PARTIE 7 : – À sept ans, j’ai pleuré en exigeant d’épouser mon voisin.

PARTIE 7 — LA DISPARITION DU 17 AOÛT
Le lendemain matin, Gabriel arriva au siège d’Almeida Brasil avant tout le monde.
Il n’avait presque pas dormi.
Moi non plus.
Toute la nuit, une seule phrase avait tourné dans ma tête.
Thomas Ferreira n’était peut-être pas la seule personne à avoir disparu le 17 août.
Je ne savais pas encore ce que cela signifiait.
Mais je savais une chose.
Augusto ne m’avait jamais rien donné gratuitement.
Chaque information qu’il révélait avait un prix.
Et ce prix était toujours payé par quelqu’un d’autre.
À sept heures trente, Gabriel m’appela.
— Helena.
Sa voix était différente.
Plus froide.
Plus concentrée.
— Je suis là.
— Augusto est arrivé.
Je me redressai.
— Il est seul ?
— Non.
Un silence.

 

 

 

— Il est accompagné de deux avocats et d’un homme que je n’ai jamais vu auparavant.

— Tu sais qui c’est ?

— Pas encore.

Je me levai.

— Je viens.

— Non.

— Gabriel…

— Écoute-moi. Je veux que tu restes avec notre avocat. Si quelque chose tourne mal, tu dois être à distance.

Je fermai les yeux.

Il avait raison.

Mais cela ne voulait pas dire que j’aimais sa décision.

— D’accord.

Il raccrocha.

Je pris mon sac et rejoignis immédiatement le cabinet indépendant qui suivait désormais notre dossier.

Une heure plus tard, j’étais assise dans une petite salle de conférence avec l’avocat de Gabriel.

Sur l’écran devant nous apparaissait une copie de la dernière lettre de Ricardo.

17-A.

Le document bancaire que nous devions retrouver.

L’avocat fit défiler les archives.

— Nous avons déjà contacté la banque qui a repris les activités de l’ancien établissement.

— Et ?

— Ils ont retrouvé une référence correspondant au numéro 17-A.

Mon cœur accéléra.

— Alors ils ont le document ?

L’avocat hésita.

— C’est plus compliqué.

— Comment ça ?

— Le document existe dans leur ancien registre. Mais l’original n’est plus conservé dans leurs archives courantes.

— Où est-il ?

Il me regarda.

— Il a été transféré vers une société de conservation externe.

Je fronçai les sourcils.

— Quelle société ?

Il fit apparaître un nom à l’écran.

Arquivo Central Vértice.

Je restai immobile.

Vértice.

La même société qui apparaissait déjà dans les documents liés à Augusto.

— Ce n’est pas une coïncidence, murmurai-je.

L’avocat acquiesça.

— Nous le pensons également.

Je me levai.

— Alors Augusto savait depuis le début où se trouvait le document.

— Probablement.

— Et il nous laisse courir après Thomas pendant qu’il contrôle la preuve.

L’avocat ne répondit pas.

Son silence était une réponse suffisante.

À ce moment-là, mon téléphone vibra.

Un message de Gabriel.

Il vient de parler.

Je l’appelai immédiatement.

Il décrocha après une seule sonnerie.

— Que t’a dit Augusto ?

Sa voix resta silencieuse quelques secondes.

Puis il répondit :

— Il prétend que Thomas est vivant.

Je fermai les yeux.

— Où ?

— Il dit qu’il se trouve à Porto Alegre.

Mon cœur bondit.

— Il sait où exactement ?

— Oui.

— Alors pourquoi ne pas nous donner l’adresse ?

Un silence.

— Parce qu’il veut quelque chose en échange.

Je connaissais déjà la réponse.

— Les documents.

— Oui.

Je serrai le téléphone.

— Ne lui donne rien.

— Je ne lui donnerai rien.

Puis Gabriel ajouta :

— Mais il vient de me montrer une photographie.

Je me figeai.

— De Thomas ?

