PARTIE 8 — LA VÉRITÉ SUR NOAH
La voiture filait dans la nuit.
Daniel était assis à l’avant.
Maria conduisait.
Marcus consultait constamment la carte sur son ordinateur.
Personne ne parlait.
Chaque seconde semblait durer une éternité.
Daniel regardait l’horloge.
23 h 41.
Il ferma les yeux.
Il revit Noah.
Son visage.
Son sourire.
La manière dont il disait « Papa ».
Et surtout…
la dernière fois qu’il l’avait vu.
Noah avait eu peur.
Et Daniel n’avait pas été là pour le protéger.
Cette pensée lui déchirait le cœur.
— Il est vivant, dit Maria.
Daniel ouvrit les yeux.
— Comment tu peux le savoir ?
— Parce qu’ils veulent que tu viennes.
Marcus acquiesça.
— Si leur objectif était de le tuer, ils ne nous auraient pas laissé cette adresse.
Daniel serra les poings.
— Alors pourquoi l’ont-ils pris ?
Personne ne répondit.
Parce qu’au fond…
ils connaissaient tous la réponse.
Noah n’avait pas été enlevé par hasard.
Il avait été choisi.
À 23 h 58, ils arrivèrent devant l’ancienne clinique.
Le bâtiment était immense.
Abandonné.
Les fenêtres étaient brisées.
La végétation recouvrait presque entièrement les murs.
Une vieille enseigne pendait au-dessus de l’entrée.
CENTRE MÉDICAL SAINT-MICHAEL
Daniel descendit de la voiture.
Il regarda le bâtiment.
— C’est ici que Noah est né.
Maria acquiesça.
— Oui.
Daniel fixa l’entrée.
— Alors pourquoi personne ne m’a jamais dit que cet endroit était lié à Whitmore ?
Marcus répondit :
— Parce qu’il ne l’était probablement pas officiellement.
Daniel se tourna vers lui.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Richard n’était peut-être qu’un intermédiaire.
Daniel sentit un frisson.
— Et l’Origin Foundation ?
Marcus regarda le bâtiment.
— Elle devait exister avant lui.
Ils entrèrent.
Le silence était oppressant.
Chaque pas résonnait dans les couloirs.
Des fauteuils renversés.
Des dossiers abandonnés.
Des portes ouvertes.
L’odeur de poussière et de moisissure.
Daniel avançait rapidement.
— Noah !
Sa voix résonna.
Aucune réponse.
— Noah !
Toujours rien.
Maria leva la main.
— Attendez.
Ils s’arrêtèrent.
Un bruit venait du sous-sol.
Un léger bourdonnement.
Une machine.
Quelque chose fonctionnait encore.
Après vingt ans.
Marcus regarda Daniel.
— Ça ne devrait pas être possible.
Daniel descendit les escaliers.
Au sous-sol, une lumière rouge clignotait.
Une seule porte était encore alimentée électriquement.
Sur la porte :
ARCHIVES — ACCÈS INTERDIT
Marcus s’approcha.
— C’est ici.
Daniel posa la main sur la poignée.
Elle était verrouillée.
Puis une voix sortit d’un haut-parleur.
— Daniel.
Il se figea.
La même voix que celle du téléphone.
— Vous êtes arrivé plus tôt que prévu.
Daniel répondit :
— Où est mon fils ?
Un silence.
Puis :
— Il va bien.
— Je veux le voir.
— Cela dépend de vous.
Daniel serra les dents.
— Ouvrez cette porte.
Un léger rire.
— Vous avez toujours été impatient.
Daniel regarda Maria.
— Qui êtes-vous ?
La voix répondit :
— Quelqu’un qui connaît votre famille depuis beaucoup plus longtemps que vous ne l’imaginez.
La porte s’ouvrit.
Lentement.
Derrière la porte se trouvait une immense salle.
Des dizaines d’ordinateurs.
Des centaines de dossiers.
Des écrans.
Des archives.
Et au centre…
une grande table.
Sur laquelle se trouvait un dossier.
DANIEL MERCER
Daniel s’arrêta.
Son propre nom.
Il s’approcha.
