PARTIE 6 : – Un père rentre chez lui en courant après que son fils lui a révélé un terrible secret au téléphone.

PARTIE 6 — LA VÉRITÉ N’ÉTAIT QUE LE DÉBUT

Trois semaines s’étaient écoulées depuis le jour où Michael avait découvert la vérité.
Trois semaines depuis que Daniel était revenu d’entre les morts.
Trois semaines depuis l’arrestation de Travis.
Et pourtant, Michael avait encore l’impression que cette histoire n’était pas terminée.
Au contraire.
Il avait le sentiment que tout ce qui s’était passé jusque-là n’était qu’une porte.
Une porte qu’ils venaient à peine d’ouvrir.
Chaque soir, après avoir couché Noah, Michael restait assis dans le salon, les lumières éteintes, à regarder les voitures passer devant la maison.
Il essayait de se convaincre qu’il était enfin en sécurité.
Mais quelque chose l’en empêchait.
La lettre de son père.
Le registre.
Les noms.
Et surtout cette phrase :
« Je n’ai pas détruit Daniel parce que je le détestais. Je l’ai détruit parce qu’il était la seule personne à savoir ce que je t’avais fait. »
Michael avait relu cette phrase des dizaines de fois.
À chaque lecture, une nouvelle question apparaissait.
Qu’est-ce que son père lui avait réellement fait ?
Pourquoi avait-il utilisé son identité ?
Et pourquoi avait-il laissé derrière lui un registre contenant autant de noms ?

 

 

 

Michael avait posé ces questions aux enquêteurs.

Ils lui avaient répondu qu’il faudrait du temps.

Beaucoup de temps.

Parce que les documents découverts dans la mallette avaient ouvert une enquête beaucoup plus importante que prévu.

Plusieurs comptes bancaires étaient liés à des sociétés fictives.

Des transferts d’argent remontaient à plus de quinze ans.

Certains noms apparaissaient dans plusieurs États.

Et certains appartenaient à des personnes que Michael connaissait.

Des personnes qu’il avait rencontrées.

Des personnes qu’il avait considérées comme des amis.

Mais une chose restait particulièrement étrange.

Un nom apparaissait encore et encore dans les documents.

Un nom que personne n’avait encore réussi à identifier.

Un nom de code.

« RAVEN ».

Michael l’avait vu pour la première fois dans un relevé bancaire.

Puis dans une photographie.

Puis dans une conversation enregistrée.

Toujours le même mot.

RAVEN.

Il avait demandé à Daniel ce que cela signifiait.

Daniel avait refusé de répondre.

Pas immédiatement.

Il avait simplement regardé Michael pendant quelques secondes avant de dire :

— Tu ne veux pas savoir.

Michael avait insisté.

— Si.

Daniel avait secoué la tête.

— Non. Tu crois vouloir savoir parce que tu penses que connaître toute la vérité mettra fin à tout ça.

— Et ce n’est pas le cas ?

Daniel avait regardé Noah, qui jouait dans le jardin.

— Non.

— Pourquoi ?

Daniel avait soupiré.

— Parce que certaines vérités ne ferment pas les portes.

— Alors qu’est-ce qu’elles font ?

Daniel avait répondu d’une voix basse :

— Elles en ouvrent d’autres.

Michael n’avait pas compris.

Jusqu’à ce soir-là.

Il était presque minuit.

Noah dormait.

Lena était dans la cuisine.

Derek était parti depuis une heure.

Michael était seul dans le salon lorsqu’il entendit trois coups contre la porte.

Toc.

Toc.

Toc.

Michael se figea.

Il regarda l’horloge.

23 h 47.

Personne n’était censé venir.

Il s’approcha lentement de la porte.

— Qui est là ?

Aucune réponse.

Il regarda à travers le judas.

Personne.

Le couloir était vide.

Michael recula.

Puis il entendit un son.

Un léger grattement.

Sous la porte.

Quelque chose venait d’être glissé de l’autre côté.

Michael attendit quelques secondes avant de s’accroupir.

Une enveloppe noire.

Aucun nom.

Aucune adresse.

Aucun timbre.

Il la ramassa.

Son cœur se mit à battre plus vite.

Il l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une photographie.

Michael la regarda.

Puis son visage devint livide.

C’était Noah.

Son fils.

La photographie avait été prise ce même jour.

Noah était dans le jardin.

On le voyait jouer avec son ballon.

À l’arrière-plan se trouvait Michael.

Quelqu’un les avait observés.

Quelqu’un avait été suffisamment proche pour prendre la photo.

Michael retourna la photographie.

Un seul mot était écrit au dos.

RAVEN.

Il lâcha presque la photo.

— Lena !

Elle accourut depuis la cuisine.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Michael lui tendit la photographie.

Lena la regarda.

Ses yeux s’écarquillèrent.

— Non…

— Tu connais ce nom ?

Lena ne répondit pas.

— Lena.

Elle leva les yeux vers lui.

— Où as-tu trouvé ça ?

— Devant la porte.

Elle pâlit.

— Michael, ferme toutes les portes.

— Pourquoi ?