— Oui.

— Est-ce la même que celle de Miguel ?

— Non.

Sa voix devint plus grave.

— Celle-ci est récente.

Je cessai de respirer.

— À quel point récente ?

— Quelques semaines.

Je sentis mes jambes devenir faibles.

Quelques semaines.

Cela signifiait que Thomas n’était peut-être pas seulement vivant.

Il était peut-être encore quelque part, en train de vivre normalement, sans savoir que sa fille le cherchait.

Ou pire.

Il savait.

Et il avait choisi de rester caché.

— Qu’a dit Augusto ?

Gabriel inspira profondément.

— Il a dit que Thomas n’était pas le seul homme à avoir disparu.

Je fermai les yeux.

— Le deuxième ?

— Une femme.

Mon cœur se serra.

— Qui ?

Un silence.

Puis Gabriel prononça un nom.

— Sofia Ferreira.

Je ne connaissais pas ce nom.

Mais apparemment, lui oui.

— Qui est Sofia ?

— La sœur de Thomas.

Je restai silencieuse.

— Miguel ne nous a jamais parlé d’elle.

— Je sais.

— Pourquoi ?

— Parce qu’elle a disparu avant Thomas.

Un froid me parcourut.

— Quand ?

— Le 17 août.

Je me levai brusquement.

— Le même jour ?

— Oui.

Gabriel poursuivit :

— Augusto affirme que Sofia était présente lorsque Thomas a remis certains documents à Ricardo.

Je sentis mon cœur accélérer.

— Donc elle savait ce qui s’était passé.

— Apparemment.

— Et elle a disparu le même jour.

— Oui.

Je compris alors quelque chose.

Depuis le début, nous avions cherché une personne.

Thomas.

Mais peut-être que le secret était détenu par deux personnes.

Et l’une d’elles avait disparu avant même que nous sachions qu’elle existait.

— Gabriel, demande-lui pourquoi il ne nous a jamais parlé de Sofia.

— Je l’ai déjà fait.

— Et ?

Sa voix devint froide.

— Il dit qu’il pensait qu’elle était morte.

Je restai silencieuse.

Puis je murmurai :

— Il pense ?

— Oui.

— Un homme comme Augusto ne « pense » pas.

Gabriel ne répondit pas.

Je repris :

— Il sait.

Un silence.

— C’est ce que je crois aussi.


1. LA FEMME QUI AVAIT LA CLÉ

À midi, Gabriel quitta la réunion avec Augusto.

Il me retrouva dans le cabinet de l’avocat.

Son visage était fermé.

Je me levai immédiatement.

— Qu’a-t-il dit ?

Gabriel posa une enveloppe sur la table.

— Il m’a donné ceci.

Je regardai l’enveloppe.

Elle était scellée.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une copie d’un ancien registre hôtelier.

Je l’ouvris.

Une liste de noms apparut.

Plusieurs étaient barrés.

Puis je vis deux noms.

Thomas Ferreira.

Et juste en dessous :

Sofia Ferreira.

Une date était indiquée.

17 août.

Une adresse aussi.

Hôtel Santa Luzia — Porto Alegre.

Je levai lentement les yeux.

— C’est le même hôtel que sur la photographie.

Gabriel acquiesça.

— Oui.

— Ils étaient tous les deux là ?

— Selon le registre.

Je parcourus les lignes.

Puis quelque chose attira mon attention.

Une troisième personne avait signé le registre ce soir-là.

Je posai mon doigt sur le nom.

Ricardo Almeida.

Mon souffle se coupa.

— Ton père était là aussi.

Gabriel prit le registre.

Son visage changea.

— Il ne m’a jamais dit qu’il était allé à Porto Alegre.

— Pourquoi aurait-il caché cela ?

— Peut-être parce qu’il ne voulait pas que quelqu’un sache qu’il avait rencontré Thomas.

Je continuai à lire.

Une note manuscrite apparaissait au bas de la page.

