À 7 h 12, le téléphone de Samuel Reed vibra sur son bureau.
Un seul message venait d’apparaître sur son écran.
« Nous avons retrouvé la trace du document. Mais vous devez venir le voir vous-même. »
Le message provenait du service des archives secondaires, un département que presque personne ne visitait et dont peu d’employés connaissaient réellement les procédures.
Samuel relut la phrase deux fois.
Ils avaient retrouvé la trace du témoignage original.
Pas le témoignage lui-même.
Seulement sa trace.
Et, dans une affaire où chaque document semblait avoir disparu au moment opportun, cette distinction lui paraissait plus inquiétante que rassurante.
Il attrapa sa veste, glissa son carnet dans sa poche et quitta son bureau sans prévenir personne.
Depuis plusieurs jours, il avait appris une chose : les informations les plus importantes ne disparaissaient pas toujours complètement. Parfois, quelqu’un les déplaçait simplement assez loin pour que plus personne ne pense à les chercher.
Lorsqu’il arriva aux archives, une femme aux cheveux gris l’attendait devant une porte métallique.
Elle s’appelait Eleanor Price. Elle travaillait dans le service depuis vingt-sept ans.
— Vous êtes Samuel Reed ?
— Oui. Vous m’avez écrit.
Eleanor jeta un regard vers le couloir avant de répondre.
— Je préfère ne pas parler ici.
Elle ouvrit la porte et le conduisit dans une petite salle sans fenêtre. Une table, deux chaises, un ordinateur ancien et plusieurs boîtes d’archives occupaient presque tout l’espace.
Sur la table se trouvait une chemise cartonnée couleur crème.
Elle ne portait aucun titre.
Seulement un numéro manuscrit.
Samuel s’assit.
— C’est le dossier original ?
— Non, répondit Eleanor. C’est ce qui reste de son existence administrative.
Elle ouvrit la chemise.
À l’intérieur se trouvaient trois feuilles.
La première était une ancienne fiche de circulation. La deuxième était un relevé d’accès. La troisième était une copie d’un formulaire de transfert.
Samuel se pencha sur les documents.
— Pourquoi ce numéro ne correspond-il pas à celui de l’affaire ?
— Parce que ce document n’a jamais été classé comme une pièce du dossier principal.
— Alors comment a-t-il été enregistré ?
Eleanor posa un doigt sur la deuxième feuille.
— Sous la catégorie « témoignage complémentaire confidentiel ».
Samuel sentit son estomac se nouer.
— Qui a demandé cette classification ?
Eleanor ne répondit pas immédiatement.
Elle retourna la feuille.
Au bas du formulaire figurait une signature.
Robert Mitchell.
Le nom du commissaire adjoint.
Celui qui avait envoyé le courriel demandant que la version complète ne soit pas transmise avant validation.
Samuel fixa la signature.
— Mitchell a donc personnellement fait déplacer le témoignage ?
— Il a signé l’autorisation de transfert, précisa Eleanor. Ce n’est pas exactement la même chose.
— Où a-t-il été transféré ?
Eleanor inspira lentement.
— Dans un dépôt temporaire réservé aux dossiers faisant l’objet d’une vérification interne.
— Et ce dépôt existe toujours ?
— Officiellement, non.
Samuel leva les yeux.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
— Il a été fermé il y a huit ans. Les dossiers devaient être numérisés ou détruits selon leur statut. Mais, avant la fermeture, certains documents ont été déplacés vers un espace de conservation externe.
— Lesquels ?
— C’est justement ce que je cherche à déterminer.
Elle fit glisser une autre feuille vers lui.
Il s’agissait d’un relevé informatique imprimé sur du papier jauni. Plusieurs lignes étaient illisibles, mais une entrée avait été entourée au stylo rouge.
Accès au dossier : 22 h 46.
Utilisateur : R. MITCHELL.
Action : consultation et extraction.
Samuel sentit le silence s’épaissir autour de lui.
— Mitchell a consulté le témoignage après son transfert ?
