PARTIE 7
Je n’avais jamais conduit aussi vite de ma vie.
Claire était assise à côté de moi, le téléphone à la main, tandis que deux voitures de police nous suivaient à distance.
L’ancien hôpital apparaissait au bout de la rue.
Le même bâtiment où Daisy était née.
Le même endroit où, trois ans plus tôt, toute cette histoire avait commencé.
Je serrais le volant si fort que mes doigts me faisaient mal.
« Ils ne vont pas lui faire de mal », répétait Claire.
Mais sa voix tremblait.
Elle essayait de me rassurer autant qu’elle essayait de se convaincre elle-même.
Lorsque nous sommes arrivées devant l’hôpital, les policiers nous ont demandé d’attendre.
Je n’en étais pas capable.
« Ma fille est là-dedans ! »
« Madame, nous devons sécuriser le bâtiment. »
« C’est mon enfant ! »
Claire me prit par les épaules.
« Valérie, écoute-les. Si Mitchell a préparé quelque chose, nous devons savoir où il est avant d’entrer. »
Je fermai les yeux.
Puis je remarquai quelque chose.
Une fenêtre au troisième étage.
La lumière était allumée.
Je montrai la fenêtre.
« C’était l’ancien service de maternité. »
Un policier regarda dans la même direction.
« Le bâtiment est officiellement fermé depuis deux ans. »
Je me tournai vers lui.
« Alors pourquoi quelqu’un est-il là-haut ? »
Il ne répondit pas.
Deux agents entrèrent par la porte principale.
Nous attendîmes quelques minutes.
Puis leur radio grésilla.
« Premier étage sécurisé. »
Quelques secondes plus tard :
« Deuxième étage sécurisé. »
Puis plus rien.
Je sentis mon cœur accélérer.
« Pourquoi ils ne répondent plus ? »
Claire regarda sa montre.
« Attends. »
Une minute.
Puis deux.
Enfin, la radio retentit.
« Troisième étage… personne. »
Je regardai la fenêtre.
La lumière venait de s’éteindre.
« Il est parti », murmurai-je.
Puis un policier sortit du bâtiment avec une enveloppe.
« Madame Carter ? »
Je m’approchai.
« Oui ? »
« Nous avons trouvé ceci dans une ancienne salle d’archives. »
Mon nom était écrit dessus.
VALÉRIE CARTER.
J’ouvris l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvait une clé.
Et un morceau de papier.
Une seule phrase :
« Chambre 317. »
Nous sommes remontés au troisième étage.
La chambre 317 se trouvait au bout d’un long couloir.
La porte était verrouillée.
La clé fonctionna.
La pièce était presque vide.
Un vieux bureau.
Une chaise.
Un classeur.
Et, sur le mur…
des photographies.
Des dizaines de photographies.
Daisy.
Daisy bébé.
Daisy à six mois.
Daisy à un an.
Daisy à deux ans.
Daisy dans le jardin.
Daisy à la crèche.
Daisy dormant.
Daisy jouant.
Quelqu’un la surveillait depuis des années.
Je sentis mes jambes trembler.
Claire s’approcha du mur.
« Valérie… »
Elle désigna une photo.
On y voyait Daisy avec Béatrice.
La photo avait été prise le jour de son premier anniversaire.
Au dos était écrit :
« Phase 1 terminée. »
Une autre :
« Phase 2 : obtenir la confiance de l’enfant. »
Puis :
« Phase 3 : isoler la mère. »
Je me sentis malade.
« Ils planifiaient tout ça depuis des années. »
Claire ne répondit pas.
Elle venait de trouver un autre dossier.
Elle l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient des relevés bancaires.
Des contrats.
Des photographies.
Et une liste de noms.
Certains étaient barrés.
D’autres étaient entourés.
Puis j’ai vu mon propre nom.
À côté :
« Risque élevé — ne pas éliminer. »
Je reculai.
« Éliminer ? »
Claire prit le document.
« Ne touche à rien. »
Mais je n’arrivais plus à respirer.
« Ils parlaient de moi comme si j’étais un problème à résoudre. »
Un policier photographiait les documents.
Puis il trouva un petit enregistreur audio.
Il appuya sur lecture.
La voix de Mitchell remplit la pièce.
« Elle ne doit jamais savoir que Daisy est liée à Ethan. »
Une deuxième voix répondit.
Celle de Béatrice.