Chambre 214 — réunion privée. Aucun visiteur après 22 h.

Je regardai Gabriel.

— Qu’est-ce qui s’est passé dans cette chambre ?

Il ne répondit pas.

Nous avions désormais trois noms.

Ricardo.

Thomas.

Sofia.

Et une nuit dont personne ne voulait parler.


2. LA CHAMBRE 214

L’avocat appela immédiatement l’hôtel.

Quelques minutes plus tard, il posa son téléphone.

— L’hôtel existe toujours.

Je me levai.

— Alors allons-y.

Gabriel me regarda.

— Helena…

— Nous avons déjà parcouru la moitié du pays à travers des documents vieux de vingt ans. Je ne vais pas m’arrêter maintenant.

Il soupira.

Puis sourit légèrement.

— Je savais que tu dirais ça.

Quelques heures plus tard, nous étions à Porto Alegre.

Lorsque nous arrivâmes devant l’hôtel Santa Luzia, je ressentis une étrange impression.

Comme si cet endroit avait attendu notre arrivée.

La façade avait été rénovée.

Mais le bâtiment principal était toujours le même.

Nous entrâmes.

Le directeur accepta de nous recevoir après que l’avocat eut présenté les documents nécessaires.

— Vous recherchez une ancienne réservation ?

— Oui, répondit Gabriel. Une chambre occupée le 17 août, il y a vingt-deux ans.

Le directeur consulta ses archives.

Puis il fronça les sourcils.

— Chambre 214.

Je sentis mon cœur accélérer.

— Qui était le client ?

Il regarda le registre.

— Thomas Ferreira.

— Et Sofia Ferreira ?

Il consulta une autre page.

— Elle avait une chambre séparée.

Je retins mon souffle.

— Laquelle ?

— 216.

Gabriel posa une question :

— Et Ricardo Almeida ?

Le directeur vérifia les archives.

Puis il répondit :

— Il a réservé une chambre pour une seule nuit.

— Laquelle ?

Le directeur leva les yeux.

— 215.

Nous nous regardâmes.

Les trois chambres étaient côte à côte.

Trois personnes.

Un même couloir.

Une même nuit.

Et probablement un secret qui avait survécu pendant vingt-deux ans.

— Avez-vous les images de surveillance de l’époque ? demandai-je.

Le directeur eut presque un sourire.

— Il n’existe plus de vidéos aussi anciennes.

Je baissai les yeux.

Bien sûr.

Mais avant que nous partions, il ajouta :

— En revanche, nous avons encore les registres du personnel.

Je me retournai.

— Pourquoi seraient-ils utiles ?

— Parce qu’une réceptionniste a travaillé ici pendant plus de trente ans.

— Où est-elle ?

— Elle est à la retraite.

— Son nom ?

Il consulta le registre.

Puis répondit :

— Maria Santos.

Mon cœur se serra.

— Elle travaillait cette nuit-là ?

— Oui.


3. LA RÉCEPTIONNISTE

Nous retrouvâmes Maria dans une petite maison à la périphérie de Porto Alegre.

Elle avait plus de soixante-dix ans.

Lorsqu’elle entendit le nom de Ricardo Almeida, son expression changea immédiatement.

— Je me demandais quand quelqu’un viendrait.

Cette phrase me rappela la notaire.

Je regardai Gabriel.

Encore une personne qui semblait avoir attendu pendant des années.

Maria nous fit entrer.

Nous nous assîmes dans son salon.

— Je ne peux pas vous dire tout ce que vous voulez savoir, dit-elle. Mais je peux vous raconter ce que j’ai vu.

— C’est tout ce que nous demandons.

Elle posa une vieille boîte sur la table.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs carnets.

— J’écrivais tout.

Gabriel ouvrit le premier.

— Pourquoi ?

Maria sourit tristement.

— Parce que les gens oublient. Les carnets, eux, n’oublient pas.

Elle tourna plusieurs pages.

Puis s’arrêta.

— 17 août.