— Oui.
— Et il en a extrait une copie ?
— Le système indique qu’un fichier a été exporté. Mais nous ignorons où cette copie a été envoyée.
Samuel se redressa.
— Pourquoi ne m’avoir pas communiqué ces informations immédiatement ?
Eleanor eut un sourire fatigué.
— Parce que quelqu’un a consulté ce même registre il y a trois jours.
Samuel se figea.
— Qui ?
Elle lui tendit une dernière feuille.
La demande d’accès était récente. Elle avait été effectuée depuis un terminal administratif, avec des identifiants qui n’étaient plus censés être actifs.
Le nom associé au compte était celui de Daniel Brooks.
L’ancien mentor de Victoria.
Samuel resta immobile.
Daniel avait déjà fourni un courriel ancien qui avait contribué à relancer l’enquête. Il avait affirmé vouloir aider à retrouver la vérité.
Mais s’il avait consulté les archives avant même que Samuel ne découvre le registre, une question devenait inévitable.
Daniel cherchait-il à retrouver le témoignage… ou à s’assurer que personne ne le retrouve ?
— Vous êtes certaine de cette identification ? demanda Samuel.
— Le compte est enregistré à son nom.
— Cela ne prouve pas que c’était lui.
— Non, reconnut Eleanor. Mais il y a autre chose.
Elle ouvrit un tiroir et en sortit une enveloppe transparente.
À l’intérieur se trouvait un petit morceau de papier portant une adresse.
Une adresse qui ne correspondait à aucun service de police.
Samuel la nota dans son carnet.
— Qu’est-ce que c’est ?
— L’adresse de livraison associée à l’exportation du fichier original, expliqua Eleanor. Le système ne conserve pas le contenu du fichier. Il ne conserve que la destination.
Samuel examina les chiffres et les lettres.
Puis il remarqua une annotation au crayon, presque effacée.
« Remise en main propre. Ne pas enregistrer. »
Il releva la tête.
— Qui a écrit cela ?
— Je l’ignore.
— Vous l’avez déjà vu ?
Eleanor hésita.
— Une fois. Il y a longtemps. À l’époque, on m’avait demandé de ne pas poser de questions sur les dossiers qui passaient par ce dépôt.
— Qui vous l’avait demandé ?
Elle regarda la porte fermée.
— Robert Mitchell.
Samuel referma lentement la chemise.
— Je vais devoir lui parler.
Eleanor posa soudain sa main sur le dossier.
— Non. Pas encore.
— Pourquoi ?
— Parce que, si Mitchell a conservé une copie du témoignage, il sait peut-être ce qu’elle contient. Et si Daniel Brooks a consulté les archives il y a trois jours, il sait probablement que vous vous en approchez.
Elle marqua une pause.
— Vous devez comprendre une chose, monsieur Reed. Les gens qui ont fait disparaître ce document ne craignaient pas nécessairement ce qu’il disait. Ils craignaient ce qu’il pouvait permettre de prouver.
Samuel glissa les feuilles dans une pochette sécurisée.
— Alors nous allons découvrir ce qu’il prouve.
Eleanor le regarda s’éloigner.
Juste avant qu’il ne franchisse la porte, elle ajouta :
— Et si vous retrouvez l’original, ne le lisez pas seul.
Samuel se retourna.
— Pourquoi ?
Elle baissa la voix.
— Parce que le témoin qui l’a rédigé est toujours vivant.
À 9 h 05, Victoria reçut un appel d’un numéro masqué.
Elle se trouvait dans son appartement, assise devant une tasse de café devenue froide. Depuis que l’enquête avait repris, elle dormait à peine. Chaque bruit dans le couloir la faisait sursauter. Chaque voiture qui ralentissait devant son immeuble lui donnait l’impression qu’on la surveillait.
Elle hésita avant de répondre.
— Allô ?
Au bout du fil, une respiration irrégulière.
Puis une voix d’homme.
— Victoria ?
Elle se redressa.
— Qui est à l’appareil ?
