PARTIE 11 : – À sept ans, j’ai pleuré en exigeant d’épouser mon voisin.

PARTIE 11 — L’HOMME DERRIÈRE AUGUSTO
Augusto se tenait à quelques mètres de nous.
Derrière lui, deux hommes bloquaient l’unique sortie du couloir.
Eduardo s’avança immédiatement.
— Augusto.
Un sourire froid apparut sur le visage de celui-ci.
— Eduardo.
Ils se regardèrent comme deux hommes qui avaient attendu cette rencontre pendant des années.
Sofia serra ma main.
— Ne lui parle pas.
Mais je ne pouvais pas détourner les yeux d’Augusto.
— Pourquoi me cherchez-vous ?
Augusto ne répondit pas.
Il regarda simplement Eduardo.
— Tu aurais dû rester mort.
Eduardo eut un rire sans joie.
— Et toi, tu aurais dû comprendre que certaines vérités refusent de mourir.
Augusto fit un pas.
— Tu ne comprends toujours pas.
— Alors explique-moi.
Augusto regarda dans ma direction.
— Ce n’est pas Eduardo que je suis venu chercher.

 

 

 

Je sentis mon cœur accélérer.

— C’est moi ?

Il hocha lentement la tête.

— Oui.

Gabriel se plaça devant moi.

— Vous ne l’approcherez pas.

Augusto sourit.

— Gabriel, tu crois encore que cette histoire concerne une succession, des comptes bancaires ou une vieille entreprise familiale.

Il secoua la tête.

— Tu n’as rien compris.

Il désigna la boîte que Gabriel tenait.

— Le dossier 17-A n’est qu’une partie de l’histoire.

Gabriel répondit :

— Alors pourquoi avez-vous passé autant d’années à le cacher ?

Augusto ne répondit pas.

Sofia murmura :

— Parce qu’il ne voulait pas que quelqu’un découvre qui avait réellement créé le système.

Je me tournai vers elle.

— Qui ?

Elle regarda Eduardo.

Eduardo prit une profonde inspiration.

— Ta mère.

Je restai figée.

— Ma mère ?

— Pas volontairement, précisa Eduardo. Elle n’a jamais participé aux opérations illégales. Mais elle a découvert quelque chose avant tout le monde.

Augusto intervint :

— Elle a découvert le compte principal.

Gabriel fronça les sourcils.

— Quel compte ?

Augusto répondit :

— Le compte qui reliait toutes les sociétés.

Il regarda Eduardo.

— Et Eduardo l’a utilisé pour me faire chanter.

Eduardo secoua la tête.

— Je ne t’ai jamais fait chanter.

— Tu m’as menacé de tout révéler.

— Parce que tu avais détruit des vies.

Augusto resta silencieux.

Puis il dit :

— Et tu crois vraiment que Ricardo était innocent ?

Je sentis mon cœur se serrer.

— Arrêtez de parler de lui comme s’il était encore là pour se défendre.

Augusto me regarda.

— Tu veux savoir ce que Ricardo a fait ?

Je ne répondis pas.

— Alors demande-toi pourquoi il a conservé toutes ces lettres.

Il sortit une petite enveloppe de sa veste.

— Et demande-toi surtout pourquoi il n’a jamais envoyé celle-ci.

Il me tendit l’enveloppe.

Je reconnus immédiatement l’écriture de Ricardo.

Mon sang se glaça.

— Où l’avez-vous trouvée ?

— Dans son ancien bureau.

Gabriel me regarda.

— Ne l’ouvre pas ici.

Augusto sourit.

— Trop tard.

Il se retourna.

Puis il ajouta :

— Tu découvriras bientôt que Ricardo n’a pas seulement protégé ton père.

Il marqua une pause.

— Il a protégé la personne qui a ordonné sa disparition.

Les portes s’ouvrirent derrière lui.

Les deux hommes s’écartèrent.

Augusto partit.

Mais avant de disparaître dans le couloir, il se retourna.