Je me penchai.

Trois noms étaient inscrits.

Thomas Ferreira.

Sofia Ferreira.

Ricardo Almeida.

Puis une quatrième mention.

Visiteur inconnu — 23 h 47.

Je relevai la tête.

— Qui était cet homme ?

Maria secoua la tête.

— Je ne connaissais pas son nom.

— Vous vous souvenez de lui ?

— Très bien.

— À quoi ressemblait-il ?

Elle ferma les yeux.

— Grand. Cheveux noirs. Costume sombre.

Je regardai Gabriel.

Puis Maria ajouta :

— Mais ce n’était pas son apparence qui m’avait inquiétée.

— Qu’est-ce qui vous avait inquiétée ?

Elle ouvrit les yeux.

— C’était la façon dont Ricardo l’avait regardé.

Un silence tomba.

— Comme s’il avait peur ?

Maria secoua lentement la tête.

— Non.

Elle hésita.

— Comme s’il le connaissait depuis longtemps.

Je sentis un frisson me parcourir.

— Qu’est-il arrivé ensuite ?

Maria tourna une page.

— À minuit quinze, Sofia est descendue seule.

— Seule ?

— Oui.

— Et Thomas ?

— Il était encore dans sa chambre.

— Ricardo ?

Maria fixa la page.

— Il est parti à minuit trente.

— Et Thomas ?

Elle ne répondit pas immédiatement.

Puis elle dit :

— Thomas est descendu à une heure douze.

— Avec quelqu’un ?

— Non.

Je respirai lentement.

— Où est-il allé ?

Maria pointa une ligne.

Sortie principale — 01 h 14.

Je regardai Gabriel.

— Et Sofia ?

Maria tourna encore une page.

Son visage devint pâle.

— Sofia n’est jamais sortie de l’hôtel.

Je me figeai.

— Quoi ?

— Elle est montée dans sa chambre à 00 h 18.

— Et ensuite ?

— Plus rien.

— Vous voulez dire qu’elle était encore dans sa chambre ?

Maria secoua la tête.

— Non.

Elle referma doucement le carnet.

— Lorsque le personnel est venu nettoyer les chambres le lendemain matin, la chambre 216 était vide.

Je sentis mon cœur battre violemment.

— Ses affaires ?

— Toutes étaient là.

Gabriel se leva.

— Son sac ?

— Là.

— Son téléphone ?

— Là.

— Ses papiers ?

— Là.

Je murmurai :

— Alors comment a-t-elle disparu ?

Maria me regarda droit dans les yeux.

— C’est précisément ce que personne n’a jamais pu expliquer.


4. LE NOM SUR LA PHOTOGRAPHIE

Avant de partir, Maria ouvrit la vieille boîte une dernière fois.

— Il y a quelque chose que je n’ai jamais montré à la police.

Elle en sortit une petite photographie.

Je la pris.

On y voyait le couloir du deuxième étage.

Les portes 214, 215 et 216 apparaissaient clairement.

Mais devant la chambre 216 se tenait une femme.

Sofia.

Et derrière elle…

Un homme.

Je rapprochai la photographie.

Mon cœur s’arrêta.

Je connaissais cet homme.

Pas personnellement.

Mais j’avais vu son visage auparavant.

Sur une photographie conservée dans les archives d’Almeida Brasil.

C’était…

Augusto Almeida.

Je regardai Gabriel.

— Ton oncle était ici.

Il prit la photographie.

Son visage se vida de ses couleurs.

— Il m’a dit qu’il n’avait jamais rencontré Sofia.

Je retournai l’image.

Une date.

17 août.

Et une phrase manuscrite.

Ils savent.

Deux mots.

Rien de plus.

Mais ces deux mots suffisaient à changer toute l’histoire.

Augusto n’était pas simplement au courant de l’affaire.

Il était présent.


5. LE MESSAGE DE THOMAS

Nous quittâmes la maison de Maria dans un silence absolu.