— Vous ne me connaissez pas. Mais je connais le rapport qui a détruit votre vie.
Son cœur se mit à battre plus vite.
— Comment avez-vous obtenu ce numéro ?
— Ce n’est pas important.
— Pour moi, si.
L’homme eut un petit rire nerveux.
— Vous avez toujours été comme ça. Vous posez les questions que les autres préfèrent éviter.
Victoria serra le téléphone.
— Que voulez-vous ?
— Vous avertir. Samuel Reed cherche le témoignage original.
Elle ne répondit pas.
— S’il le retrouve, poursuivit l’homme, il découvrira pourquoi votre déclaration a été modifiée.
Victoria sentit ses doigts devenir froids.
— Ma déclaration n’a jamais été modifiée.
Un silence.
— C’est ce qu’on vous a fait croire.
— Qui êtes-vous ?
— Quelqu’un qui était là cette nuit-là.
Victoria se leva brusquement.
— Quelle nuit ?
— Celle dont personne ne veut parler.
— Dites-moi votre nom !
Mais l’homme poursuivit, comme s’il ne l’avait pas entendue.
— Dans votre déclaration initiale, vous avez décrit une personne qui ne figurait pas dans le rapport final. Cette personne est revenue au commissariat le lendemain. Elle a rencontré Mitchell. Puis votre témoignage a changé de catégorie.
Victoria porta une main à sa bouche.
Des souvenirs flous remontèrent : une salle d’interrogatoire trop éclairée, des questions répétées, une fatigue qui lui brouillait les pensées. Elle se rappelait avoir signé des pages. Elle se rappelait aussi avoir demandé à relire sa déclaration.
Mais on lui avait répondu qu’il fallait terminer rapidement.
— Qui était cette personne ? murmura-t-elle.
— Regardez la photographie prise derrière le bâtiment.
— Quelle photographie ?
— Celle qui n’a jamais été versée au dossier.
La ligne grésilla.
— Attendez ! cria Victoria. Comment puis-je vous retrouver ?
La voix revint une dernière fois.
— Ne faites confiance à personne qui vous dit qu’il veut seulement vous protéger.
Puis l’appel s’interrompit.
Victoria resta debout au milieu de son appartement, le téléphone encore collé à l’oreille.
Quelques secondes plus tard, un message arriva.
Une seule image était jointe.
La photographie était granuleuse, prise de nuit, probablement avec un appareil de surveillance ancien. On distinguait l’arrière d’un bâtiment, une porte de service et trois silhouettes.
La première semblait être un agent en uniforme.
La deuxième portait un manteau sombre.
La troisième se tenait à moitié dans l’ombre.
Victoria agrandit l’image.
Elle reconnut la porte.
Elle reconnut aussi la silhouette en uniforme.
Mais ce fut la troisième personne qui lui coupa le souffle.
Elle connaissait cette posture.
Cette façon de tenir les épaules.
Cette main gauche légèrement repliée.
Elle avait vu cette personne des centaines de fois.
Sur des photographies.
Dans des réunions.
Dans les couloirs du commissariat.
C’était Daniel Brooks.
Victoria zooma davantage.
À côté de Daniel, l’homme au manteau sombre tenait une enveloppe.
Sur le bord de celle-ci, un numéro était visible.
Le même numéro que celui inscrit sur la fiche d’archives que Samuel venait de retrouver.
Victoria sentit ses jambes fléchir.
Daniel avait toujours affirmé qu’il n’était arrivé sur les lieux qu’après l’intervention.
La photographie semblait raconter une autre histoire.
Elle appela immédiatement Samuel.
Il décrocha au deuxième signal.
— Victoria ?
— J’ai reçu quelque chose.
— Quoi ?
— Une photographie. Quelqu’un vient de m’appeler. Il dit que ma première déclaration a été modifiée.
À l’autre bout du fil, Samuel ne répondit pas tout de suite.
— Vous avez encore l’image ?
— Oui. Je vous l’envoie.
Quelques secondes plus tard, le téléphone de Samuel vibra.