« Et si elle découvre le dossier ? »
Mitchell :
« Alors Brenda prendra le relais. »
Béatrice :
« Et si Brenda échoue ? »
Silence.
Puis Mitchell :
« Alors nous utiliserons Daisy. »
Je fermai les yeux.
Claire murmura :
« Ils ont enregistré leur propre plan. »
L’enregistrement continua.
« Elle pense que je l’ai épousée par amour », disait Mitchell.
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
Puis il ajouta :
« Et c’est peut-être devenu vrai. »
Un long silence.
Béatrice répondit :
« Les sentiments ne changent rien. Tu sais pourquoi ce mariage a été nécessaire. »
Mitchell :
« Je sais. »
Béatrice :
« Si Valérie apprend qui est le père de Daisy, elle cherchera Ethan. »
Mitchell :
« Elle ne le trouvera pas. »
Béatrice :
« Et si elle le trouve ? »
Mitchell :
« Alors Ethan disparaîtra pour de bon. »
L’enregistrement s’arrêta.
Je regardai Claire.
« Ils voulaient tuer Ethan ? »
Elle secoua la tête.
« Je ne sais pas. »
Puis un policier trouva quelque chose derrière le bureau.
Un petit compartiment caché.
À l’intérieur se trouvait un téléphone.
Il n’avait qu’un seul contact enregistré.
Ethan.
Le policier essaya de l’appeler.
Le téléphone sonna.
Une fois.
Deux fois.
Puis quelqu’un décrocha.
« Allô ? »
Je me précipitai vers l’appareil.
« Ethan ? »
Silence.
Puis une voix masculine répondit :
« Valérie ? »
Je fermai les yeux.
C’était lui.
Il était vivant.
« Où est Daisy ? »
Il répondit :
« Je ne sais pas. »
« Mitchell l’a emmenée. »
Silence.
Puis Ethan dit :
« Alors il est passé à l’étape finale. »
Je sentis mon cœur se serrer.
« Quelle étape finale ? »
« Celle qu’ils avaient prévue depuis le début. »
« Ethan, explique-moi ! »
Il inspira profondément.
« Daisy n’était jamais censée être une victime. »
Je ne comprenais pas.
« Alors quoi ? »
« Elle devait être une preuve. »
Je fronçai les sourcils.
« Une preuve de quoi ? »
« De ce que mon père avait fait. »
Je regardai Claire.
Ethan continua :
« Mon père avait détourné des millions de dollars par l’intermédiaire de plusieurs sociétés. Il utilisait les identités de personnes mortes ou disparues. »
« Quel rapport avec Daisy ? »
« Le jour de sa naissance, il devait transférer une somme énorme sur un compte secret. »
« Et ? »
« Le compte était lié à l’identité d’un enfant. »
Je sentis ma gorge se serrer.
« Daisy ? »
« Non. Emily. »
Je me rappelai la photographie des deux bébés.
Ethan continua :
« Emily était la petite-fille que mon père voulait utiliser comme couverture. »
« Mais pourquoi Daisy a-t-elle été impliquée ? »
« Parce que Sarah a découvert le plan. »
Je compris.
« Elle a changé les dossiers pour protéger Emily. »
« Oui. »
« Alors pourquoi Daisy a-t-elle été emportée avec Mitchell ? »
Ethan hésita.
« Parce que Mitchell a fait un choix. »
« Quel choix ? »
« Il devait sauver une seule enfant. »
Je ne respirais plus.
« Et il a choisi Daisy. »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Ethan resta silencieux.
Puis il dit :
« Parce que Daisy était ta fille. »
Je ne comprenais toujours pas.
« Qu’est-ce que ça changeait ? »
Sa voix devint plus douce.
« Parce que Mitchell savait que tu ne laisserais jamais tomber ta fille. »
Je sentis une douleur immense dans ma poitrine.
Tout ce mariage.
Toutes ces années.
Les mensonges.
Les manipulations.
Peut-être que tout avait commencé avec une décision prise le soir de la naissance de Daisy.
Mais je devais savoir quelque chose.
« Ethan… pourquoi as-tu disparu ? »
Long silence.
Puis il répondit :
« Parce que j’ai essayé de révéler la vérité. »
« Et ? »
« Ils ont fait croire que j’étais mort. »
Je me tournai vers Raymond.
Il avait entendu.
Son visage était dévasté.