Nous venions à peine de monter dans la voiture lorsque le téléphone de Gabriel vibra.

Un message.

Numéro inconnu.

Vous avez trouvé la photographie.

Gabriel me regarda.

Un second message apparut.

Alors vous savez maintenant que Sofia n’a jamais quitté l’hôtel.

Je sentis ma gorge se serrer.

Un troisième message arriva.

Mais vous ne savez pas encore qui l’a aidée à disparaître.

Puis un quatrième.

Retrouvez le dossier 17-A.

Gabriel tapa rapidement une réponse.

— Qui êtes-vous ?

Le message fut lu.

Mais aucune réponse n’arriva.

Puis, après presque une minute, une dernière phrase apparut.

Demandez à votre père pourquoi il m’a laissé partir.

Je regardai l’écran.

— Ton père ?

Gabriel murmura :

— Il parle de Ricardo.

Puis le téléphone vibra encore.

Cette fois, une photographie était jointe.

Un homme se tenait devant un bâtiment.

Plus âgé.

Plus maigre.

Les cheveux grisonnants.

Mais les yeux…

Je les reconnus immédiatement.

Je n’avais jamais rencontré cet homme.

Et pourtant, quelque chose dans mon cœur me disait que je le connaissais depuis toujours.

Thomas Ferreira.

Sous la photographie se trouvait une adresse.

Pas à Porto Alegre.

Pas à São Paulo.

Une petite ville située plusieurs centaines de kilomètres plus au sud.

Et une phrase :

Si vous voulez connaître votre père, venez seule.

Je relevai lentement les yeux vers Gabriel.

— Je dois y aller.

Il secoua immédiatement la tête.

— Non.

— Il demande que je vienne seule.

— Justement.

— Gabriel…

— C’est peut-être un piège.

Je regardai de nouveau la photographie.

— Peut-être.

Puis je pris une profonde inspiration.

— Mais si c’est vraiment mon père, j’ai attendu vingt-deux ans pour avoir cette chance.

Il resta silencieux.

Puis il dit quelque chose que je n’oublierai jamais.

— Alors je ne te suivrai pas.

Je le regardai, surprise.

— Quoi ?

— Je respecterai ce qu’il demande.

Il marqua une pause.

— Mais je resterai assez près pour être certain que tu sois en sécurité.

Je souris malgré mes larmes.

— Tu n’as jamais su abandonner complètement.

— Non.

Il me regarda.

— Pas quand il s’agit de toi.

Je baissai les yeux.

Puis mon téléphone vibra une dernière fois.

Un nouveau message.

Cette fois, il ne venait pas de Thomas.

Il venait d’Augusto.

Helena, si tu rencontres Thomas, demande-lui une seule chose : pourquoi Sofia a disparu.

Je sentis un froid parcourir mon corps.

Parce que désormais, je savais que la question n’était plus seulement :

Qui était mon père ?

La véritable question était devenue :

Qu’est-il arrivé à Sofia Ferreira le 17 août ?

Et pourquoi tous ceux qui connaissaient la réponse avaient-ils passé vingt-deux ans à se taire ?


PARTIE 8 — LA MAISON AU BORD DU LAC

Nous arrivâmes dans la petite ville avant l’aube.

L’adresse nous conduisit jusqu’à une maison isolée au bord d’un lac.

Je regardai le bâtiment à travers la vitre.

Une lumière était allumée à l’étage.

— Il est là, murmurai-je.

Gabriel gara la voiture à plusieurs centaines de mètres.

— Tu veux que je reste ici ?

Je hochai la tête.

— Oui.

Il me regarda longuement.

— Si quelque chose ne va pas, tu m’appelles.

— Promis.

Je descendis de la voiture.

Chaque pas vers la maison semblait ralentir le temps.

Vingt-deux ans.

Vingt-deux ans à imaginer un visage.

Vingt-deux ans à me demander pourquoi mon père m’avait abandonnée.

Vingt-deux ans à croire que je n’étais pas assez importante pour qu’il revienne.