Il ouvrit la photographie.
Son visage se durcit.
— Victoria, écoutez-moi attentivement. Ne contactez pas Daniel. Ne répondez plus aux numéros masqués. Et ne quittez pas votre appartement sans me prévenir.
— Samuel, je veux savoir ce qui s’est passé.
— Moi aussi.
— Alors dites-moi ce que vous voyez.
Samuel regarda la photographie une nouvelle fois.
Il reconnut Daniel.
Il reconnut l’enveloppe.
Et il reconnut l’homme qui se tenait entre eux.
Un homme qu’il avait déjà interrogé.
Un homme qui avait juré sous serment ne jamais avoir rencontré Victoria.
Marcus Hale.
— Samuel ? insista Victoria. Qui est-ce ?
Il ferma les yeux un instant.
— Je crois que nous venons de découvrir pourquoi le témoignage original a disparu.
— Pourquoi ?
Samuel agrandit l’image jusqu’à ce que les pixels se brouillent.
— Parce que cette photographie prouve que Daniel et Marcus se connaissaient avant que le rapport final soit rédigé.
— Et alors ?
— Alors, si Marcus a participé à la rédaction du rapport, et si Daniel était présent avant la clôture de l’intervention, aucun des deux ne nous a raconté toute la vérité.
Victoria regarda de nouveau l’image.
— Il y a autre chose.
— Quoi ?
Elle désigna l’arrière-plan.
Derrière les trois hommes, presque invisible dans le reflet d’une vitre, une quatrième silhouette apparaissait.
Une silhouette plus petite.
Une personne qui semblait observer la scène depuis l’intérieur du bâtiment.
Samuel agrandit la zone.
La silhouette tenait quelque chose dans sa main.
Un téléphone.
Et, juste au-dessus de la porte, une horloge indiquait l’heure.
22 h 46.
L’heure exacte à laquelle le témoignage original avait été consulté puis extrait des archives.
Samuel sentit une froide certitude s’installer en lui.
Cette photographie n’avait pas seulement été prise pour montrer qui était présent.
Elle avait été conservée pour prouver que quelqu’un savait ce qui allait arriver au dossier.
— Victoria, dit-il doucement, je vais devoir vous poser une question difficile.
— Posez-la.
— La personne à l’intérieur du bâtiment… est-ce qu’elle pourrait être quelqu’un que vous connaissiez ?
Victoria fixa l’écran.
Elle observa le visage flou, la position de la main, la forme du manteau.
Puis elle se mit à trembler.
— Non, murmura-t-elle.
— Victoria ?
Elle recula d’un pas.
— Ce n’est pas possible.
— Qui est-ce ?
Elle ne parvenait plus à respirer normalement.
Car elle venait de reconnaître la montre au poignet de la silhouette.
Une montre qu’elle avait elle-même offerte à quelqu’un plusieurs années auparavant.
Quelqu’un qui lui avait juré, la veille de l’intervention, qu’il ne serait jamais impliqué dans cette affaire.
Son frère.
À 10 h 18, Samuel arriva devant l’ancienne résidence de Marcus Hale.
L’immeuble était situé dans une rue calme, à l’écart du centre-ville. Les rideaux du rez-de-chaussée étaient tirés. Une boîte aux lettres débordait de courriers.
Samuel frappa trois fois.
Aucune réponse.
Il frappa de nouveau.
Cette fois, un bruit se fit entendre derrière la porte.
— Qui est là ?
— Samuel Reed. Nous devons parler.
Le silence dura plusieurs secondes.
Puis la serrure tourna.
Marcus apparut dans l’entrebâillement. Il semblait n’avoir pas dormi depuis plusieurs nuits. Ses yeux étaient rouges et son visage avait perdu la couleur qu’il avait lors de leur dernier entretien.
Lorsqu’il vit Samuel, il ne parut ni surpris ni en colère.
Il parut soulagé.
— Vous avez retrouvé la photographie, dit-il.
Samuel ne bougea pas.
