À 15 h 18, Samuel Reed reçut enfin la confirmation qu’il attendait.
Le troisième fichier avait été localisé.
Mais avant même que le technicien puisse lui expliquer ce qu’il contenait, Samuel remarqua un détail étrange dans le registre d’archivage : le document avait été associé à une référence administrative qui ne correspondait à aucun des numéros mentionnés dans le rapport officiel.
Il s’approcha de l’écran.
« Depuis combien de temps cette référence existe-t-elle ? »
Le technicien consulta les données.
« Elle apparaît dans le système depuis le jour de l’intervention. Mais son emplacement a changé à plusieurs reprises. Nous vérifions encore si ces déplacements étaient automatiques ou s’ils résultaient d’actions effectuées par des utilisateurs. »
Samuel croisa les bras.
« Et le contenu ? »
« Nous avons récupéré une partie du fichier. Il semble s’agir d’un enregistrement audio associé à une caméra embarquée. »
Samuel se redressa.
Un enregistrement audio pouvait fournir des informations que les images seules ne permettaient pas de comprendre.
Il demanda immédiatement que le fichier soit préservé et que son authenticité soit examinée avant toute interprétation.
Puis il appela le responsable de l’équipe indépendante.
« Nous avons un troisième élément. Je pense que nous devons suspendre toute conclusion concernant la responsabilité des personnes impliquées jusqu’à ce que nous ayons examiné l’ensemble des documents. »
À l’autre bout du fil, son collègue répondit :
« Je suis d’accord. Mais nous devons aussi entendre les personnes dont les noms apparaissent dans les nouvelles références. »
Samuel regarda l’écran.
« Nous allons le faire. »
Il ignorait encore que cet enregistrement allait révéler une conversation qui n’aurait jamais dû être absente du dossier.
Et surtout, il ne savait pas que la personne qui y prenait la parole connaissait parfaitement les règles de procédure.
À 16 heures, l’équipe technique lança la copie de travail du fichier audio.
Au début, on n’entendait que des bruits de moteur, des portières et des voix indistinctes.
Puis une voix masculine devint clairement audible.
« Vous avez bien reçu les instructions ? »
Une deuxième voix répondit :
« Oui. Nous avons terminé le rapport. »
« Ce n’est pas ce que je vous ai demandé. Je vous demande si vous avez compris ce qu’il faut faire maintenant. »
Un silence suivit.
Puis le premier homme reprit :
« Le dossier doit être transmis avant la fin de la journée. Je ne veux pas qu’il reste dans votre système jusqu’à demain. »
Le technicien arrêta la lecture.
Samuel le regarda.
« Pourquoi avez-vous arrêté ? »
« Je veux vérifier une chose. La première voix semble correspondre à celle d’une personne déjà entendue dans l’autre enregistrement. Mais je préfère comparer les séquences avant de l’affirmer. »
Samuel acquiesça.
Le technicien effectua plusieurs vérifications, puis relança le fichier.
Cette fois, l’équipe entendit la conversation jusqu’à son terme.
La première voix reprit :
« Si quelqu’un demande pourquoi certaines informations ne figurent pas dans le rapport, vous répondrez que vous n’avez pas pu les confirmer sur le terrain. Vous ne devez rien inventer. Vous devez simplement vous en tenir à la version enregistrée dans le système. »
La deuxième voix hésita.
« Mais nous avons vu ce qui s’est passé. »
« Je sais ce que vous avez vu. »
« Alors pourquoi ne pas le mentionner ? »
Un long silence.
Puis la première voix répondit :
« Parce que vous ne connaissez pas toutes les conséquences que cela pourrait avoir. »
Samuel se pencha vers l’écran.
La conversation continuait.
« Vous nous demandez de laisser des informations de côté », dit le second homme.
« Je vous demande de suivre la procédure administrative. Le rapport a déjà été préparé. Si vous estimez qu’il contient une erreur, vous pouvez la signaler par la voie officielle. Mais vous ne devez pas modifier vous-mêmes un document sans autorisation. »
Le technicien suspendit la lecture une nouvelle fois.
Samuel fronça les sourcils.
« Cette personne parle de suivre la procédure, mais elle semble également connaître des éléments qui ne figurent pas dans le rapport. Nous devons déterminer qui elle est et dans quel contexte ces paroles ont été prononcées. »
Il demanda que la transcription soit vérifiée mot à mot.
