PARTIE 6 — LE DERNIER NOM
Six mois s’étaient écoulés depuis la condamnation de Richard Whitmore.
Six mois depuis que Daniel avait enfin prononcé les mots qu’il avait retenus si longtemps :
« C’est terminé. »
Pendant longtemps, il avait cru que ces mots seraient synonymes de paix.
Il s’était trompé.
Certaines histoires ne se terminent pas lorsque le coupable est condamné.
Certaines histoires commencent seulement à révéler leur véritable profondeur.
Ce matin-là, Daniel se réveilla avant Noah.
La maison était silencieuse.
Il descendit dans la cuisine, prépara du café et ouvrit les rideaux.
Le soleil entrait doucement par les fenêtres.
Tout semblait normal.
Trop normal.
Daniel regarda instinctivement son téléphone.
Aucun appel.
Aucun message.
Rien.
Il souffla doucement.
Peut-être que, cette fois, tout était vraiment terminé.
Puis la sonnette retentit.
Daniel se figea.
Une seule fois.
Puis deux.
Il posa sa tasse.
Son cœur se mit à battre plus vite.
Pendant quelques secondes, il resta immobile.
Les souvenirs revinrent immédiatement.
La porte.
Les menaces.
Les silhouettes dans la nuit.
Les voitures garées trop longtemps devant la maison.
Puis il se rappela qu’il n’était plus seul.
Il se dirigea vers la porte.
Il regarda par le judas.
Personne.
Daniel fronça les sourcils.
Il ouvrit légèrement.
Un petit paquet était posé sur le seuil.
Aucun nom.
Aucune adresse.
Aucune indication.
Seulement une enveloppe brune.
Daniel la ramassa.
Il referma immédiatement la porte.
Puis il regarda l’enveloppe.
Une phrase était écrite dessus.
À la main.
Trois mots.
« Vous vous trompez. »
Daniel sentit un froid lui parcourir le dos.
Il appela Marcus.
Puis Maria Ruiz.
Puis Diane.
Personne ne répondit immédiatement.
Daniel posa l’enveloppe sur la table.
Il ne l’ouvrit pas.
Pas encore.
Il monta vérifier Noah.
Le garçon dormait encore.
Daniel resta quelques secondes dans l’encadrement de la porte.
Il regarda son fils.
Puis il referma doucement.
Lorsqu’il redescendit, son téléphone vibra.
Un message de Marcus.
« Ne touche à rien. J’arrive. »
Deux minutes plus tard, un second message arriva.
« Et surtout, ne contacte personne lié à l’ancienne affaire. »
Daniel fixa l’écran.
Il sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
Il répondit :
« Pourquoi ? »
La réponse arriva presque immédiatement.
« Parce que j’ai reçu la même enveloppe. »
Daniel resta immobile.
Puis un troisième message apparut.
« Mais la mienne contenait une photo. »
Daniel appela Marcus.
Cette fois, il décrocha.
— Daniel ?
— Qu’est-ce qu’il y avait sur la photo ?
Silence.
Puis Marcus répondit :
— Toi.
Daniel sentit son cœur s’arrêter une seconde.
— Moi ?
— Oui.
— Quand ?
— C’est justement le problème.
Marcus prit une inspiration.
— La photo a été prise hier soir.
Daniel regarda instinctivement la fenêtre.
Une heure plus tard, Marcus était chez lui.
Il posa une enveloppe plastique sur la table.
À l’intérieur se trouvait une photographie.
Daniel la regarda.
C’était bien lui.
Devant sa maison.
La veille.
À vingt-deux heures dix-sept.
Il portait exactement les mêmes vêtements que lorsqu’il était allé chercher Noah chez son entraîneur.
Mais quelque chose d’autre était visible.
Dans le reflet d’une voiture garée de l’autre côté de la rue…
un homme les observait.
Marcus agrandit la photo.
— Tu le reconnais ?
Daniel secoua la tête.
— Non.
Marcus resta silencieux.
Puis il retourna la photo.
Au dos, une phrase était écrite.
« Richard n’était pas le dernier. »
Daniel sentit la pièce devenir glaciale.
— Il est en prison.
— Je sais.
— Alors qui est-ce ?
Marcus regarda Daniel.
— C’est ce que nous devons découvrir.
À cet instant, le téléphone de Daniel sonna.
C’était Maria Ruiz.
— Daniel, écoute-moi attentivement.
— Je suis là.
— Où es-tu ?
— Chez moi.
— Parfait. N’ouvre à personne.
Daniel regarda Marcus.
— Pourquoi ?
Maria hésita.
— Parce que nous avons découvert quelque chose dans les archives de Whitmore.
Daniel sentit son cœur accélérer.
— Quoi ?
— Un dossier manquant.
— Quel dossier ?
— Celui de Noah.
Daniel se redressa.
— Mais le dossier de Noah était déjà dans les preuves.