— Fais-le !

Michael verrouilla immédiatement la porte.

Puis les fenêtres.

Lena prit son téléphone.

Ses mains tremblaient.

— Appelle Daniel.

Michael la regarda.

— Pourquoi Daniel ?

— Parce qu’il est le seul à savoir ce que signifie ce nom.

Michael saisit son téléphone.

Mais avant qu’il puisse composer le numéro, l’écran s’alluma.

Un appel entrant.

Numéro inconnu.

Michael hésita.

Puis répondit.

— Allô ?

Silence.

Puis une voix déformée.

— Tu as reçu la photographie.

Michael sentit son sang se glacer.

— Qui êtes-vous ?

— Quelqu’un qui essaie de te prévenir.

— De quoi ?

Un petit rire.

— Tu poses encore les mauvaises questions, Michael.

— Où est mon fils ?

La voix se tut.

Michael regarda immédiatement l’escalier.

— Où est Noah ?

— Là où tu l’as laissé.

Michael monta les marches en courant.

Il ouvrit la porte de la chambre.

Noah dormait paisiblement.

Michael resta quelques secondes à le regarder.

Puis il retourna dans le couloir.

— Ne vous approchez jamais de mon fils.

La voix répondit :

— Ce n’est pas nous que tu dois craindre.

Michael se figea.

— Alors qui ?

— Ton frère.

L’appel se termina.

Michael resta immobile.

Lena arriva derrière lui.

— Qu’est-ce qu’il a dit ?

Michael se retourna lentement.

— Il a dit que je devais avoir peur de Derek.

Lena ferma les yeux.

— Non…

— Pourquoi tout le monde connaît ce nom sauf moi ?

Lena ne répondit pas.

Michael sentit la colère monter.

— Depuis combien de temps tu sais ?

— Michael…

— Depuis combien de temps ?

Lena baissa les yeux.

— Depuis avant l’accident.

Michael resta silencieux.

— Tu savais ce qu’était Raven ?

— Oui.

— Et tu ne me l’as jamais dit ?

— Je voulais te protéger.

Michael eut un rire amer.

— Encore cette excuse.

Lena leva les yeux.

— Ce n’est pas une excuse.

— Alors explique-moi.

Elle hésita.

Puis murmura :

— Raven n’est pas une personne.

Michael fronça les sourcils.

— Quoi ?

— C’est une organisation.

Le silence tomba dans le couloir.

— Une organisation de quoi ?

Lena prit une profonde inspiration.

— Des gens qui contrôlent les personnes avant même qu’elles comprennent qu’elles sont contrôlées.

Michael sentit un frisson parcourir son dos.

— Mon père en faisait partie ?

— Oui.

— Daniel ?

— Oui.

Michael se figea.

— Derek ?

Lena ne répondit pas.

Michael comprit.

— Derek aussi.

Elle ferma les yeux.

— Il n’avait pas le choix.

Michael secoua la tête.

— Tout le monde a toujours une raison.

— Michael…

— Mais personne ne m’a jamais demandé ce que je voulais.

Un bruit retentit soudain dans le jardin.

Un claquement métallique.

Michael se retourna.

Les lumières extérieures s’allumèrent automatiquement.

Personne.

Puis il vit quelque chose.

Une silhouette.

À l’autre bout du jardin.

Un homme.

Michael ouvrit la porte.

— Qui êtes-vous ?

La silhouette ne bougea pas.

Puis elle leva lentement une main.

Elle tenait quelque chose.

Une deuxième photographie.

L’homme la posa sur le sol.

Puis recula.

Michael courut vers elle.

Lorsqu’il arriva, l’homme avait disparu.

Michael ramassa la photographie.

Son cœur s’arrêta.

Sur la photo se trouvait son père.

Mais il n’était pas seul.

À côté de lui se trouvait Derek.

Plus jeune.

Beaucoup plus jeune.

Et derrière eux se tenait un troisième homme.

Michael reconnut immédiatement son visage.

C’était l’homme qui dirigeait l’entreprise où son père avait travaillé.

Mais cet homme était censé être mort depuis douze ans.

Michael retourna la photographie.

Une phrase était écrite derrière.

« Demande à Derek pourquoi il était là. »

Michael resta figé.

Puis il entendit une voix derrière lui.

— Parce que je n’avais pas le choix.

Michael se retourna.

Derek se tenait dans l’encadrement de la porte.

Michael le fixa.

— Depuis combien de temps es-tu là ?

Derek ne répondit pas.

— Derek.

Son frère regarda la photographie.

Son visage changea.

— Où as-tu trouvé ça ?

— Dans le jardin.

Derek ferma les yeux.

— Ils sont revenus.

— Qui ?

— Raven.

Michael s’approcha.

— Je veux toute la vérité.

Derek secoua la tête.

— Tu ne comprends pas.

— Alors explique-moi.

— Si je te raconte tout, ils sauront que je t’ai parlé.

— Et alors ?

Derek regarda Noah à l’étage.

— Alors ils viendront le chercher.

Michael se figea.

— Ils veulent Noah ?