— Comment savez-vous qu’il y a une photographie ?
Marcus baissa les yeux.
Il venait de comprendre son erreur.
— Je ne sais pas.
— Vous venez de me dire que je l’avais retrouvée.
Marcus tenta de refermer la porte, mais Samuel posa sa main contre le battant.
— Nous devons parler de Daniel Brooks. De Robert Mitchell. Et de la déclaration originale de Victoria.
Marcus regarda la rue derrière lui.
— Entrez.
À l’intérieur, les meubles étaient recouverts de draps. Plusieurs cartons s’empilaient près du mur. Sur la table de la cuisine, Samuel remarqua une enveloppe brune et un billet de train.
— Vous partez ? demanda-t-il.
— Je pensais que ce serait plus prudent.
— Pour qui ?
Marcus ne répondit pas.
Samuel sortit la photographie et la posa sur la table.
Marcus la regarda à peine.
— Vous savez ce qu’elle montre, dit Samuel.
— Oui.
— Alors expliquez-moi pourquoi vous avez nié avoir rencontré Victoria cette nuit-là.
Marcus s’assit lourdement.
— Parce qu’on m’avait dit que ma présence n’était pas pertinente.
— Qui vous l’a dit ?
— Daniel.
Samuel sentit sa mâchoire se contracter.
— Et vous l’avez cru ?
— À l’époque, Daniel était mon supérieur indirect. Il avait de l’influence. Il m’a expliqué que la situation était déjà compliquée et que toute mention de ma présence risquait de déclencher une enquête parallèle.
— Une enquête sur quoi ?
Marcus se frotta le visage.
— Sur ce qui s’est passé avant l’intervention.
— Soyez plus précis.
Marcus regarda la photographie.
— Cette nuit-là, nous n’étions pas censés intervenir à cet endroit.
Samuel ne dit rien.
— L’ordre initial concernait une autre adresse, continua Marcus. Puis un appel est arrivé. Une demande de changement de destination. Le message indiquait qu’une personne se trouvait en danger immédiat dans le bâtiment où Victoria a été retrouvée.
— Qui a transmis cet ordre ?
Marcus avala difficilement sa salive.
— C’est ce que je n’ai jamais pu établir.
— Vous étiez responsable de la coordination.
— J’ai reçu une instruction validée par le système. Elle portait les bons codes. Je n’avais aucune raison de penser qu’elle était irrégulière.
— Et après l’intervention ?
Marcus baissa la tête.
— Daniel est arrivé. Il a parlé aux agents. Puis Mitchell m’a appelé le lendemain matin.
Samuel se pencha en avant.
— Que vous a-t-il demandé ?
— De confirmer que le changement d’adresse avait été autorisé selon la procédure.
— Était-ce le cas ?
Marcus resta silencieux.
Samuel répéta la question.
— Était-ce le cas ?
— Je n’en sais rien.
— Vous avez signé un rapport affirmant que tout avait été correctement validé.
Marcus releva enfin les yeux.
— Parce que j’avais reçu un document qui disait que la validation avait eu lieu.
— Qui vous a donné ce document ?
— Daniel.
Samuel sentit le puzzle se resserrer.
— Et l’enveloppe sur la photographie ?
Marcus regarda la table.
— Elle contenait une copie de l’ordre de déplacement.
— L’original ?
— Je ne l’ai jamais vu.
— Vous mentez.
Marcus se leva brusquement.
— Vous pensez que je ne sais pas ce que j’ai fait ? Vous pensez que je ne me suis pas posé cette question chaque nuit depuis huit ans ?
Il fit quelques pas dans la pièce.
— J’ai signé ce rapport. Je l’ai fait parce que j’avais peur de perdre mon poste, ma pension, tout ce que j’avais construit. Je me suis convaincu que je ne faisais que suivre une procédure. Mais j’ai vu ce qui est arrivé à Victoria. J’ai vu sa vie se détruire pendant que nous répétions tous la même version.
Sa voix se brisa.
— Je me suis dit que quelqu’un finirait par corriger les choses.