Je montai les trois marches du perron.

Puis je frappai.

Une fois.

Deux fois.

La porte s’ouvrit.

Un homme âgé se tenait devant moi.

Ses cheveux étaient gris.

Son visage avait changé.

Mais ses yeux…

Je n’eus aucun doute.

Il me regarda pendant plusieurs secondes.

Puis ses lèvres tremblèrent.

— Helena ?

Je cessai de respirer.

— Thomas ?

Il ferma les yeux.

Une larme coula sur sa joue.

— Mon Dieu…

Il posa une main sur son visage.

— Tu as tellement grandi.

Je restai immobile.

Je voulais courir vers lui.

Je voulais le serrer dans mes bras.

Je voulais lui demander pourquoi.

Pourquoi il n’était jamais revenu.

Pourquoi il m’avait laissée.

Pourquoi ma mère avait souffert.

Pourquoi j’avais grandi sans père.

Mais aucun mot ne sortit.

Thomas recula légèrement.

— Entre.

Je franchis le seuil.

Sur un mur du salon se trouvaient plusieurs photographies.

Une de Miguel.

Une de Clara.

Une de Ricardo.

Et une dernière.

Sofia.

Je m’approchai.

— Vous l’avez connue ?

Thomas se figea.

— Oui.

— Que lui est-il arrivé ?

Il détourna les yeux.

— C’est pour cela que je t’ai demandé de venir seule.

Je me retournai.

— Alors dites-moi la vérité.

Il inspira profondément.

— Sofia n’est pas morte.

Mon cœur s’arrêta.

— Quoi ?

Thomas me regarda.

— Elle est vivante.

Je reculai d’un pas.

— Où est-elle ?

Il ne répondit pas.

— Où est ma tante ?

Thomas ferma les yeux.

Puis il prononça les mots qui allaient bouleverser toute mon histoire.

— Elle vit sous un autre nom.

— Pourquoi ?

— Parce qu’Augusto la cherchait.

Je sentis ma gorge se serrer.

— Pourquoi la cherchait-il ?

Thomas s’approcha d’une vieille armoire.

Il en sortit une boîte métallique.

À l’intérieur se trouvait un dossier.

Sur la couverture :

17-A.

Je cessai de respirer.

— Vous l’avez ?

Thomas acquiesça.

— J’ai gardé l’original pendant vingt-deux ans.

Il posa le dossier sur la table.

— Mais si je te le donne, Helena, tu dois comprendre une chose.

— Quoi ?

Il me regarda droit dans les yeux.

— Ton père n’est pas le seul homme qu’Augusto a essayé de faire disparaître.

Je sentis un frisson me parcourir.

— Qui d’autre ?

Thomas ouvrit le dossier.

La première page contenait une photographie.

Je la pris.

Et je reconnus immédiatement la femme.

Ma mère.

Mais elle n’était pas seule.

À côté d’elle se trouvait une autre femme.

Sofia.

Et derrière elles se tenait…

Augusto Almeida.

Au dos de la photographie, une date.

17 août.

Puis une phrase écrite par Sofia :

Si quelque chose m’arrive, Helena doit savoir que son père n’était pas Ricardo.

Je regardai Thomas.

— Alors qui était mon père ?

Il resta silencieux.

Puis il posa lentement une deuxième photographie sur la table.

Je la regardai.

Et mon cœur se brisa.

Parce que l’homme sur cette photo était quelqu’un que je connaissais déjà.

Quelqu’un qui avait été présent dans ma vie bien avant que je découvre cette histoire.

Quelqu’un dont je n’avais jamais imaginé qu’il puisse être lié à ma naissance.

Thomas murmura :

— Tu connais déjà ton véritable père.

Je secouai la tête.

— Qui ?

Il me fixa.

Puis il prononça un nom.

Et, à cet instant, tout ce que je croyais savoir sur ma famille s’effondra une nouvelle fois.

À suivre…

 

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