Derek ne répondit pas.

Michael le saisit par le bras.

— Ils veulent mon fils ?

Derek baissa les yeux.

— Oui.

Michael sentit une colère froide envahir son corps.

— Pourquoi ?

Derek murmura :

— Parce que Noah est la seule personne qu’ils n’avaient pas prévue.

Michael ne comprit pas.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

Derek leva les yeux.

— Ton père avait prévu toute ta vie.

Michael resta silencieux.

— Il avait prévu tes comptes.

— Ton travail.

— Tes déplacements.

— Même les personnes que tu rencontrerais.

Michael secoua la tête.

— C’est impossible.

— Non.

Derek sortit une vieille enveloppe.

— Ton père gardait des dossiers sur toi.

Michael l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient des dizaines de pages.

Des photographies.

Des adresses.

Des dates.

Des informations personnelles.

Et une page portant une inscription.

« PROJET MICHAEL ».

Michael sentit ses mains trembler.

— Qu’est-ce que c’est ?

Derek répondit :

— Le plan de ton père.

— Quel plan ?

Derek regarda Noah.

— Il voulait que tu deviennes quelqu’un que tu n’étais pas.

Michael fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Derek hésita.

— Parce qu’un jour, il savait que son propre passé reviendrait le chercher.

Michael tourna les pages.

Puis il s’arrêta.

Une photographie était différente des autres.

Elle montrait Michael enfant.

À côté de lui se trouvait son père.

Et derrière eux…

Daniel.

Michael sentit son souffle se couper.

— Cette photo…

Derek murmura :

— Elle a été prise avant que tu rencontres Daniel.

— Alors comment était-il là ?

Derek ne répondit pas.

Michael leva les yeux.

— Comment ?

Derek finit par dire :

— Parce que Daniel te surveillait déjà.

Michael recula.

— Depuis combien de temps ?

— Depuis que tu avais neuf ans.

Michael resta complètement silencieux.

Il regarda la photographie.

Puis il entendit des pas derrière lui.

Lena venait d’entrer dans la pièce.

Elle regarda la photo.

Puis Derek.

— Il est temps.

Derek hocha lentement la tête.

Michael les fixa tous les deux.

— Temps pour quoi ?

Lena répondit :

— Pour te montrer l’endroit où tout a commencé.

— Quel endroit ?

Derek regarda Michael.

— La maison de ton père.

Michael sentit son cœur accélérer.

— Elle a été vendue.

— Non.

— Quoi ?

Derek secoua la tête.

— Elle n’a jamais été vendue.

— Alors où est-elle ?

Derek prononça une adresse.

Michael la reconnut.

Il avait vu cette adresse dans le registre.

Elle était liée au nom « RAVEN ».

Michael prit ses clés.

— On y va.

Lena tenta de l’arrêter.

— Michael, attends.

— Non.

— C’est dangereux.

— Mon fils est déjà en danger.

Derek hocha la tête.

— Alors je viens avec toi.

Michael regarda son frère.

Cette fois, il ne savait plus s’il pouvait lui faire confiance.

Mais il savait une chose.

S’il voulait protéger Noah, il devait enfin connaître toute la vérité.

Une heure plus tard, les trois arrivèrent devant une vieille maison abandonnée.

La maison de son père.

Michael descendit de la voiture.

Le portail grinça.

Il avança lentement.

Chaque pas semblait réveiller un souvenir.

Puis il aperçut quelque chose dans la fenêtre du deuxième étage.

Une lumière.

Quelqu’un était à l’intérieur.

Michael se tourna vers Derek.

— Tu m’as dit que cette maison était vide.

Derek pâlit.

— Elle l’était.

La lumière s’éteignit.

Puis une autre s’alluma.

Au rez-de-chaussée.

La porte d’entrée s’ouvrit lentement.

Personne ne se tenait derrière.

Michael regarda Lena.

Puis Derek.

— Je vais entrer.

Derek secoua la tête.

— Non.

— Pourquoi ?

Derek regarda la maison.

— Parce que ton père m’a interdit d’y entrer.

Michael fronça les sourcils.

— Quand ?

Derek répondit :

— Le jour où il est mort.

Michael resta immobile.

— Pourquoi ?

Derek regarda son frère.

— Parce qu’il m’a dit que si j’entrais un jour dans cette maison après sa mort…

Il marqua une pause.

— …je découvrirais pourquoi il avait peur de son propre fils.

Michael sentit un frisson parcourir tout son corps.

Il regarda la porte ouverte.

Puis il avança.

Un pas.

Puis un autre.

Derrière lui, Derek murmura :

— Michael…

Michael ne se retourna pas.

— Quoi ?

Derek répondit d’une voix tremblante :

— Si tu trouves une pièce avec une porte rouge…

Michael s’arrêta.

— Oui ?

— Ne l’ouvre pas.

Michael regarda le long couloir sombre.

Puis il aperçut quelque chose au fond.

Une porte.

Rouge.

Il se retourna lentement vers Derek.

— Trop tard.

Et quelque part à l’intérieur de la maison…

un téléphone se mit à sonner….

 

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