— Et vous avez attendu huit ans.
— Oui.
Le mot resta suspendu entre eux.
Samuel ne détourna pas le regard.
— Qui est la quatrième personne sur la photographie ?
Marcus pâlit.
— Vous l’avez reconnue ?
— Victoria pense qu’il s’agit de son frère.
Marcus ferma les yeux.
Lorsqu’il les rouvrit, son expression avait changé.
— Alors il est encore en vie.
Samuel se redressa.
— Vous saviez qu’il était présent ?
— Je savais qu’il avait accès au bâtiment. Je ne savais pas qu’il était là cette nuit-là.
— Pourquoi avez-vous dit : « Alors il est encore en vie » ?
Marcus se tut.
Samuel contourna la table.
— Marcus, écoutez-moi. Vous ne pouvez plus choisir les morceaux de vérité que vous êtes prêt à nous donner. Qui est le frère de Victoria ?
Marcus regarda la porte d’entrée.
Puis la fenêtre.
Puis l’enveloppe brune sur la table.
Enfin, il murmura :
— Il ne s’appelle pas comme vous le pensez.
Samuel fronça les sourcils.
— Que voulez-vous dire ?
Marcus glissa la main dans sa poche et en sortit une petite clé.
— Le témoignage original n’est pas dans les archives. Mitchell en a fait une copie, mais il ne l’a jamais gardée. Daniel l’a récupérée, puis il l’a confiée à la seule personne dont personne n’aurait jamais soupçonné l’existence dans cette affaire.
Il posa la clé devant Samuel.
— Cette clé ouvre un casier dans une ancienne gare routière. À l’intérieur, vous trouverez un carnet, une clé USB et une liste de noms.
— Quels noms ?
Marcus releva les yeux.
— Les personnes qui ont autorisé le changement d’adresse. Celles qui ont modifié le rapport. Et celles qui ont décidé que Victoria devait porter la responsabilité de ce qui s’était passé.
Samuel prit la clé.
— Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt ?
Marcus eut un sourire amer.
— Parce que la dernière personne qui a essayé de remettre ce carnet à la police a disparu.
Le téléphone de Samuel vibra.
Un message de Victoria venait d’arriver.
« Samuel, mon frère vient de m’appeler. Il dit qu’il sait qui m’a envoyé la photographie. Il veut me voir seule ce soir. »
Samuel releva brusquement la tête.
— Vous connaissez le numéro de son frère ?
Marcus hocha lentement la tête.
Samuel lui montra le message.
Marcus lut les mots, puis devint livide.
— Ne la laissez surtout pas y aller.
— Pourquoi ?
Marcus recula jusqu’au mur.
— Parce que le frère de Victoria est mort il y a huit ans.
Samuel fixa l’écran.
Le message était toujours là.
Le numéro était réel.
Et, au bas de l’écran, un second message venait d’apparaître.
« Si tu veux enfin savoir ce qui s’est passé cette nuit-là, viens sans Samuel. Il ne doit jamais découvrir ce que j’ai fait. »
Samuel appela Victoria immédiatement.
Pas de réponse.
Il rappela.
Toujours rien.
Puis il reçut une dernière notification.
Une photographie, envoyée depuis le même numéro.
On y voyait Victoria, filmée à travers la fenêtre de son propre appartement.
Elle était debout près de la porte, son manteau à la main.
Derrière elle, dans le reflet du miroir, une silhouette se tenait dans le couloir.
Quelqu’un était déjà entré chez elle.
Samuel bondit vers la sortie.
Et, pour la première fois depuis le début de l’enquête, il comprit que le danger ne venait peut-être pas des personnes qui voulaient cacher la vérité.
Il venait de quelqu’un qui avait attendu huit ans pour que Victoria la découvre….
CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE DE LA FIN DE L’HISTOIRE – PARTIE 👉 (7) : – Deux agents de la police de la circulation ont arrêté une jeune femme sans raison, l’ont poussée contre sa voiture et lui ont passé les menottes de force.