— Je sais.
— Alors comment peut-il manquer ?
Maria répondit d’une voix grave :
— Parce que ce n’est pas le dossier officiel qui manque.
Daniel ne comprit pas.
— Alors lequel ?
— Celui qui existait avant le dossier officiel.
Silence.
— Maria…
— Quelqu’un avait créé un dossier sur Noah avant même que l’affaire commence.
Daniel sentit sa gorge se serrer.
— Depuis quand ?
Maria répondit :
— Depuis sa naissance.
Daniel ne parla plus.
Marcus se leva lentement.
— Qu’est-ce qu’elle vient de dire ?
Daniel posa le téléphone sur haut-parleur.
Maria répéta :
— Nous avons trouvé une référence à un dossier portant le nom de Noah. Il a été créé huit ans plus tôt.
Marcus secoua la tête.
— Impossible.
— C’est pourtant ce que disent les archives.
Daniel demanda :
— Qui l’a créé ?
Maria resta silencieuse.
Puis elle répondit :
— Nous ne savons pas encore.
— Alors pourquoi m’appeler ?
— Parce que j’ai trouvé une signature.
Daniel sentit quelque chose se briser en lui.
— Quelle signature ?
Maria inspira profondément.
— Celle d’une personne que vous connaissez.
Daniel regarda Marcus.
— Qui ?
La réponse tomba.
— Diane.
Daniel resta figé.
Marcus recula d’un pas.
— Non.
Daniel ne répondit pas.
Diane.
La femme qui les avait protégés.
La femme qui avait organisé la sécurité.
La femme qui avait aidé Daniel lorsque tout le monde semblait vouloir le faire taire.
Diane ne pouvait pas être impliquée.
Pas elle.
Daniel prit immédiatement son téléphone.
— Elle est où ?
Maria répondit :
— Introuvable.
— Depuis quand ?
— Depuis hier soir.
Daniel sentit son sang se glacer.
La même nuit où la photo avait été prise.
La même nuit où les enveloppes avaient été déposées.
Et maintenant…
Diane avait disparu.
À midi, une équipe de police arriva chez Daniel.
La maison fut fouillée.
Les fenêtres vérifiées.
Les caméras analysées.
Rien.
Aucune trace d’effraction.
Aucune empreinte inhabituelle.
Mais dans la chambre de Noah, un détail attira l’attention d’un agent.
Une petite boîte en bois posée sur l’étagère.
Daniel la reconnut.
C’était une boîte que Christine avait donnée à Noah quelques semaines plus tôt.
— Qu’est-ce que c’est ?
Daniel s’approcha.
— Un cadeau.
L’agent ouvrit la boîte.
À l’intérieur, il n’y avait qu’un vieux bracelet.
Et un morceau de papier plié.
Daniel le prit.
Il l’ouvrit.
Son visage changea immédiatement.
Il ne contenait qu’une phrase :
« Demandez à Christine ce qui s’est passé la nuit de la naissance de Noah. »
Daniel appela Christine.
Elle répondit après la deuxième sonnerie.
— Daniel ?
— Où es-tu ?
— Chez moi.
— J’ai besoin de te voir.
Christine sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
— Pourquoi ?
Daniel hésita.
Puis il demanda :
— Qu’est-ce qui s’est passé la nuit où Noah est né ?
Silence.
Long.
Très long.
Puis Christine murmura :
— Qui t’a parlé de cette nuit ?
— Réponds-moi.
Christine commença à pleurer.
— Je savais que ce jour arriverait.
Daniel sentit son cœur se serrer.
— Qu’est-ce que tu savais ?
Christine répondit :
— Noah n’était pas censé être sur cette liste.
Daniel fronça les sourcils.
— Quelle liste ?
— Celle de mon père.
Une heure plus tard, Christine arriva chez Daniel.
Elle avait les yeux rouges.
Elle portait un vieux sac qu’elle tenait contre elle.
Elle s’assit.
Puis elle posa le sac sur la table.
— Il y a quelque chose que je ne t’ai jamais dit.
Daniel ne répondit pas.
Christine ouvrit le sac.
Elle en sortit un dossier.
Très ancien.
La couverture était abîmée.
Sur la première page figurait un nom.
NOAH.
Daniel sentit ses mains trembler.
— Où as-tu trouvé ça ?
Christine baissa les yeux.
— Dans les affaires de mon père.
— Quand ?
— Avant son arrestation.
— Pourquoi tu ne me l’as pas donné ?
Christine leva les yeux vers Daniel.
— Parce qu’il m’avait dit que si je te le donnais…
Elle s’arrêta.
— Quoi ?
— Il tuerait quelqu’un.
Daniel se leva brusquement.
— Qui ?
Christine pleurait maintenant.
— Je ne savais pas.
Elle essuya ses larmes.
— Je pensais qu’il parlait de toi.
Daniel resta immobile.
