PARTIE 5 : – « Mon mari m’a prévenue que je pouvais partir si je n’étais pas capable d’accepter l’invitation de son ex à notre pendaison de crémaillère. Je lui ai répondu de la manière la plus posée et la plus « mature » qu’il ait jamais vue. »

PARTIE 5 — LE BÂTIMENT DE TACOMA
À 9 h 42, j’étais garée à deux rues du vieux bâtiment de Tacoma.
Je n’avais presque pas dormi.
Toute la nuit, les mêmes questions avaient tourné dans ma tête.
Pourquoi mon nom avait-il été utilisé pour ouvrir ce compte ?
Pourquoi Derek connaissait-il son existence ?
Pourquoi mon père avait-il gardé le silence pendant toutes ces années ?
Et surtout…
Qui m’avait envoyé ce message ?
« Venez seule. »
Je regardai mon téléphone.
Aucun nouveau message.
Je pensai à l’avertissement de mon père.
Puis à celui de l’inconnu.
Et, pour la première fois, je réalisai quelque chose.
Je n’étais plus simplement en train de découvrir les mensonges de mon mari.
J’étais en train de découvrir une histoire qui avait commencé avant ma naissance.
À 9 h 58, je sortis de la voiture.

 

 

 

Le bâtiment était exactement comme sur la vieille photographie.

Trois étages.

Des fenêtres poussiéreuses.

Une enseigne presque effacée.

Et cette étrange impression que quelqu’un m’observait.

Je poussai la porte.

Elle s’ouvrit sans résistance.

À l’intérieur, tout était silencieux.

Je fis quelques pas.

— Il y a quelqu’un ?

Aucune réponse.

Puis une voix retentit derrière moi.

— Vous êtes venue.

Je me retournai.

Un homme d’une cinquantaine d’années se tenait dans l’embrasure d’une porte.

Je ne le connaissais pas.

Il avait les cheveux gris et portait une veste sombre.

— Qui êtes-vous ?

— Mon nom est Daniel Reed.

Je cessai de respirer.

Reed.

Comme Thomas Reed.

— Vous êtes de sa famille ?

Il acquiesça.

— Thomas était mon frère.

Je reculai légèrement.

— Alors pourquoi m’avoir demandé de venir ici ?

Daniel regarda autour de lui.

— Parce que je ne fais pas confiance à votre père.

Mon cœur se serra.

— Vous connaissez mon père ?

— Je le connais depuis trente ans.

— Il m’a dit que Thomas avait détourné de l’argent.

Daniel eut un sourire amer.

— C’est ce qu’il vous a raconté ?

Je sentis la colère monter.

— Vous êtes en train de me dire que mon père m’a menti ?

— Je vous dis seulement que l’histoire que vous connaissez n’est pas complète.

Il sortit une vieille clé de sa poche.

— Venez.

Nous descendîmes un escalier étroit.

Au sous-sol, Daniel ouvrit une porte métallique.

La pièce était remplie de vieux dossiers.

Des dizaines.

Peut-être des centaines.

— Pourquoi tout ça existe encore ?

— Parce que quelqu’un les a protégés.

— Qui ?

Daniel me regarda.

— Votre père.

Je restai immobile.

— Vous venez de dire que vous ne lui faites pas confiance.

— Je n’ai jamais dit qu’il était votre ennemi.

Cette phrase me déstabilisa.

Daniel posa un dossier sur la table.

Sur la couverture, je lus :

MAYA CHEN — ARCHIVES PRIVÉES

Mes mains tremblèrent.

— Pourquoi avez-vous un dossier sur moi ?

— Parce que votre père en avait un.

Je l’ouvris.

À l’intérieur se trouvaient des copies de documents datant de mon enfance.

Des certificats.

Des relevés.

Des photographies.

Puis je trouvai quelque chose que je n’avais jamais vu.

Une photo de moi, enfant, devant notre ancienne maison.

Au dos, quelqu’un avait écrit :

« Elle ne doit jamais savoir. »

Je regardai Daniel.

— Savoir quoi ?

Il resta silencieux.

Puis il sortit une seconde enveloppe.

— Lisez ceci.

Je l’ouvris.

Une lettre de Thomas.

Mais cette fois, elle était adressée à mon père.