« Qui ? » demandai-je.
Ethan répondit :
« Béatrice. »
Je regardai mon beau-père.
Il baissa la tête.
« Elle savait tout. »
Je sentis la colère monter.
« Et toi, Raymond ? »
Il murmura :
« J’ai essayé de l’arrêter. »
« Alors pourquoi n’as-tu rien dit ? »
Il avait les yeux remplis de larmes.
« Parce que j’avais peur pour mes enfants. »
« Tes enfants ? »
Il regarda Brenda.
Puis Mitchell.
« Tous les deux. »
Je restai silencieuse.
Brenda était donc elle aussi prisonnière de cette histoire.
Pas seulement complice.
Peut-être victime.
Puis Ethan parla à nouveau.
« Valérie, écoute-moi. »
« Oui. »
« Mitchell ne t’a pas emmenée à l’hôpital pour te piéger. »
Je fronçai les sourcils.
« Alors pourquoi m’a-t-il demandé de venir ? »
« Parce qu’il voulait te montrer quelque chose. »
« Quoi ? »
« Le dossier original. »
« Où est-il ? »
« Dans une pièce secrète sous l’ancien service de maternité. »
Je regardai autour de moi.
« Nous sommes déjà dans l’ancien service. »
Ethan répondit :
« Pas dans la bonne pièce. »
« Où ? »
Il me donna un numéro.
Sous-sol B.
Puis il ajouta :
« Mais fais attention. »
« Pourquoi ? »
Sa voix devint presque un murmure.
« Parce que Mitchell n’est peut-être pas celui qui a pris Daisy. »
Je me figeai.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Quand j’ai appelé Mitchell il y a vingt minutes, il m’a dit qu’il n’avait pas Daisy. »
Mon cœur s’arrêta.
« Alors où est-elle ? »
Ethan répondit :
« Je ne sais pas. »
Je me tournai vers Claire.
« Nous devons aller au sous-sol. »
Les policiers refusèrent d’abord.
Mais lorsqu’ils entendirent la conversation, ils décidèrent de vérifier.
Nous avons descendu l’escalier.
Le sous-sol était plongé dans l’obscurité.
Une odeur de poussière et d’humidité flottait dans l’air.
Au fond du couloir se trouvait une porte métallique.
Le numéro B était presque effacé.
Un policier força la serrure.
La porte s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une petite pièce.
Un vieux bureau.
Des dossiers.
Et une chaise pour enfant.
Sur la chaise reposait le lapin en peluche de Daisy.
Je me précipitai vers lui.
« Daisy ! »
Mais personne ne répondit.
Puis j’ai vu quelque chose sur le bureau.
Une feuille.
Avec mon nom.
Et sous mon nom :
« La vérité sera révélée à 23 h 59. »
Il était 23 h 42.
Dix-sept minutes.
Claire regarda l’horloge.
« Valérie… qu’est-ce qui se passe à minuit ? »
Je ne savais pas.
Puis un écran s’alluma au fond de la pièce.
Une vidéo démarra automatiquement.
Mitchell apparut.
Il avait Daisy dans les bras.
Elle était consciente.
Elle n’était pas blessée.
Mais derrière lui se trouvait une autre personne.
Une femme.
Je reconnus immédiatement son visage.
C’était la femme de la vieille photographie.
La mère d’Emily.
La sœur de Mitchell.
Laura Whitmore.
Mais Laura était censée être morte depuis trois ans.
Elle regarda directement la caméra.
Puis elle dit :
« Valérie, si tu regardes cette vidéo, c’est que tout a échoué. »
Je retins mon souffle.
Elle poursuivit :
« Je suis désolée pour tout ce que tu as vécu. Mais il y a une chose que tu dois savoir avant minuit. »
Elle serra Daisy contre elle.
Puis elle prononça :
« Daisy n’est pas la fille que tu crois avoir sauvée. C’est la fille que je t’ai confiée. »
L’écran devint noir.
Puis une dernière phrase apparut :
« Et demain matin, tout le pays saura pourquoi. »
Je regardai Claire.
Elle était aussi bouleversée que moi.
Puis mon téléphone vibra.
Un message d’un numéro inconnu.
« 23 h 59 approche. »
Puis un deuxième.
« Si vous voulez revoir Daisy, venez seule. »
Et enfin un troisième message :
« Cette fois, ne faites confiance à personne. Même pas à Claire. »
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