Puis Christine murmura :
— Mais maintenant je comprends.
— Quoi ?
Elle posa une photo sur la table.
Daniel la regarda.
C’était une photographie prise dans un hôpital.
Une femme tenait un nouveau-né.
Christine.
Et dans le coin de la photo…
Richard Whitmore.
Mais ce n’était pas Richard qui regardait l’objectif.
C’était l’homme debout derrière lui.
Daniel agrandit la photo.
Son visage devint livide.
Il connaissait cet homme.
Il l’avait déjà vu.
Plusieurs fois.
Dans les dossiers.
Dans les tribunaux.
Dans les réunions.
Dans les archives.
Marcus s’approcha.
— Daniel…
Daniel murmura :
— Ce n’est pas possible.
Marcus regarda la photo.
Puis il comprit.
— Le juge.
Le même juge qui avait supervisé certaines décisions liées à Noah.
Le même juge dont le nom figurait indirectement dans les anciens documents.
Le même homme que tout le monde croyait simplement avoir été influencé par Richard.
Mais il n’avait peut-être jamais été influencé.
Il faisait peut-être partie du système depuis le début.
Daniel regarda Christine.
— Pourquoi mon fils ?
Christine secoua la tête.
— Je ne sais pas.
— Tu dois savoir quelque chose.
— Je sais seulement ce que mon père m’a dit.
— Quoi ?
Christine inspira profondément.
— Il disait que Noah était différent.
— Différent comment ?
— Il avait peur de lui.
Daniel resta silencieux.
Richard Whitmore.
Un homme qui avait contrôlé des dizaines de personnes.
Un homme qui avait détruit des familles.
Un homme qui ne semblait avoir peur de personne.
Et pourtant…
il avait peur d’un bébé.
Pourquoi ?
La réponse arriva le lendemain.
Pas de la police.
Pas de Marcus.
Pas de Christine.
Mais de Diane.
À 3 h 14 du matin.
Le téléphone de Daniel vibra.
Un seul message.
« Ne faites confiance à personne. Même pas à Maria. »
Puis un second message.
« Je suis vivante. »
Daniel se redressa dans son lit.
Un troisième message apparut.
« Je sais qui contrôle tout. »
Daniel tapa immédiatement :
« Où êtes-vous ? »
Aucune réponse.
Puis le téléphone vibra une dernière fois.
Une photo.
Daniel l’ouvrit.
Diane était assise dans une pièce sombre.
Derrière elle se trouvait une porte métallique.
Elle semblait épuisée.
Mais vivante.
Sous la photo, un dernier message :
« Ils savent que j’ai parlé. »
Puis…
plus rien.
Daniel resta éveillé jusqu’au matin.
À 6 h 02, quelqu’un frappa à la porte.
Trois coups.
Puis deux.
Daniel prit son téléphone.
Marcus était déjà réveillé.
Il arriva quelques minutes plus tard.
Maria arriva ensuite.
Et cette fois, elle n’était pas seule.
Deux agents l’accompagnaient.
Elle regarda Daniel.
— Nous devons partir.
Daniel fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Maria répondit :
— Parce que votre maison n’est plus sûre.
— Qui nous menace ?
Maria regarda Marcus.
Puis Christine.
Puis Noah.
— Ceux qui restent.
Daniel sentit son cœur battre plus vite.
— Combien sont-ils ?
Maria répondit :
— Nous pensions qu’il n’en restait qu’un.
Elle marqua une pause.
— Nous avions tort.
Ils quittèrent la maison par l’arrière.
Noah ne comprenait pas.
Il tenait fermement la main de son père.
— Papa, où est-ce qu’on va ?
Daniel se pencha vers lui.
— Dans un endroit sûr.
— Est-ce qu’on doit avoir peur ?
Daniel regarda son fils.
Puis il répondit :
— Non.
Noah fronça les sourcils.
— Mais tu as peur.
Daniel sourit légèrement.
— Peut-être.
— Alors pourquoi tu dis non ?
Daniel serra sa main.
— Parce que cette fois, on connaît l’ennemi.
Mais au fond de lui…
Daniel savait qu’il mentait.
Parce qu’ils ne connaissaient pas encore l’ennemi.
Ils venaient seulement de découvrir qu’il existait.
Et quelque part, dans une pièce inconnue, quelqu’un les observait.
Quelqu’un qui connaissait Noah depuis sa naissance.
Quelqu’un qui avait surveillé Daniel.
Quelqu’un qui avait attendu des années.
Et surtout…
quelqu’un qui possédait encore le dernier dossier.
Celui que Richard Whitmore n’avait jamais voulu que personne découvre.
Sur la couverture de ce dossier, un seul mot était inscrit.
« ORIGINE. »
Et sous ce mot…
un nom.
Un nom que Daniel n’avait encore jamais entendu.
FIN DE LA PARTIE 6.