PARTIE 4: – Mes parents m’ont mis à la porte quand j’avais 16 ans et ne se sont jamais retournés.

PARTIE 4

— Parce qu’à cette époque, Emily, tu n’étais pas la seule enfant que ton père pouvait détruire.
Les mots de ma mère restèrent suspendus dans la pièce.
Je la regardai.
Je ne comprenais pas.
Ou peut-être que je comprenais trop bien.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Ma mère ne répondit pas.
Je m’approchai d’elle.
— Maman, qu’est-ce que tu veux dire ?
Elle regarda M. Collins.
L’avocat détourna les yeux.
Et ce simple geste me donna une réponse avant même qu’elle ne parle.
Ils savaient.
Tous les deux.
Depuis des années.
— David avait un enfant, murmura ma mère.
Je fronçai les sourcils.
— Quoi ?
— Une fille.
Je restai immobile.
— Quel âge avait-elle ?

 

 

 

Ma mère ferma les yeux.

— Six ans.

Daniel inspira profondément.

Je regardai M. Collins.

— Et qu’est-ce que mon père avait à voir avec cette enfant ?

L’avocat ne répondit pas.

Ma mère, elle, se mit à pleurer.

— Il savait où elle vivait.

Un frisson me parcourut.

— Et ?

— Et il savait que David la cherchait.

— Pourquoi ?

Elle secoua la tête.

— Parce que sa mère avait disparu avec elle.

Je commençais à comprendre pourquoi Henry avait eu peur.

Mais il manquait toujours une pièce.

Une pièce énorme.

— Pourquoi mon père menaçait-il David ?

Ma mère se mordit la lèvre.

— Parce que David voulait récupérer les preuves du détournement.

— Quelles preuves ?

Elle regarda le dossier noir.

— Celles qu’Henry avait conservées.

Je regardai M. Collins.

— C’est pour ça que le dossier existe ?

— En partie.

Je tournai plusieurs pages.

Des noms.

Des comptes.

Des dates.

Des sociétés.

Puis un document attira mon attention.

Il portait une signature que je connaissais.

La signature d’Henry.

Mais sous cette signature se trouvait une deuxième signature.

David Morgan.

La date était récente.

Sept ans auparavant.

Je levai les yeux.

— Ils se sont retrouvés.

M. Collins acquiesça.

— Oui.

— Pourquoi Henry ne m’en a jamais parlé ?

— Parce qu’il avait peur.

— De David ?

— Non.

Je sentis ma gorge se serrer.

— De qui ?

M. Collins répondit doucement :

— De votre père.

Je reculai.

Mon père.

Encore lui.

Toujours lui.

Même après dix-huit ans.

Même après la mort d’Henry.

Il semblait toujours être quelque part dans l’ombre de ma vie.

Je refermai le dossier.

— Je veux voir David.

Ma mère secoua immédiatement la tête.

— Non.

Je la regardai.

— Pourquoi ?

— Parce que tu ne sais pas ce qu’il est devenu.

— Et toi, tu le sais ?

Elle ne répondit pas.

— Maman.

Elle détourna les yeux.

Je compris.

— Tu l’as revu.

Elle resta silencieuse.

— Quand ?

Toujours rien.

— Quand l’as-tu revu ?

Elle murmura :

— Il y a trois jours.

Mon cœur s’arrêta.

— Trois jours ?

Elle hocha la tête.

— Il est venu me voir.

— Pourquoi ?

— Il voulait savoir où était Henry.

Je fronçai les sourcils.

— Henry est mort.

— Je sais.

— Alors pourquoi venir maintenant ?

Ma mère me regarda.

— Parce qu’il ne croit pas qu’Henry soit mort naturellement.

La pièce devint glaciale.

Daniel se redressa.

— Vous pensez qu’il a été assassiné ?

Ma mère secoua rapidement la tête.

— Je n’ai pas dit ça.

— Mais vous venez de le suggérer.

Elle se tut.

M. Collins intervint.

— Nous n’avons aucune preuve permettant d’affirmer cela.

Je regardai l’avocat.

— Alors pourquoi tout le monde agit comme s’il y en avait une ?

Personne ne répondit.

Je pris mon téléphone.

— Donnez-moi son numéro.

Ma mère me fixa.

— De qui ?

— David.

Elle recula.

— Je ne l’ai pas.

Je savais qu’elle mentait.

Je le voyais dans ses yeux.

— Maman.

— Emily…

— Après dix-huit ans, tu veux vraiment continuer à me mentir ?

Cette phrase la brisa.

Elle s’assit.

Puis elle sortit lentement son téléphone.

Elle chercha dans ses contacts.

Et me montra un nom.

David M.

Je mémorisai le numéro.

Mais avant que je puisse appeler, mon propre téléphone vibra.

Numéro inconnu.

Encore.

Je décrochai.

— Allô ?

Aucune réponse.

— Qui est-ce ?

Silence.

Puis une voix d’homme.