Marcus le suivit.
— Ouvre-le.
Daniel hésita.
Puis il ouvrit le dossier.
La première page contenait une date.
18 AVRIL — 29 ANS PLUS TÔT
Daniel fronça les sourcils.
— J’avais dix ans.
Il tourna la page.
Une photographie.
Lui.
Enfant.
Dans une cour d’école.
Daniel recula.
— Comment…
Une deuxième photographie.
Lui avec sa mère.
Une troisième.
Lui à l’hôpital.
Puis une quatrième.
Son père.
Puis une cinquième.
Toute sa famille.
Marcus murmura :
— Ils vous surveillaient avant même que vous connaissiez Richard.
Daniel tourna frénétiquement les pages.
Chaque année était documentée.
Chaque école.
Chaque déménagement.
Chaque emploi.
Chaque relation importante.
Tout.
— Pourquoi ?
Maria regarda les dossiers.
— Parce que vous faisiez partie de leur plan.
Daniel leva les yeux.
— Quel plan ?
Une voix apparut derrière eux.
— Celui qui devait conduire jusqu’à Noah.
Daniel se retourna.
La femme de la photographie se tenait dans l’encadrement de la porte.
La mère de Christine.
La grand-mère de Noah.
Vivante.
Elle avait vieilli.
Mais son regard était toujours aussi froid.
Daniel la fixa.
— Vous.
Elle sourit.
— Enfin.
Daniel avança d’un pas.
— Où est mon fils ?
— À quelques mètres d’ici.
— Je veux le voir.
— Vous le verrez.
— Maintenant.
Elle secoua la tête.
— Pas encore.
Daniel sentit sa colère exploser.
— Vous avez enlevé mon enfant !
La femme répondit calmement :
— Non.
Daniel s’immobilisa.
— Nous l’avons récupéré.
— Il n’est pas à vous !
La femme regarda Daniel.
— C’est précisément ce que vous devez comprendre.
Maria sortit son arme.
— Éloignez-vous de Daniel.
La femme ne sembla pas impressionnée.
— Détective Ruiz…
Maria se figea.
— Vous connaissez mon nom ?
La femme sourit.
— Je connais votre histoire.
Puis elle ajouta :
— Je sais également pourquoi vous avez rejoint la police.
Maria pâlit.
Marcus regarda Daniel.
— Elle sait tout.
La femme répondit :
— Nous avons toujours su.
Daniel regarda le dossier.
Puis la femme.
— Qu’est-ce que vous voulez de Noah ?
Elle répondit :
— Rien.
— Alors pourquoi l’avez-vous pris ?
— Parce qu’il était en danger.
Daniel éclata de rire, sans humour.
— Vous l’avez kidnappé pour le protéger ?
— Oui.
— De qui ?
La femme répondit :
— De vous.
Daniel resta silencieux.
— De moi ?
— Oui.
Elle s’approcha lentement.
— Daniel, vous pensez que Richard Whitmore était le responsable.
— Il l’était.
— Il était responsable de beaucoup de choses.
Elle marqua une pause.
— Mais il n’était pas le créateur.
Daniel sentit son cœur accélérer.
— Alors qui l’était ?
La femme répondit :
— Moi.
Le silence fut total.
Marcus regarda Maria.
Maria baissa légèrement son arme.
Daniel ne pouvait plus parler.
La femme continua :
— Richard n’était qu’un administrateur.
— Vous avez détruit des familles.
— J’ai construit un système.
— Pour quoi ?
Elle regarda Daniel droit dans les yeux.
— Pour protéger certains enfants.
Daniel secoua la tête.
— En détruisant la vie de leurs parents ?
— Les adultes mentent.
— Les enfants aussi ont souffert !
La femme ne répondit pas.
Daniel cria :
— Où est Noah ?
Elle se tourna vers une autre porte.
— Là.
Daniel courut.
Il ouvrit la porte.
Noah était assis sur un lit.
Il avait les yeux rouges.
Mais il était vivant.
— Papa !
Daniel se précipita vers lui.
Il le prit dans ses bras.
Noah s’accrocha à son cou.
