PARTIE 9 : « Ma famille m’a envoyé au garage — puis les soldats m’ont salué. »

PARTIE 9 — LE PISTOLET POINTÉ SUR MON MARI

Le canon de l’arme était dirigé vers la poitrine de David.
Pendant quelques secondes, personne ne bougea.
Les soldats avaient leurs armes levées, mais aucun n’osait tirer. Richard se tenait au milieu de la chapelle, le visage déformé par une colère que je ne lui avais jamais vue.
— Baisse cette arme ! cria David.
Richard eut un rire nerveux.
— Tu me donnes encore des ordres ? Après tout ce que j’ai fait pour toi ?
Je me plaçai instinctivement devant David.
— Si tu veux lui tirer dessus, tu devras d’abord me passer sur le corps.
— Écarte-toi, répondit Richard.
— Non !
David m’attrapa doucement par le bras.
— Recule, mon amour.
— Je ne vais pas te laisser mourir une deuxième fois !
Richard secoua la tête.
— Voilà exactement le problème. Vous continuez tous à croire que cette histoire concerne votre mariage, votre famille ou votre enfant.
Il pointa son arme vers le sol.
— Cette histoire concerne quelque chose de beaucoup plus grand.
Michael réapparut près de l’entrée latérale. Il avait une blessure au front, mais tenait toujours debout.
— Richard, arrête. Tu ne peux plus contrôler ce qui va arriver.
Richard se retourna.
— Toi, tu aurais dû rester mort.
Michael sourit tristement.
— Tu as essayé de me faire disparaître deux fois. La troisième ne fonctionnera pas davantage.
Je regardai les deux hommes.
— Assez ! Je veux savoir ce qui se passe !
Richard me fixa.

 

 

 

— Tu veux la vérité ? Très bien. Demande à Michael pourquoi ta mère biologique a disparu. Demande-lui pourquoi ton mari a reçu l’ordre de te surveiller. Et demande-lui pourquoi ton frère Thomas a été déclaré mort.

Mon cœur se serra.

— Thomas est vivant. Je le sais déjà.

Richard éclata de rire.

— Tu crois qu’il est vivant parce que tu l’as vu ? Tu ne sais même pas qui est réellement Thomas.

David pâlit.

— Richard, ne fais pas ça.

— Oh, mais si. Elle mérite de savoir.

Richard sortit un petit appareil de sa poche et appuya sur un bouton.

Un écran installé derrière l’autel s’alluma.

Une vidéo commença.

J’y reconnus un couloir d’hôpital. Une infirmière poussait un berceau. Une femme marchait à ses côtés, le visage dissimulé par un foulard.

Puis l’image s’arrêta sur une porte.

Une inscription apparaissait clairement :

SERVICE DE MATERNITÉ — 17 NOVEMBRE — 32 ANS PLUS TÔT.

La caméra changea d’angle.

On voyait maintenant trois hommes entrer dans la chambre.

L’un d’eux était Michael.

Le deuxième était Richard.

Et le troisième…

Je cessai de respirer.

C’était David.

Mais il avait l’air beaucoup plus jeune.

— Non… murmurai-je.

David détourna les yeux.

— Je peux expliquer.

Je reculai.

— Tu étais là le jour de ma naissance ?

Il resta silencieux.

— David, réponds-moi !

— Oui.

Je sentis mes jambes trembler.

— Tu savais donc depuis le début ?

Il fit un pas vers moi.

— Pas tout. Je ne connaissais pas toute l’histoire.

Richard intervint :

— Il en savait suffisamment pour accepter sa mission.

Je me tournai vers mon mari.

— Quelle mission ?

David ferma les yeux.

— Te retrouver.

— Pourquoi ?

— Parce que Catherine avait disparu avec toi.

Je regardai Michael.

— Tu m’as donc enlevée ?

Son visage se décomposa.

— Non. Je t’ai sauvée.

— De qui ?

Il regarda Richard.

— De lui.

Richard leva son arme.

— Mensonge !