Faible.

Vieillie.

Mais parfaitement calme.

— Emily ?

Je me figeai.

— Oui.

— Je suis désolé.

Je reconnus immédiatement la voix.

Je n’avais jamais entendu David auparavant.

Et pourtant, quelque chose dans sa manière de parler me donnait l’impression qu’il me connaissait depuis longtemps.

— Qui êtes-vous ?

Il resta silencieux quelques secondes.

Puis :

— Le fils qu’Henry n’a jamais réussi à retrouver à temps.

Je fermai les yeux.

— David ?

— Oui.

Daniel se rapprocha.

Je mis le téléphone en haut-parleur.

— Comment avez-vous eu mon numéro ?

— Henry me l’a donné.

Je regardai M. Collins.

Son visage devint pâle.

— Quand ?

— Deux semaines avant sa mort.

Je sentis un poids dans ma poitrine.

— Pourquoi ne m’avez-vous jamais contactée ?

— Parce qu’Henry m’a demandé de ne pas le faire.

— Pourquoi ?

David soupira.

— Parce qu’il savait que votre père vous surveillait.

Je regardai ma mère.

Elle baissa les yeux.

— Mon père me surveillait ?

— Pas directement, répondit David. Mais il avait des gens qui le faisaient.

Je sentis mes mains trembler.

— Pourquoi ?

— Parce qu’Henry avait quelque chose que votre père voulait récupérer.

— Quoi ?

Long silence.

Puis David répondit :

— La preuve originale.

— Quelle preuve ?

— Celle qui pouvait envoyer votre père en prison.

Je regardai le dossier noir.

— Le détournement ?

— Non.

Je me figeai.

— Alors quoi ?

David inspira profondément.

— Ce que votre père a fait après que vous avez quitté la maison.

Je sentis mon cœur accélérer.

— Qu’a-t-il fait ?

David ne répondit pas immédiatement.

Puis sa voix devint presque un murmure.

— Il a essayé de faire croire que tu étais morte.

Je lâchai le téléphone.

Daniel le rattrapa avant qu’il ne tombe.

— Emily !

Je restai immobile.

Ma mère porta une main à sa bouche.

M. Collins se leva.

— David, vous devez venir ici.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce qu’ils nous écoutent.

Tout le monde se figea.

— Qui ?

David ne répondit pas.

La ligne se coupa.

Je regardai mon téléphone.

— Rappelle-le.

J’essayai.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Messagerie.

Puis un nouveau message apparut.

« Ne restez pas dans ce bureau. »

Quelques secondes plus tard :

« Sortez par l’arrière. »

M. Collins ne posa aucune question.

Il se dirigea vers une porte située derrière une bibliothèque.

— Par ici.

Nous descendîmes un escalier étroit.

Ma mère suivait derrière nous.

Dehors, une petite ruelle sombre se trouvait derrière l’immeuble.

Nous sortîmes.

Puis nous entendîmes quelque chose.

Un bruit de moteur.

Une voiture noire passa lentement au bout de la rue.

Daniel regarda dans sa direction.

— C’est la même voiture.

Mon cœur se serra.

— Celle de la maison d’Henry ?

— Oui.

La voiture s’arrêta.

Puis repartit.

Nous attendîmes plusieurs secondes.

M. Collins sortit son téléphone.

— Je vais appeler la police.

Ma mère attrapa son bras.

— Non !

Il la regarda.

— Pourquoi ?

Elle semblait terrifiée.

— Parce que si vous appelez la police, ils sauront que nous avons trouvé les documents.

— Qui ça ?

Elle ne répondit pas.

Je la regardai.

— Qui ?

Elle ferma les yeux.

— Les gens pour lesquels ton père travaillait.

Je sentis un frisson.

— Mon père travaillait pour quelqu’un ?

— Oui.

— Pour qui ?

Ma mère secoua la tête.

— Je ne connais pas son vrai nom.

— Tu mens.

— Non.

Elle pleurait.

— Ton père l’appelait simplement « le directeur ».

Je regardai Daniel.

— Le directeur de quoi ?

Ma mère secoua la tête.

— Je ne sais pas.

Puis elle ajouta :

— Mais il avait des hommes.

Cette nuit-là, nous ne retournâmes pas à la maison d’Henry.

Nous allâmes chez Daniel.

Sophie dormait toujours chez son amie.

Je m’assis dans la cuisine, le dossier devant moi.

Je ne pouvais pas dormir.

À trois heures dix-sept du matin, je découvris quelque chose.

Une petite note manuscrite était cachée entre deux pages.

L’écriture d’Henry.

Je la dépliai.

Il n’y avait que trois lignes.

« Emily,

si tu lis ceci, alors ils ont découvert le coffre.

Ne fais confiance à personne portant mon nom. »

Je relus la dernière phrase.

Ne fais confiance à personne portant mon nom.

Cela ne concernait pas seulement David.

Cela pouvait concerner quelqu’un d’autre.