« Tu as promis de protéger Maya. Je t’en prie, respecte ta promesse. Derek ne doit jamais apprendre toute la vérité. »

Je relus la phrase.

— Derek ne doit jamais apprendre quoi ?

Daniel répondit :

— Ce n’est pas Derek qui devait vous protéger.

Il marqua une pause.

— C’était votre père.

Je sentis mes jambes faiblir.

— Pourquoi Derek me cherchait-il alors ?

Daniel ne répondit pas immédiatement.

Il sortit un autre document.

Cette fois, il s’agissait d’un relevé bancaire.

Je reconnus le numéro du compte.

Celui que mon père venait de me révéler.

Mais quelque chose avait changé.

Le relevé indiquait une opération récente.

Très récente.

Il y avait eu un retrait trois jours auparavant.

Je regardai Daniel.

— Qui a retiré cet argent ?

— Voilà pourquoi je vous ai fait venir.

Il pointa le nom.

Je lus.

Puis mon cœur s’arrêta presque.

Le retrait n’avait pas été effectué par Derek.

Ni par Nicole.

Ni par Thomas.

Le nom affiché était celui de…

mon père.


Je quittai le bâtiment en courant.

Je montai dans ma voiture et appelai mon père.

Il répondit au deuxième appel.

— Maya ?

— Tu as retiré de l’argent du compte ?

Silence.

— Où es-tu ?

— À Tacoma.

Cette fois, il ne répondit pas.

— Papa, réponds-moi !

— Qui t’a parlé ?

— Daniel Reed.

Un long silence.

Puis mon père murmura :

— Il t’a trouvée.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Maya, écoute-moi. Tu dois rentrer immédiatement à Seattle.

— Non.

Ma voix tremblait.

— Cette fois, tu vas me dire la vérité.

— Je veux te la dire.

— Alors dis-la maintenant.

Il inspira profondément.

— L’argent du compte n’était pas à toi.

Je fronçai les sourcils.

— Alors pourquoi mon nom était dessus ?

— Parce que tu étais la seule personne que Thomas pensait capable de le protéger.

— Protéger quoi ?

Mon père répondit enfin :

— Une preuve.

— Quelle preuve ?

Il hésita.

— La preuve que Derek n’est pas responsable de tout ce qui s’est passé.

Je restai sans voix.

— Quoi ?

— Derek a fait des choses terribles, Maya. Je ne vais pas te mentir là-dessus. Mais quelqu’un l’a manipulé.

— Qui ?

Mon père ne répondit pas.

— Papa !

— Je dois te voir en personne.

— Pourquoi ?

— Parce que si je te le dis au téléphone, quelqu’un pourrait nous écouter.

Je regardai autour de moi.

— Qui ?

Il répondit d’une voix presque inaudible :

— La personne qui est derrière tout ça.

Puis la ligne se coupa.


À 18 h 30, je retrouvai mon père dans un petit restaurant discret de Seattle.

Il était assis seul dans un coin.

Lorsque j’arrivai, il se leva.

Je ne l’avais jamais vu aussi inquiet.

Je m’assis en face de lui.

— Maintenant, tu me racontes tout.

Il hocha lentement la tête.

— D’accord.

Il posa une vieille photographie sur la table.

Je reconnus immédiatement les quatre personnes.

Mon père.

Thomas.

Derek.

Et Nicole.

Mais cette photo avait été prise bien avant mon mariage.

Bien avant même ma rencontre avec Derek.

— Pourquoi étaient-ils tous ensemble ?

Mon père répondit :

— Parce qu’à l’époque, Derek et Nicole travaillaient avec Thomas.

Je fronçai les sourcils.

— Nicole travaillait avec lui ?

— Oui.

— Et Derek aussi ?

— Oui.

Je regardai encore la photo.

— Alors pourquoi Derek m’a-t-il dit qu’il avait rencontré Nicole des années plus tard ?

Mon père baissa les yeux.

— Parce qu’il t’a menti.

Je sentis une colère froide monter en moi.

— Continue.

— Thomas avait découvert que plusieurs personnes utilisaient son entreprise pour déplacer de l’argent.

— Et Derek ?

— Derek voulait partir.

— Il voulait partir ?

— Oui. Mais il savait trop de choses.

Mon père prit une inspiration.

— Thomas lui a proposé un marché.

— Lequel ?

— Il devait garder le silence.

— Et en échange ?