— J’avais peur.
— Je suis là.
— Je savais que tu viendrais.
Daniel ferma les yeux.
— Je te le promets, je ne te laisserai plus jamais seul.
Noah regarda derrière lui.
— Papa…
— Oui ?
— Elle m’a montré quelque chose.
Daniel se tourna.
— Quoi ?
Noah pointa une petite télévision.
Sur l’écran apparaissait une photographie.
Daniel.
Christine.
Et un autre homme.
Un homme que Daniel ne connaissait pas.
Noah demanda :
— C’est mon vrai père ?
Daniel sentit son cœur se briser.
Il regarda Christine sur la photographie.
Puis l’homme.
La femme entra dans la pièce.
— Maintenant, vous êtes prêt à connaître la vérité.
Daniel se leva lentement.
— Qu’est-ce que vous venez de dire ?
La femme répondit :
— Noah n’est pas simplement votre fils.
Daniel serra Noah contre lui.
— Bien sûr que c’est mon fils.
— Biologiquement ?
Daniel resta silencieux.
La femme continua :
— Vous avez toujours cru qu’il était né de Daniel et Christine.
— Parce que c’est la vérité.
— Non.
Daniel sentit le sol disparaître sous ses pieds.
— Alors dites-moi.
La femme posa un dossier sur la table.
— Noah est né dans le cadre d’un programme expérimental.
Marcus s’approcha.
— Quel programme ?
— Un programme destiné à identifier les enfants capables de résister à certaines formes de manipulation psychologique.
Daniel regarda Noah.
— Mon fils n’est pas une expérience.
— Non.
La femme soupira.
— C’est devenu un enfant.
Daniel sentit sa colère monter.
— Qu’est-ce que ça signifie ?
Elle répondit :
— Sa naissance n’était pas accidentelle.
Daniel resta figé.
— Christine savait-elle ?
La femme répondit :
— Oui.
— Depuis le début ?
— Depuis avant sa naissance.
Daniel regarda Noah.
Le garçon ne comprenait rien.
Il ne comprenait que la colère de son père.
La peur.
Les larmes.
Daniel se tourna vers la femme.
— Vous allez tout me dire.
Elle acquiesça.
— Oui.
— Maintenant.
Elle ouvrit le dossier.
— Mais vous devez d’abord comprendre pourquoi Richard avait peur de Noah.
Elle sortit une feuille.
Un rapport médical.
Puis une seconde.
Puis une troisième.
Sur la dernière page, une phrase était soulignée.
« Sujet N-08 : capacité de mémorisation et de reconnaissance anormalement élevée. »
Daniel fronça les sourcils.
— C’est tout ?
La femme secoua la tête.
— Non.
Elle sortit une autre feuille.
— Noah se souvient de choses que les adultes oublient.
Daniel regarda son fils.
— Noah ?
Le garçon baissa les yeux.
— Je me souviens.
Daniel s’agenouilla.
— De quoi ?
Noah réfléchit.
— De quand j’étais petit.
— Qu’est-ce que tu te rappelles ?
Noah répondit :
— Une pièce blanche.
Daniel sentit son cœur se serrer.
— Quoi d’autre ?
— Une femme.
— Qui ?
Noah regarda la grand-mère.
— Elle.
Daniel se releva brutalement.
— Vous étiez là ?
La femme acquiesça.
— Oui.
— Quand ?
— Le jour de sa naissance.
Daniel recula.
Il avait besoin de respirer.
Tout ce qu’il croyait savoir sur son fils semblait disparaître.
Mais une chose restait intacte.
Noah était son fils.
Son enfant.
Peu importe les dossiers.
Peu importe les expériences.
Peu importe les secrets.
Il ne laisserait personne lui enlever ça.
Daniel se tourna vers Maria.
— On emmène Noah.
Maria hésita.
La grand-mère sourit.
— Vous pouvez essayer.
Daniel regarda autour de lui.
Des dizaines de dossiers.
Des ordinateurs.
Des preuves.
Puis il remarqua quelque chose.
Sur l’un des écrans…
un compte à rebours.
00:09:42
Marcus s’approcha.