— Et Helena…

Je le regardai.

— Ne fais confiance à personne qui porte le nom Ferreira.

Puis il disparut.

Je restai immobile.

Eduardo me regardait.

Sofia aussi.

Gabriel tenait toujours la boîte.

Mais soudain, une seule question me traversa l’esprit.

Pourquoi Augusto venait-il de me mettre en garde contre ma propre famille ?


PARTIE 12 — LA LETTRE QUE RICARDO N’AVAIT JAMAIS ENVOYÉE

Nous quittâmes la gare par une autre sortie.

Personne ne parla jusqu’à ce que nous atteignions un petit appartement appartenant à Sofia.

Elle verrouilla la porte.

Puis elle ferma les rideaux.

Eduardo s’assit près de la fenêtre.

Je restai debout.

L’enveloppe de Ricardo était toujours dans ma main.

— Je vais la lire.

Eduardo secoua la tête.

— Helena…

— Non.

Je le regardai.

— J’ai passé toute ma vie à attendre des réponses.

Ma voix tremblait.

— Je ne vais plus attendre.

J’ouvris l’enveloppe.

La lettre était datée de trois semaines avant la disparition de Ricardo.

Helena,

Si tu lis cette lettre, c’est que je n’ai pas réussi à te dire la vérité moi-même.

J’ai passé des années à croire que le silence pouvait protéger une famille.

Je me suis trompé.

Je continuai.

Eduardo est ton père biologique.

Thomas a essayé de le protéger.

Sofia a également risqué sa vie pour lui.

Mais il existe une autre personne qui connaissait la vérité depuis le début.

Je m’arrêtai.

— Qui ?

Gabriel se pencha.

Je continuai.

Cette personne était présente le soir du 17 août.

Je tournai la page.

Une seule phrase.

Ta mère n’était pas seule ce soir-là.

Je sentis mes jambes faiblir.

Sofia s’approcha.

— Helena…

Je levai la main.

Je voulais continuer seule.

La personne qui accompagnait ta mère connaissait Augusto.

Elle connaissait Eduardo.

Elle connaissait Thomas.

Et elle savait exactement ce qui allait se produire.

Je regardai Eduardo.

— Qui était avec ma mère ?

Il ne répondit pas.

— Eduardo !

Il baissa les yeux.

— Je ne sais pas.

Sofia intervint.

— Moi, je le sais.

Je me tournai vers elle.

Elle prit une longue inspiration.

— C’était ma sœur.

Je fronçai les sourcils.

— Vous n’avez jamais parlé d’une autre sœur.

— Parce qu’elle est morte.

Eduardo murmura :

— Sofia…

Elle continua :

— Elle s’appelait Laura.

Je restai silencieuse.

— Laura Ferreira.

Le nom me semblait étrangement familier.

Puis je compris.

— Laura…

Je répétai le prénom.

— Ma mère avait une amie appelée Laura.

Sofia hocha la tête.

— Ce n’était pas son amie.

Je sentis un froid me traverser.

— Alors qui était-elle ?

Sofia me regarda droit dans les yeux.

— La personne qui travaillait pour Augusto.

Un silence terrible envahit la pièce.

Eduardo se leva.

— Sofia, ça suffit.

— Non.

Elle se tourna vers lui.

— Elle mérite de savoir.

Puis elle me regarda.

— Laura était celle qui devait remettre le dossier 17-A à Augusto.

Gabriel demanda :

— Et pourquoi ne l’a-t-elle jamais fait ?

Sofia répondit :

— Parce qu’elle a changé d’avis.

— Pourquoi ?

Sofia regarda la fenêtre.

— Parce qu’elle avait découvert qu’Augusto voulait faire disparaître Eduardo.

Je murmurai :

— Alors elle l’a aidé.

Sofia hocha la tête.

— Oui.

Puis elle ajouta :

— Mais elle a commis une erreur.

— Laquelle ?