Il ne voulait pas qu’une phrase isolée soit utilisée pour tirer une conclusion que l’ensemble de la conversation ne permettrait pas de soutenir.
Mais une question s’imposait déjà.
Si cette personne voulait simplement que les agents respectent les procédures, pourquoi le rapport final ne mentionnait-il pas cette conversation ?
Et pourquoi l’enregistrement avait-il été séparé des autres documents ?
À 17 h 12, Victoria reçut un appel de Samuel.
« Nous avons retrouvé un nouvel élément », lui annonça-t-il.
Elle se leva de son bureau.
« Est-ce que cela concerne la conversation entre Daniel et les deux agents ? »
« Pas directement. Il s’agit d’un enregistrement audio qui semble avoir été associé à la même intervention. Nous devons encore vérifier son authenticité et son contexte. »
Victoria ferma les yeux un instant.
« Avez-vous identifié la personne qui parle ? »
« Pas encore officiellement. »
« Est-ce que Daniel apparaît dans cet enregistrement ? »
Samuel marqua une pause.
« Je ne peux pas vous communiquer une interprétation provisoire. Ce que je peux vous dire, c’est que plusieurs personnes pourraient être concernées par les vérifications à venir. »
Victoria comprit qu’il ne pouvait pas lui en dire davantage.
« Très bien. Je resterai disponible si vous avez besoin d’une nouvelle déclaration. »
Avant de raccrocher, Samuel ajouta :
« Victoria, je sais que cette affaire est difficile pour vous. Mais je vous demande de ne pas essayer de relier vous-même tous les éléments. Certains documents peuvent sembler contradictoires sans l’être réellement. Nous devons examiner les sources originales. »
« Je comprends. »
Elle raccrocha.
Puis elle resta longtemps devant la fenêtre.
Elle pensait à Daniel, à son ancienne confiance en lui et à la façon dont il avait réagi lorsqu’elle lui avait annoncé que les documents seraient examinés.
Elle se souvenait d’une conversation, plusieurs années auparavant, au cours de laquelle il lui avait dit :
« Lorsque les faits semblent accuser quelqu’un que tu apprécies, ne cherche pas à le défendre avant d’avoir compris ce qui s’est passé. Mais ne cherche pas non plus à le condamner simplement parce que tu es déçue. »
À l’époque, elle avait trouvé ces mots sages.
Aujourd’hui, ils lui semblaient presque impossibles à appliquer.
Elle voulait croire que Daniel avait une explication raisonnable.
Mais elle ne pouvait pas ignorer les documents.
Elle devait accepter de ne pas savoir.
Et attendre.
Le lendemain matin, à 8 h 30, Samuel Reed reçut les premiers résultats de la comparaison des enregistrements.
La voix entendue dans le fichier audio correspondait probablement à celle de l’homme aperçu sur le deuxième fichier vidéo.
L’identité devait encore être confirmée par des moyens appropriés.
Mais le nom de cette personne apparaissait déjà dans les documents administratifs du dossier.
Il s’agissait de Marcus Hale, un ancien responsable de la coordination des interventions, qui avait quitté ses fonctions quelques mois après l’incident.
Samuel relut les informations.
Marcus Hale n’était pas l’un des deux policiers.
Il n’était pas non plus le responsable qui avait signé le rapport final.
Mais il avait occupé un poste qui lui donnait accès à plusieurs dossiers et lui permettait de communiquer avec les équipes opérationnelles.
Samuel demanda à son collègue de retrouver toutes les décisions administratives associées à son identifiant.
Quelques minutes plus tard, une autre anomalie apparut.
Le jour de l’intervention, Marcus avait consulté le dossier à plusieurs reprises.
Le lendemain, son identifiant apparaissait dans un historique d’accès lié à une modification du statut du rapport.
Cela ne prouvait pas qu’il avait modifié le contenu du document.
Cela ne prouvait pas non plus qu’il avait agi de manière inappropriée.
Mais cela signifiait qu’il devait être entendu.
Samuel organisa une convocation officielle.
La réponse arriva peu après.
Marcus Hale acceptait de se présenter.
Cependant, il avait demandé à recevoir une liste des sujets qui seraient abordés.
Samuel autorisa la transmission des informations qui pouvaient être communiquées conformément à la procédure.