— Qu’est-ce que c’est ?
La femme répondit :
— La raison pour laquelle je vous ai fait venir.
Daniel se tourna vers elle.
— Qu’est-ce qui va se passer ?
Elle répondit :
— Dans neuf minutes, cette installation sera détruite.
Marcus pâlit.
— Autodestruction ?
— Oui.
— Pourquoi ?
La femme regarda Daniel.
— Parce que quelqu’un d’autre arrive.
Daniel entendit un bruit au loin.
Des moteurs.
Plusieurs véhicules.
Maria regarda par une fenêtre.
— Ils sont nombreux.
Marcus demanda :
— Qui ?
La femme répondit :
— Ceux qui veulent récupérer Noah.
Daniel prit la main de son fils.
— Combien de temps ?
Marcus regarda l’écran.
08:17
Il répondit :
— Moins de neuf minutes.
Daniel regarda la femme.
— Vous saviez qu’ils viendraient.
— Oui.
— Vous nous avez attirés ici.
— Oui.
Daniel comprit.
Elle ne cherchait pas seulement à protéger Noah.
Elle voulait les réunir.
Les preuves.
Les dossiers.
Daniel.
Noah.
Maria.
Marcus.
Tous au même endroit.
Parce qu’elle préparait quelque chose.
Mais quoi ?
Les premières détonations retentirent au rez-de-chaussée.
Maria leva son arme.
— Ils sont entrés.
Daniel serra Noah contre lui.
— On sort par où ?
Marcus ouvrit son ordinateur.
— Il y a un tunnel.
— Où ?
— Sous la salle des archives.
La grand-mère sourit.
— Vous avez enfin trouvé.
Daniel la fixa.
— Vous venez avec nous.
Elle secoua la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
Elle regarda Noah.
— Parce que quelqu’un doit rester ici.
Daniel comprit.
— Vous allez vous sacrifier ?
— Je vais terminer ce que j’ai commencé.
Maria cria :
— Daniel, maintenant !
Une nouvelle explosion retentit.
La lumière s’éteignit.
Marcus attrapa une lampe.
— Le tunnel !
Daniel prit Noah dans ses bras.
Ils coururent.
Derrière eux, la grand-mère resta seule dans la salle.
Elle regarda les écrans.
Puis elle ouvrit un dernier fichier.
Sur l’écran apparut une liste.
Des centaines de noms.
Mais tout en bas…
un seul nom était entouré en rouge.
DANIEL MERCER.
Elle murmura :
— Pardonne-moi.
Puis elle appuya sur une touche.
Daniel, Noah, Maria et Marcus atteignirent le tunnel.
Ils couraient dans l’obscurité.
Le sol tremblait.
Noah serrait le cou de son père.
— Papa !
— Je suis là !
— Elle va mourir ?
Daniel ne répondit pas.
Il ne savait pas.
Puis une immense explosion retentit derrière eux.
Le tunnel trembla.
Des morceaux de plafond tombèrent.
Maria cria :
— COUREZ !
Ils continuèrent.
Jusqu’à apercevoir une lumière.
Une sortie.
Ils atteignirent enfin l’extérieur.
Daniel posa Noah au sol.
Il se retourna.
L’ancienne clinique brûlait.
Mais quelque chose attira son attention.
Sur le toit.
Une silhouette.
Une femme.
Daniel crut reconnaître la grand-mère de Noah.
Puis la fumée engloutit le bâtiment.
Noah regarda son père.
— Elle est partie ?
Daniel ne répondit pas.
Il regarda le feu.
Puis il aperçut quelque chose dans sa main.
Un petit morceau de papier.
Il ne savait pas comment il était arrivé là.
Il le déplia.
Une seule phrase était écrite :
« La femme que vous avez rencontrée n’était pas la vraie fondatrice. »
Daniel sentit son cœur s’arrêter.
Au-dessous de cette phrase figurait une seconde ligne.
« Cherchez la personne qui a donné naissance au programme. »
Et enfin…
un nom.
Daniel le lut.
Son visage devint complètement blanc.
Parce que ce nom…
était celui de son propre père.
À SUIVRE…