Mais avant qu’il puisse continuer, une détonation retentit.

L’arme tomba de sa main.

Un soldat venait de tirer dans son bras.

Richard s’effondra sur un genou, hurlant de douleur.

Deux militaires se précipitèrent pour le maîtriser.

David me prit dans ses bras.

— Tu vas bien ?

Je le repoussai doucement.

— Ne me touche pas encore.

Il resta immobile.

Je ne savais plus quoi penser. L’homme que j’aimais m’avait caché des vérités pendant des années. Pourtant, il venait de risquer sa vie pour me protéger.

Et je ne savais plus où se trouvait la frontière entre l’amour et le mensonge.

Quelques minutes plus tard, nous étions dans une pièce sécurisée sous la chapelle.

Le colonel Morgan entra avec un ordinateur portable.

— Nous avons récupéré les communications de Richard, annonça-t-il.

Il posa l’appareil sur la table.

— Il n’agissait pas seul.

Michael s’assit lentement.

— Je sais.

Morgan ouvrit un fichier.

Une liste de noms apparut à l’écran.

Certains étaient barrés en rouge.

D’autres étaient accompagnés de la mention : LOCALISATION INCONNUE.

Je reconnus plusieurs noms des anciens dossiers d’Eclipse.

Puis je vis le mien.

ÉLÉNA ANDREWS — SUJET 17.

Sous mon nom, une nouvelle ligne avait été ajoutée :

STATUT : ACTIVATION AUTORISÉE.

— Qu’est-ce que cela signifie ? demandai-je.

Morgan hésita.

— Nous pensons que quelqu’un cherche à réactiver le programme.

— Quel programme ?

Michael prit la parole.

— Le programme qui a changé ton identité.

Je le regardai.

— Pourquoi moi ?

Il sortit un petit disque métallique de sa poche.

— Parce que ta mère biologique avait découvert quelque chose que personne ne devait connaître.

Il le posa sur la table.

— Elle avait une preuve. Une preuve que certains hauts responsables ont détourné des fonds, organisé des opérations illégales et fait disparaître des témoins pendant plusieurs décennies.

— Et cette preuve est où ?

Michael me fixa.

— Dans ton dossier médical de naissance.

Je fronçai les sourcils.

— Mon dossier médical ?

— Catherine l’a cachée avant de disparaître. Elle savait que personne ne chercherait une preuve militaire dans les archives d’un hôpital.

Morgan se redressa.

— Nous avons déjà vérifié les archives officielles. Le dossier a disparu.

Michael secoua la tête.

— Vous avez cherché au mauvais endroit.

Il se tourna vers moi.

— Il existe un deuxième hôpital. Celui où tu as réellement été enregistrée.

Je sentis un frisson me parcourir.

— Où ?

Il écrivit une adresse sur un morceau de papier.

C’était un ancien établissement abandonné à plusieurs heures de route.

David lut l’adresse.

Son visage changea.

— On ne peut pas y aller.

— Pourquoi ? demandai-je.

— Parce que c’est là que notre unité a perdu trois hommes.

Morgan se leva immédiatement.

— Colonel Hayes, vous auriez dû nous signaler ça.

David fixa l’écran.

— Je pensais que cet endroit avait été détruit.

Michael eut un rire sans joie.

— Il ne l’a jamais été.

Puis il se pencha vers moi.

— Et il y a autre chose que tu dois savoir.

— Quoi encore ?

Il inspira profondément.

— Catherine n’a pas seulement caché ta naissance. Elle a aussi laissé un message pour toi.

— Quel message ?

Michael sortit une petite clé argentée.

— Elle m’a demandé de ne te la remettre que lorsque tu serais enceinte.

Je restai figée.

Ma main se posa instinctivement sur mon ventre.

— Comment savait-elle que je serais enceinte ?

Michael baissa la voix.

— Parce que ton enfant est également mentionné dans le dossier.

David se leva brusquement.

— Non. Pas question.

Je le regardai.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

Il passa une main sur son visage.