Il ne voulait pas transformer l’entretien en confrontation.
Il voulait des réponses précises.
À 10 h 45, Marcus Hale entra dans la salle d’entretien.
C’était un homme grand, aux cheveux grisonnants, qui portait un costume sombre et une montre élégante.
Il salua les personnes présentes, s’assit et posa ses mains sur la table.
« Je comprends que vous souhaitiez discuter d’une ancienne intervention », dit-il.
Samuel ouvrit le dossier.
« Nous souhaitons comprendre votre rôle dans la gestion administrative du rapport et dans les communications qui ont suivi. »
Marcus acquiesça.
« J’ai supervisé de nombreux dossiers pendant cette période. Je ne me souviens pas de tous les détails. »
« Votre nom apparaît dans l’historique d’accès de ce dossier. »
« Cela ne me surprend pas. J’avais accès à plusieurs systèmes. »
Samuel lui montra une copie du formulaire.
« Reconnaissez-vous cette référence ? »
Marcus l’examina.
Son visage ne changea pas immédiatement.
Mais il posa le document avec une lenteur inhabituelle.
« Oui. »
« Pouvez-vous expliquer pourquoi votre identifiant apparaît dans l’historique de modification du statut du rapport ? »
Marcus prit une inspiration.
« Il était courant que des responsables consultent les dossiers pour vérifier leur progression. Une modification du statut ne signifie pas nécessairement qu’un document a été altéré. »
Samuel acquiesça.
« Nous sommes d’accord. C’est pourquoi nous vous demandons des explications avant de tirer une conclusion. »
Marcus se détendit légèrement.
Puis Samuel posa la question suivante.
« Étiez-vous présent sur les lieux de l’intervention ? »
Cette fois, Marcus ne répondit pas immédiatement.
Il regarda la photographie extraite de la vidéo.
Puis il releva les yeux.
« Oui. »
Samuel nota sa réponse.
« Pourquoi votre présence n’est-elle pas mentionnée dans le rapport ? »
Marcus joignit les mains.
« Je n’étais pas là pour participer à l’intervention elle-même. J’étais venu après avoir reçu un appel. »
« De qui ? »
« Je ne me souviens plus précisément. »
« Vous ne vous souvenez pas de la personne qui vous a demandé de vous rendre sur les lieux ? »
Marcus se redressa.
« C’était il y a un an. Je ne peux pas vous garantir que chaque détail de mon souvenir soit exact. Je préfère que vous consultiez les registres de communication. »
Samuel acquiesça.
« Nous le ferons. »
Il lui montra ensuite la transcription de l’enregistrement audio.
Marcus la lut en silence.
Lorsqu’il arriva à la phrase concernant les informations qui ne figuraient pas dans le rapport, il s’arrêta.
« Cette transcription est-elle complète ? »
« Il s’agit d’une transcription provisoire. L’enregistrement fait encore l’objet de vérifications. »
Marcus posa la feuille.
« Alors je ne peux pas commenter chaque phrase sans avoir entendu l’ensemble du fichier. »
Samuel ne protesta pas.
Il lui proposa d’examiner les passages pertinents selon les règles applicables.
Marcus accepta.
Lorsque l’enregistrement fut lancé, il écouta attentivement.
Au début, son visage resta impassible.
Puis il entendit la phrase :
« Parce que vous ne connaissez pas toutes les conséquences que cela pourrait avoir. »
Ses doigts se crispèrent.
Il regarda brièvement la personne assise à côté de Samuel.
Puis il baissa les yeux.
Lorsque l’enregistrement prit fin, la salle resta silencieuse.
Samuel attendit quelques secondes.
« Reconnaissez-vous votre voix ? »
Marcus déglutit.
« Oui. »
Le mot tomba dans la pièce comme une pierre.
Samuel poursuivit :
« Pouvez-vous expliquer le contexte de cette conversation ? »
Marcus resta silencieux longtemps.
Puis il répondit :
« J’essayais d’éviter qu’une situation déjà compliquée devienne incontrôlable. »
« De quelle situation parlez-vous ? »
« L’intervention avait suscité des inquiétudes. Plusieurs personnes avaient communiqué des informations différentes. Je voulais que les agents respectent les procédures et que le rapport soit correctement transmis. »
« Pourquoi leur avez-vous dit qu’ils ne connaissaient pas toutes les conséquences ? »
Marcus passa une main sur son front.