— Elle a confié une copie du dossier à quelqu’un qu’elle pensait pouvoir protéger.

Je sentis mon cœur accélérer.

— À qui ?

Sofia me regarda.

— À ta mère.


PARTIE 13 — LA CHAMBRE CACHÉE

La lettre de Ricardo contenait une dernière indication.

Une adresse.

Pas celle d’une banque.

Pas celle d’une entreprise.

Une maison.

L’ancienne maison de ma mère.

Nous y allâmes au milieu de la nuit.

La maison était abandonnée depuis des années.

Les fenêtres étaient couvertes de poussière.

La porte principale était verrouillée.

Mais Eduardo connaissait une entrée secondaire.

— Comment savez-vous cela ?

Il répondit :

— Parce que c’est ici que ta mère m’a caché la première fois.

Je le regardai.

— Vous êtes venu ici après ma naissance ?

Il hocha la tête.

— Une seule fois.

— Pourquoi ne m’avez-vous jamais vu ?

Il baissa les yeux.

— Parce que j’avais peur qu’on te retrouve à cause de moi.

Nous entrâmes.

La maison était presque vide.

Sofia avançait lentement dans le couloir.

— Il doit y avoir une pièce cachée.

Gabriel demanda :

— Comment le sais-tu ?

— Laura me l’avait dit.

Elle s’arrêta devant un mur.

— Ici.

Nous cherchâmes pendant plusieurs minutes.

Puis Gabriel remarqua une petite fissure.

Il appuya.

Un panneau s’ouvrit.

Derrière se trouvait une petite pièce.

À l’intérieur :

des dossiers.

Des photographies.

Des cassettes.

Et une vieille boîte en bois.

Je m’approchai.

Sur le couvercle était écrit :

POUR HELENA — À OUVRIR SEULEMENT SI JE NE PEUX PLUS TE PARLER.

Je reconnus immédiatement l’écriture de ma mère.

Je l’ouvris.

À l’intérieur se trouvait une photographie.

Je la pris.

Ma mère était jeune.

Eduardo se tenait à côté d’elle.

Et derrière eux…

Ricardo.

Mais ce n’était pas la photo qui me bouleversa.

C’était la quatrième personne.

Un homme.

Je ne connaissais pas son visage.

Mais Eduardo, lui, devint livide.

— Non.

Je me tournai vers lui.

— Vous le connaissez ?

Il ne répondit pas.

— Eduardo ?

Il murmura :

— C’est impossible.

Gabriel prit la photo.

— Qui est-ce ?

Eduardo fixa l’homme.

— Miguel Ferreira.

Sofia recula.

— Notre père.

Je regardai Sofia.

— Votre père ?

Elle hocha la tête.

— Il est mort avant ma naissance.

Eduardo secoua lentement la tête.

— Non.

Il prit la photographie.

— Il n’est jamais mort.

Silence.

— Alors où est-il ?

Eduardo regarda la date inscrite derrière la photo.

Son visage changea.

— Cette photo a été prise le 17 août.

Gabriel pâlit.

— Le même 17 août ?

Eduardo acquiesça.

Puis nous entendîmes un bruit à l’extérieur.

Une voiture.

Des portières.

Plusieurs personnes approchaient.

Sofia éteignit immédiatement la lumière.

Nous restâmes immobiles.

Une voix résonna dans le jardin.

— Cherchez partout.

Je reconnus cette voix.

Augusto.

Mais une deuxième voix me glaça davantage.

Parce que je la connaissais.

C’était la voix de ma mère.


PARTIE 14 — ELLE N’ÉTAIT PAS MORTE

Je cessai presque de respirer.

Ma mère était censée être à des centaines de kilomètres.

Pourtant, je venais d’entendre sa voix.

— Vous êtes certain que la fille est ici ? demanda-t-elle.

Augusto répondit :

— Elle a trouvé la chambre.

Je regardai Eduardo.

Il semblait aussi bouleversé que moi.