Quelqu’un de plus proche.

Je retournai la feuille.

Au dos, Henry avait écrit une adresse.

Une ancienne gare ferroviaire.

Puis une heure.

05 h 30.

Je regardai l’horloge.

03 h 22.

Daniel entra dans la cuisine.

— Tu ne dors pas ?

Je lui montrai la note.

Il la lut.

— Tu ne vas pas y aller.

— Si.

— Emily…

— Henry m’a laissé cette adresse.

— Et il t’a aussi dit de ne faire confiance à personne portant son nom.

Je le regardai.

— Justement.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Je ne vais pas y aller seule.

Daniel soupira.

— Alors je viens.

À 05 h 11, nous quittâmes la maison.

Le ciel commençait à peine à s’éclaircir.

La gare abandonnée se trouvait à quarante minutes de route.

Lorsque nous arrivâmes, il n’y avait presque personne.

Un vieux bâtiment.

Des rails rouillés.

Une horloge cassée.

Et un seul banc.

Sur lequel quelqu’un était assis.

Un homme âgé.

Manteau sombre.

Canne.

Il leva les yeux lorsque nous approchâmes.

Puis il dit :

— Tu ressembles à ta grand-mère.

Je m’arrêtai.

— Vous connaissez ma grand-mère ?

Il sourit tristement.

— Je connaissais toute ta famille.

Je regardai Daniel.

Puis l’homme.

— Qui êtes-vous ?

Il se leva difficilement.

— Mon nom est Samuel Morgan.

Je cessai de respirer.

Morgan.

Encore.

— Vous êtes de la famille d’Henry ?

L’homme secoua la tête.

— Non.

Puis il ajouta :

— Mais je suis la raison pour laquelle Henry a passé trente ans à garder des secrets.

Il sortit une petite clé de sa poche.

— Et cette clé ouvre le coffre que tu as trouvé dans son bureau.

Je fixai l’objet.

— Pourquoi me la donner maintenant ?

Samuel me regarda droit dans les yeux.

— Parce qu’Henry est mort.

Il marqua une pause.

— Et parce que l’homme qui l’a fait surveiller pendant dix-huit ans sait maintenant que tu as découvert la vérité.

Je sentis le sang quitter mon visage.

— Vous pensez qu’Henry a été assassiné ?

Samuel ne répondit pas.

Il me tendit la clé.

— Ouvre le coffre.

— Ici ?

— Non.

— Où alors ?

Il regarda derrière moi.

Une voiture approchait au loin.

Il murmura :

— Chez Henry.

— Mais la maison est surveillée.

— Justement.

Il se rapprocha.

— Il existe une deuxième entrée.

Je fronçai les sourcils.

— Où ?

Samuel pointa vers les rails.

— Sous la maison.

Je restai sans voix.

— Une cave ?

— Non.

Il secoua la tête.

— Un tunnel.

Daniel regarda Samuel.

— Un tunnel vers où ?

Samuel ne répondit pas.

Il regarda simplement la montre à son poignet.

Puis il murmura :

— Vers l’endroit où ton père a caché ce qu’il ne voulait surtout pas qu’Emily découvre.

Un bruit de moteur retentit derrière nous.

La même voiture noire apparut au bout de la route.

Samuel recula.

— Partez.

— Et vous ?

Il sourit.

— Moi, ils me cherchent depuis trente ans.

Puis il se retourna et disparut derrière le vieux bâtiment.

Je serrai la clé dans ma main.

Daniel démarra la voiture.

Nous repartîmes.

Mais avant de quitter la gare, je regardai dans le rétroviseur.

La voiture noire s’était arrêtée près de Samuel.

Deux hommes en descendirent.

Et l’un d’eux portait quelque chose dans sa main.

Une photographie.

La même photographie que nous avions trouvée chez Henry.

Je compris alors que quelqu’un ne cherchait pas simplement à récupérer l’argent.

Quelqu’un cherchait à effacer une histoire.

Et cette histoire avait commencé bien avant ma naissance.

À 06 h 14, nous arrivâmes devant la maison d’Henry.

Je regardai la clé dans ma main.

Puis la porte.

Et pour la première fois, je compris que la maison que j’avais toujours considérée comme mon refuge pouvait aussi avoir été le lieu où Henry avait caché son plus grand secret.

Daniel posa sa main sur la mienne.

— Prête ?

Je regardai la porte.

— Non.

Puis je serrai la clé.

— Mais je vais entrer quand même.

Parce que quelque part sous cette maison se trouvait peut-être la réponse à une question qui me hantait depuis dix-huit ans :

Pourquoi mes parents avaient-ils voulu me faire disparaître ?

Et cette fois, je n’allais laisser personne refermer la porte avant que je découvre la vérité.

 

Cliquez ici pour lire la suite et la fin de l’histoire 👉 PARTIE (5) : – Mes parents m’ont mis à la porte quand j’avais 16 ans et ne se sont jamais retournés.

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