« Parce que certaines informations concernaient des personnes qui n’étaient pas directement impliquées dans l’intervention. Je craignais qu’une diffusion incorrecte de données personnelles ou d’informations non vérifiées cause un préjudice. »
Samuel le regarda attentivement.
Cette explication était possible.
Mais elle ne répondait pas à toutes les questions.
« Dans ce cas, pourquoi le rapport final ne mentionne-t-il pas votre présence ? »
Marcus ne répondit pas.
Samuel reprit :
« Pourquoi l’enregistrement audio n’apparaît-il pas dans l’inventaire habituel ? »
Toujours aucun mot.
Puis Marcus murmura :
« Parce que je n’ai pas pris toutes les décisions concernant ce dossier. »
Samuel se pencha légèrement en avant.
« Qui d’autre en a pris ? »
Marcus fixa la table.
« Vous devez examiner les communications officielles. »
« Nous le faisons. Mais je vous demande ce que vous savez personnellement. »
Marcus inspira profondément.
Puis il prononça un nom.
Un nom qui n’avait encore été mentionné dans aucun des entretiens.
Samuel s’immobilisa.
« Êtes-vous certain de ce que vous avancez ? »
« Je vous donne le nom d’une personne que vous devriez interroger. Je ne dis pas qu’elle est responsable. »
« Très bien. Pourquoi cette personne devrait-elle être interrogée ? »
Marcus leva enfin les yeux.
« Parce qu’elle m’a demandé de me rendre sur les lieux. Et parce que c’est elle qui m’a expliqué, le lendemain, comment le dossier devait être traité. »
Samuel nota chaque mot.
Il savait qu’une déclaration ne suffisait pas à prouver les faits.
Mais il venait d’obtenir une piste concrète.
Et si cette piste était confirmée, l’enquête pourrait remonter au-delà des personnes qui avaient participé directement à l’intervention.
À midi, Samuel informa le responsable de l’examen indépendant qu’un nouveau nom avait été cité.
Il demanda que les registres de communication soient conservés et que les informations disponibles soient vérifiées avant toute nouvelle convocation.
Puis il appela Victoria.
« Nous avons obtenu des informations supplémentaires », lui dit-il. « L’entretien a permis de confirmer certains éléments de présence et de communication, mais nous devons encore vérifier plusieurs déclarations. »
« Est-ce que Marcus Hale a reconnu avoir parlé aux agents ? »
Samuel marqua une pause.
« Oui. »
Victoria ferma les yeux.
« Et est-ce qu’il a expliqué pourquoi ? »
« Il a donné une explication qui doit encore être confrontée aux autres éléments du dossier. »
Victoria ne posa pas davantage de questions.
Elle savait que Samuel devait préserver l’indépendance de l’examen.
Mais avant de raccrocher, elle lui demanda :
« Est-ce que je peux vous poser une question personnelle, sans vous demander de révéler les détails de l’enquête ? »
« Allez-y. »
« Est-ce que vous pensez que nous approchons de la vérité ? »
Samuel resta silencieux quelques secondes.
« Je pense que nous avons davantage d’éléments qu’hier. Mais la vérité ne se mesure pas au nombre de découvertes. Elle se mesure à la capacité de vérifier ce que nous croyons savoir. »
Victoria esquissa un sourire triste.
« C’est une bonne réponse. »
« Je préfère vous donner une réponse prudente plutôt qu’une promesse que je ne peux pas tenir. »
Ils raccrochèrent.
Victoria retourna à son travail.
Mais elle n’arrivait pas à se concentrer.
Le nom que Marcus avait donné n’avait pas encore été communiqué à Victoria, et elle ne cherchait pas à le découvrir par ses propres moyens.
Elle savait seulement qu’une personne supplémentaire devait être entendue.
Quelqu’un qui aurait demandé à Marcus de se rendre sur les lieux.
Quelqu’un qui aurait participé à la gestion du dossier.
Et quelqu’un dont le rôle pouvait expliquer pourquoi tant de pièces semblaient avoir suivi des chemins différents.
À 15 h 30, Daniel Brooks demanda une nouvelle rencontre avec Samuel.
Cette fois, il ne vint pas avec une mallette remplie de documents.