Mon père me regarda.

— Il recevrait une partie de l’argent.

Je secouai la tête.

— Alors Derek n’était pas innocent.

— Non.

Cette réponse me surprit.

Mon père continua :

— Mais il y avait une autre personne.

— Qui ?

Il regarda autour de lui.

Puis il murmura :

— Nicole.

Je restai silencieuse.

— Nicole savait tout. Elle avait accès aux documents. Elle savait où l’argent était déplacé. Elle savait aussi que Thomas avait caché une preuve dans un compte à ton nom.

— Pourquoi à mon nom ?

— Parce que Thomas savait que personne ne penserait à chercher dans les comptes d’une enfant.

Je le fixai.

— Et Derek ?

— Derek a découvert l’existence du compte des années plus tard.

— C’est pour ça qu’il m’a épousée ?

Mon père ne répondit pas.

Mais son silence me donna ma réponse.

Je me levai.

— Je dois partir.

— Maya…

— Non, papa.

Je secouai la tête.

— J’ai besoin de comprendre seule.

Je sortis du restaurant.

À peine arrivée dans la rue, mon téléphone vibra.

Un message.

« Maintenant, vous savez pourquoi Derek vous a épousée. Mais vous ne savez toujours pas pourquoi Nicole voulait votre mariage. »

Je m’arrêtai.

Un deuxième message arriva.

« Demandez-lui qui était le petit garçon sur la photographie. »

Je regardai l’écran.

Le petit garçon.

Celui que Nicole tenait dans ses bras.

Je pensais qu’il s’agissait d’un membre de sa famille.

Mais soudain, une idée me traversa l’esprit.

Je retournai à la photographie.

Je zoomai sur le visage de l’enfant.

Puis je comparai ses traits avec ceux de Derek.

Je sentis mon estomac se nouer.

Parce que je venais de comprendre pourquoi Nicole avait toujours refusé de parler de son passé.

Le garçon sur la photo…

était Derek.


Je rentrai chez Ava après minuit.

Elle était encore éveillée.

— Maya, qu’est-ce qui s’est passé ?

Je posai la photographie sur la table.

Ava la regarda.

— C’est Derek ?

— Oui.

— Quel âge avait-il ?

— Peut-être dix ans.

Ava resta silencieuse.

Puis elle remarqua quelque chose derrière la photo.

Une date.

Et une adresse.

Elle me regarda.

— Maya…

— Quoi ?

— Cette adresse…

Elle pointa le papier.

— C’est l’adresse de l’ancienne maison de Nicole.

Je pris mon téléphone.

Je cherchai l’adresse.

La maison existait toujours.

Mais elle appartenait désormais à quelqu’un d’autre.

Quelqu’un dont le nom me fit immédiatement frissonner.

Thomas Reed.

Je regardai Ava.

— Thomas est mort depuis des années.

— Alors pourquoi sa maison est-elle encore enregistrée à son nom ?

Je n’eus pas le temps de répondre.

Un bruit retentit derrière la porte d’entrée.

Quelqu’un venait de frapper.

Trois coups.

Lents.

Puis trois autres.

Ava se leva.

Je lui fis signe de ne pas bouger.

On entendit une voix derrière la porte.

Une voix d’homme.

— Maya…

Je reconnus cette voix.

Mon cœur s’emballa.

C’était Derek.

Puis il prononça une phrase qui me glaça :

— Je sais que ton père t’a raconté une partie de la vérité. Mais il ne t’a pas raconté la raison pour laquelle Thomas a choisi ton nom.

Je regardai Ava.

Derek continua :

— Et si tu veux vraiment savoir pourquoi je t’ai épousée…

Silence.

Puis :

— Tu dois me laisser entrer.

Je restai immobile.

Parce que, pour la première fois depuis le début de cette histoire, je compris que la vérité que je cherchais pouvait être encore plus dangereuse que les mensonges que j’avais déjà découverts.

Et derrière la porte…

Derek attendait.

La main posée sur la poignée….

 

CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE DE LA FIN DE L’HISTOIRE – PARTIE 👉 (6) : – « Mon mari m’a prévenue que je pouvais partir si je n’étais pas capable d’accepter l’invitation de son ex à notre pendaison de crémaillère. Je lui ai répondu de la manière la plus posée et la plus « mature » qu’il ait jamais vue. »