— Il faut que tu comprennes quelque chose. Les gens qui ont créé Eclipse ne voulaient pas seulement retrouver Catherine. Ils voulaient contrôler tout ce qu’elle avait découvert.

— Et mon bébé ?

David ne répondit pas.

Michael prit la clé et la glissa dans ma main.

— Ton enfant n’est pas une partie du programme. Mais quelqu’un a déjà inscrit son nom dans les fichiers.

Je sentis mes doigts devenir glacés.

— Son nom ? Mais nous ne lui en avons pas encore donné !

Morgan se précipita vers l’ordinateur.

Il ouvrit un nouveau dossier.

Quelques secondes plus tard, une photographie apparut.

C’était une échographie.

La mienne.

Je reconnus immédiatement la date du rendez-vous médical.

Sous l’image, une ligne était affichée :

SUJET 18 — DESCENDANCE CONFIRMÉE — SURVEILLANCE AUTORISÉE.

Je me levai si brusquement que ma chaise tomba.

— Qui a pris cette image ?

Morgan ne répondit pas.

David s’approcha de l’écran.

— C’est impossible. Ce dossier n’était pas connecté au réseau militaire.

Michael regarda la porte.

— Alors quelqu’un est déjà à l’intérieur.

À cet instant, le téléphone du colonel Morgan sonna.

Il répondit.

Son visage changea en quelques secondes.

— Répétez, s’il vous plaît…

Un silence.

Puis il raccrocha.

— Nous avons un problème.

— Lequel ? demanda David.

Morgan regarda directement Michael.

— L’homme que nous pensions être Thomas vient d’être retrouvé.

Je retins mon souffle.

— Où ?

— À l’ancien hôpital.

— Il est vivant ?

Morgan hocha la tête.

— Oui. Mais il n’est pas seul.

Il fit pivoter l’écran.

Une nouvelle photographie apparut.

Thomas se tenait devant l’entrée de l’établissement, accompagné d’une femme âgée.

La femme portait un manteau sombre et regardait directement la caméra.

Je reconnus ses yeux.

Je reconnus sa bouche.

Je reconnus ce visage que je n’avais jamais vu autrement que sur une photographie.

Ma mère biologique.

Catherine.

Sous l’image, un message avait été ajouté :

« ÉLÉNA, SI TU VOIS CETTE PHOTO, C’EST QUE MICHAEL A ÉCHOUÉ. NE VIENS PAS ME CHERCHER. TON FRÈRE SAIT DÉJÀ QUI TU ES. »

Je regardai Michael.

— Pourquoi ma mère dit-elle que tu as échoué ?

Il baissa les yeux.

Puis il prononça une phrase qui me glaça le sang :

— Parce que je ne suis pas ton véritable père biologique.

Un silence absolu envahit la pièce.

— Quoi ?

Michael essuya ses larmes.

— J’ai accepté de porter ce mensonge pour te protéger. Ton véritable père est l’homme qui a créé l’opération Eclipse.

Je secouai la tête.

— Qui est-ce ?

Michael me regarda droit dans les yeux.

— C’est l’homme que David appelle encore… Général.

David recula d’un pas.

— Non…

Michael hocha lentement la tête.

— Le général Richard Caldwell n’était qu’un exécutant.

Il marqua une pause.

— Le véritable chef d’Eclipse est toujours vivant.

Puis il ajouta :

— Et c’est lui qui a élevé Thomas.

Mon téléphone vibra une nouvelle fois.

Un message venait d’arriver d’un numéro inconnu.

« Bonjour, ma fille. Il est temps que nous nous rencontrions. Papa. »

Je fixai l’écran, incapable de parler.

Puis un deuxième message apparut.

« Amène ton mari. Je veux voir l’homme qui a reçu l’ordre de te tuer… et qui a finalement choisi de t’aimer. »

David ferma les yeux.

Je compris alors que notre histoire venait de prendre un tournant dont aucun de nous ne pourrait revenir.

FIN DE LA PARTIE 9

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