Il entra dans la salle avec une seule feuille pliée en deux.
« J’ai réfléchi à notre entretien d’hier », dit-il.
Samuel l’invita à s’asseoir.
« Avez-vous de nouveaux éléments à transmettre ? »
Daniel posa la feuille sur la table.
« Oui. Je crois que je dois expliquer pourquoi j’ai conservé certains documents et pourquoi je n’ai pas insisté pour que toutes les pièces soient jointes au rapport. »
Samuel ne l’interrompit pas.
Daniel regarda la feuille.
« À l’époque, j’étais persuadé que la situation serait corrigée rapidement. On m’avait dit qu’une partie des informations ne devait pas être intégrée au rapport opérationnel, parce qu’elle relevait d’un autre dossier. Je n’ai pas vérifié suffisamment tôt si cette séparation avait été correctement documentée. »
Samuel nota sa réponse.
« Qui vous a donné cette instruction ? »
Daniel ferma les yeux.
« Marcus Hale m’a parlé de cette séparation. Mais ce n’est pas lui qui m’a demandé, au départ, de ne pas joindre tous les documents. »
Samuel releva la tête.
« Qui l’a fait ? »
Daniel resta silencieux.
Puis il posa la main sur la feuille pliée.
« Je ne veux pas accuser quelqu’un sans preuve. Mais j’ai retrouvé une copie d’un message qui pourrait vous aider à comprendre. »
Il tendit le document à Samuel.
Il s’agissait d’une impression d’un courrier électronique ancien.
Le texte était court.
Il demandait que le dossier soit transmis dans les délais et que les documents annexes soient conservés dans le service approprié.
À première vue, rien ne semblait suspect.
Mais au bas du message figurait une mention supplémentaire, ajoutée dans une réponse ultérieure :
« Ne transmettez pas la version complète avant validation. »
Samuel relut la phrase.
« Qui a écrit cette réponse ? »
Daniel indiqua le nom affiché sur la copie.
Samuel sentit immédiatement que cette information devait être vérifiée.
Il ne prononça pas le nom à voix haute.
Il demanda simplement :
« Avez-vous l’original du courrier électronique ? »
« Je ne l’ai pas sur moi. Mais je peux vous indiquer où le retrouver, si les archives le contiennent encore. »
Samuel nota les informations.
« Nous allons demander une copie issue du système d’origine. La capture imprimée ne sera pas considérée comme suffisante à elle seule. »
Daniel acquiesça.
Puis il ajouta :
« Victoria ne doit pas penser que j’ai essayé de lui mentir. »
Samuel le regarda.
« Monsieur Brooks, je ne peux pas vous dire ce que Victoria pense. Mon rôle est de vérifier les éléments dont nous disposons. »
Daniel baissa la tête.
« Je comprends. »
Il se leva, mais s’arrêta avant d’atteindre la porte.
« Je voudrais lui parler. »
Samuel répondit calmement :
« Vous pouvez lui envoyer un message, mais je vous recommande de ne pas discuter du contenu du dossier en dehors des voies officielles. Si elle reçoit des communications pertinentes, elle devra les conserver et les transmettre. »
Daniel acquiesça.
Il sortit de la salle.
Samuel resta seul avec la copie du courrier électronique.
Il savait que la phrase pouvait avoir une signification parfaitement légitime.
Un document pouvait nécessiter une validation avant d’être diffusé.
Mais le contexte était désormais différent.
Plusieurs versions d’un rapport existaient.
Un enregistrement n’avait pas été inclus dans l’inventaire habituel.
Et plusieurs personnes reconnaissaient avoir participé à la gestion du dossier sans que leur rôle soit clairement expliqué dans les documents finaux.
Il fallait retrouver l’original.
Il fallait vérifier les métadonnées.
Il fallait savoir qui avait écrit la réponse, quand elle avait été envoyée et ce que signifiait exactement la mention.
Samuel fit transmettre une demande officielle aux archives.
Puis il attendit.
À 18 h 05, alors que les bureaux se vidaient progressivement, le responsable des archives rappela Samuel.
« Nous avons retrouvé le courrier électronique original. »
Samuel se redressa.
« Très bien. L’avez-vous vérifié ? »
« Nous avons retrouvé le message dans le système d’origine, ainsi que sa chaîne de réponses. Mais il y a un détail supplémentaire. »
Samuel sentit son cœur accélérer.
