était pas censé mourir cette nuit-là. Et votre mari n’était pas le seul à savoir qu’il était encore vivant. »
Je sentis mes jambes trembler.
Rebecca porta une main à sa bouche.
Emma demanda d’une petite voix :
— Qu’est-ce qu’elle veut dire, grand-mère ?
Je n’eus pas le temps de répondre.
Un troisième message apparut.
« Avant de me rencontrer, vous devez savoir une chose : Daniel a essayé de vous appeler une dernière fois. Quelqu’un a empêché cet appel d’arriver jusqu’à vous. Et j’ai encore la preuve. »
Je regardai la photographie de mon fils posée sur la cheminée.
Quatorze ans.
Quatorze années à croire que je n’avais pas pu lui dire au revoir parce que le destin en avait décidé ainsi.
Mais peut-être que quelqu’un avait volontairement empêché une mère d’entendre la voix de son enfant une dernière fois.
Je composai immédiatement le numéro.
Une sonnerie.
Deux sonneries.
Puis une femme répondit d’une voix tremblante :
— Madame Earlene ?
— Oui. C’est moi.
Elle se mit à pleurer.
— Je suis désolée. J’aurais dû parler depuis longtemps.
Je serrai le téléphone contre mon oreille.
— Dites-moi la vérité. Qu’est-il arrivé à mon fils ?
Elle inspira profondément.
Puis elle prononça une phrase qui me glaça le sang :
— Votre fils avait demandé à vous voir. Il était encore conscient. Il vous attendait. Mais lorsqu’on a voulu vous appeler, votre mari est intervenu… et il n’était pas seul.
Je me levai brusquement.
— Qui était avec lui ?
Susan se tut quelques secondes.
Puis elle murmura :
— Une femme que vous connaissez très bien, madame. Une femme qui a assisté aux funérailles de Daniel et qui vous a serrée dans ses bras en vous disant qu’elle partageait votre douleur.
Je regardai Rebecca.
Puis Margaret, qui venait d’entrer dans la pièce.
Et je compris que la vérité que nous avions découverte n’était peut-être encore que le début.
À SUIVRE…