Sofia porta une main à sa bouche.

Gabriel murmura :

— Ce n’est pas possible.

La porte d’entrée s’ouvrit.

Des pas résonnèrent dans le couloir.

Nous nous cachâmes derrière le mur de la pièce secrète.

Puis quelqu’un entra.

Une silhouette apparut.

Je ne voyais pas son visage.

Mais j’entendais sa respiration.

La personne s’approcha du bureau.

Elle ouvrit un tiroir.

Puis elle murmura :

— Ils ont trouvé la photo.

Augusto entra derrière elle.

— Nous devons partir.

La femme se retourna.

Et je la vis.

C’était ma mère.

Je sentis mes yeux se remplir de larmes.

Elle avait vieilli.

Mais c’était elle.

Vivante.

À quelques mètres de moi.

Gabriel me retint par le bras.

Je voulais sortir.

Je voulais courir vers elle.

Mais Eduardo me fit signe de rester silencieuse.

Ma mère prit la photo.

Elle la regarda longtemps.

Puis elle murmura :

— Je savais qu’elle finirait par découvrir la vérité.

Augusto demanda :

— Et maintenant ?

Elle répondit :

— Maintenant, nous devons lui dire toute la vérité.

Augusto secoua la tête.

— Non.

— Elle a le droit de savoir.

— Si elle apprend qui était réellement derrière le 17 août, tout s’effondrera.

Ma mère se retourna.

— Tout s’est déjà effondré.

Augusto la fixa.

Puis il prononça une phrase qui me détruisit.

— Ce n’est pas toi qui as peur pour Helena.

Il s’approcha d’elle.

— Tu as peur qu’elle découvre que c’est toi qui as signé le premier ordre.

Je regardai Eduardo.

Il ferma les yeux.

Ma mère ne répondit pas.

Et ce silence fut pire que n’importe quel aveu.

Augusto sortit.

Ma mère resta seule dans la pièce.

Elle posa la photo sur la table.

Puis elle murmura :

— Helena…

Je cessai de réfléchir.

Je sortis de ma cachette.

— Je suis là.

Elle se retourna.

Nos regards se croisèrent.

Pendant plusieurs secondes, aucune de nous ne parla.

Puis ma mère porta une main à sa bouche.

— Mon Dieu…

Je m’avançai.

— Tu es vivante.

Elle pleurait.

— Je voulais te protéger.

Je secouai la tête.

— Tu m’as menti.

— Oui.

— Pourquoi ?

Elle regarda Eduardo.

Puis Sofia.

Puis Gabriel.

Enfin, elle me regarda.

— Parce que si je te disais la vérité, tu aurais été la prochaine personne à disparaître.

Je sentis un frisson me parcourir.

— Qui voulait me faire disparaître ?

Elle répondit d’une voix presque inaudible :

— Pas Augusto.

Je fronçai les sourcils.

— Alors qui ?

Elle prit la photographie.

Son doigt trembla lorsqu’elle désigna l’homme derrière nous.

Miguel Ferreira.

— Lui.

Eduardo recula.

— Mon père ?

Ma mère hocha la tête.

— Miguel n’est pas mort.

Puis elle ajouta :

— Et il est beaucoup plus proche de toi que tu ne le crois.

Je regardai autour de moi.

— Où est-il ?

Ma mère ferma les yeux.

— Dans cette maison.

Un bruit retentit derrière nous.

Une porte venait de se fermer.

Nous nous retournâmes tous.

Et une voix d’homme résonna dans l’obscurité :

— Vous auriez dû laisser les morts tranquilles.

Eduardo devint livide.

— Papa…

La silhouette apparut au bout du couloir.

Un homme âgé.

Calme.

Souriant.

Et terriblement familier.

Miguel Ferreira était vivant.

Mais avant que quiconque puisse parler, il regarda directement vers moi.

— Helena.

Il sourit.

— Enfin, je rencontre ma petite-fille.

À suivre…

 

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