« Quel détail ? »
« La phrase “Ne transmettez pas la version complète avant validation” n’apparaît pas dans le premier message. Elle figure dans une réponse envoyée plusieurs heures plus tard. »
« Par qui ? »
Le responsable donna le nom.
Samuel resta silencieux.
Il venait de reconnaître le nom de la personne qui avait supervisé la validation finale du rapport.
Mais ce n’était pas tout.
La réponse avait été envoyée après que les agents eurent transmis leur première déclaration.
Cela signifiait qu’une personne avait demandé à retarder la transmission de la version complète alors que le dossier était déjà en cours de traitement.
Ce fait, à lui seul, ne prouvait aucune intention malhonnête.
Il pouvait exister une raison administrative valable.
Mais il devait être expliqué.
Samuel demanda une copie certifiée du message et de sa chaîne de réponses.
Puis il raccrocha.
Il resta quelques secondes à regarder le dossier posé devant lui.
Il avait commencé cette enquête en cherchant à comprendre pourquoi deux policiers avaient arrêté une conductrice sans lui fournir d’explication claire et l’avaient menottée avant de vérifier son identité.
Il découvrait maintenant une série de décisions administratives qui semblaient avoir empêché certains éléments d’être examinés ensemble.
Mais il ne pouvait pas encore affirmer qu’il existait une volonté organisée de dissimuler des faits.
Il lui fallait davantage de preuves.
Et il savait désormais exactement quelle question poser lors du prochain entretien.
Qui avait demandé que la version complète du rapport ne soit pas transmise, et pour quelle raison ?
Le lendemain matin, Victoria arriva au bureau plus tôt que d’habitude.
Elle avait reçu un message de Samuel lui demandant de rester disponible pour une éventuelle déclaration complémentaire.
Elle s’installa à son bureau et ouvrit son ordinateur.
Quelques minutes plus tard, un courriel officiel arriva.
L’objet indiquait :
« Mise à jour concernant votre signalement — demande de coopération complémentaire. »
Victoria ouvrit le message.
Il précisait que l’examen indépendant se poursuivait et qu’aucune conclusion définitive n’avait été établie concernant les anomalies relevées dans l’ancien dossier.
Il lui était également demandé de confirmer plusieurs dates et communications personnelles liées à l’incident récent.
Elle répondit point par point.
Puis elle reçut un appel de Samuel.
« Victoria, nous avons retrouvé l’original du courrier électronique mentionné par Daniel. »
Elle se leva.
« Et qu’avez-vous découvert ? »
« Le message confirme qu’une demande de validation supplémentaire a été formulée avant la transmission de la version complète. Nous devons maintenant entendre la personne qui l’a envoyée. »
« Est-ce que cette personne a été convoquée ? »
« La convocation est en cours de préparation. »
Victoria regarda par la fenêtre.
Elle avait l’impression que chaque pièce du puzzle révélait une autre pièce cachée.
« Samuel, puis-je vous demander quelque chose ? »
« Bien sûr. »
« Est-ce que nous savons maintenant pourquoi les deux agents ont été aussi nerveux lorsque la centrale a confirmé mon identité ? »
Samuel prit quelques secondes avant de répondre.
« Nous n’avons pas établi leur motivation. Ils savaient peut-être que l’incident pouvait entraîner un examen de leur comportement. Mais nous ne devons pas supposer qu’ils connaissaient tous les éléments du dossier ancien. »
Victoria acquiesça.
« Vous avez raison. »
« Et je veux vous prévenir : la prochaine étape risque d’être plus délicate. La personne qui doit être entendue occupe encore un poste important. »
Victoria ne répondit pas immédiatement.
« Un poste important dans le service de police ? »
« Oui. »
Samuel ne donna aucun nom.
Il n’en avait pas besoin.
Victoria comprit que l’affaire pouvait désormais toucher des personnes qui n’étaient pas présentes sur la route, mais qui avaient participé à la gestion du dossier.
Elle remercia Samuel et raccrocha.
Pendant quelques secondes, elle resta debout, les mains posées sur son bureau.
Puis elle retourna à son travail.
Elle ne savait pas ce que révélerait le prochain entretien.
Elle ne savait pas si Daniel avait fait une erreur, s’il avait été trompé ou s’il avait volontairement omis certaines informations.
Elle ne savait pas non plus pourquoi Marcus Hale avait participé à cette intervention.
Mais elle savait une chose.
Elle n’allait pas laisser la peur décider de ce qu’elle devait croire.
À 11 h 20, la personne qui avait demandé la validation supplémentaire entra dans la salle d’entretien.
Il s’agissait du commissaire adjoint Robert Mitchell, un responsable expérimenté qui supervisait plusieurs services administratifs.
Il salua Samuel et prit place.
« J’ai été informé que vous souhaitiez discuter d’un ancien rapport », dit-il.
Samuel ouvrit le dossier.
« Nous examinons plusieurs éléments associés à une intervention de l’année dernière. Votre nom apparaît dans la chaîne de validation d’un courrier électronique demandant que la version complète du rapport ne soit pas transmise avant validation. »
Mitchell hocha lentement la tête.
« Je me souviens de ce dossier. »
Samuel nota sa réponse.
« Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez formulé cette demande ? »
Le commissaire adjoint joignit les mains.
« À l’époque, nous avions reçu des informations contradictoires. Il était nécessaire de vérifier certaines pièces avant de diffuser une version définitive. Je ne voulais pas qu’un document incomplet soit considéré comme un rapport final. »
« Pourquoi cette demande n’apparaît-elle pas clairement dans le résumé administratif ? »
Mitchell fronça les sourcils.
« Je ne peux pas répondre sans consulter les échanges originaux. »
Samuel lui montra le courrier électronique.
Mitchell le lut attentivement.
Puis il posa le document sur la table.
« Je reconnais le message. »
Samuel poursuivit :
« Avez-vous demandé que certains éléments soient supprimés du rapport ? »
Le commissaire adjoint releva brusquement la tête.
« Non. J’ai demandé qu’une version complète ne soit pas transmise avant validation. Ce n’est pas la même chose. »
Samuel ne contesta pas.
« Nous devons comprendre ce qui s’est passé entre cette demande et la clôture du dossier. »
Mitchell inspira lentement.
« Alors vous devez examiner la chaîne entière. Je ne suis pas le seul à avoir eu accès à ces documents. Plusieurs responsables étaient impliqués dans leur traitement. »
« Nous les examinerons tous. »
Mitchell regarda les dossiers empilés sur la table.
Puis il prononça une phrase qui fit immédiatement réagir Samuel.
« Mais si vous voulez vraiment comprendre pourquoi le rapport a changé, vous devez retrouver la première déclaration du témoin. »
Samuel se redressa.
« Quelle première déclaration ? »
Mitchell resta silencieux quelques secondes.
« La personne qui avait signalé l’incident avait fourni un témoignage initial. Ce témoignage contenait des informations qui n’apparaissent pas dans le rapport final. »
Samuel prit son stylo.
« Où se trouve cette déclaration ? »
Mitchell baissa les yeux.
« Je pensais qu’elle avait été jointe au dossier principal. »
Samuel referma lentement le dossier.
La première déclaration du témoin.
Un document dont personne n’avait parlé jusque-là.
Un document qui pouvait expliquer les divergences entre les différentes versions.
Et un document qui, s’il existait encore, permettrait peut-être de comprendre pourquoi tant de personnes avaient insisté sur la nécessité de retrouver les archives.
Samuel se leva.
« Nous allons vérifier immédiatement. »
Il quitta la salle et appela le service des archives.
Mais la réponse qu’il reçut quelques minutes plus tard fut loin de le rassurer.
La première déclaration du témoin ne figurait dans aucun des emplacements habituels.
Et selon le registre administratif, elle avait été reçue puis enregistrée sous un numéro qui ne correspondait à aucune pièce du dossier final.
Samuel regarda l’écran.
Puis il demanda une recherche complète dans les archives secondaires.
Il savait que le dossier venait de changer une nouvelle fois de direction.
Car si cette première déclaration était retrouvée, elle pourrait révéler ce que le témoin avait réellement affirmé avant que les différentes versions du rapport ne soient établies.
Mais si elle avait disparu, une autre question se poserait.
Qui avait été le dernier à la consulter ?
Et pourquoi cette personne n’avait-elle jamais mentionné son existence ?
FIN DE LA PARTIE 5 — À SUIVRE…