PARTIE 4 — L’AÉROPORT QUI N’EXISTAIT PAS SUR LE PLAN
Laura fixait l’écran de navigation sans prononcer un mot.
L’aéroport apparaissait toujours.
Mais quelque chose n’allait pas.
Elle connaissait parfaitement cette région.
Elle connaissait les routes aériennes.
Elle connaissait les procédures d’urgence.
Et surtout, elle connaissait cet aéroport.
Elle y avait déjà été.
Dix-huit mois auparavant.
Le souvenir lui revint avec une violence inattendue.
Une piste éclairée au milieu de la nuit.
Un ciel presque noir.
Une radio qui grésillait.
Puis cette alarme.
Cette même alarme qu’elle venait d’entendre quelques minutes plus tôt.
Laura ferma brièvement les yeux.
Elle entendit encore la voix de son ancien commandant.
« Carter, maintenez votre cap. »
Puis une autre voix.

 

 

 

Une voix qu’elle n’avait jamais réussi à oublier.

« Ne faites pas confiance aux données. »

Elle rouvrit les yeux.

Andrew l’observait.

« Laura ? »

Elle secoua la tête.

« Je vais bien. »

« Vous êtes pâle. »

« Ce n’est rien. Continuez à piloter. »

Andrew regarda de nouveau les instruments.

« L’aéroport est toujours affiché. »

Laura s’approcha.

« Oui. »

« Mais il ne devrait pas être là. »

« Exactement. »

Andrew consulta ses cartes de navigation.

Il resta silencieux pendant plusieurs secondes.

Puis il dit :

« Cet aéroport n’est pas répertorié dans notre plan de vol. »

Laura répondit :

« Il n’est pas répertorié dans les cartes civiles actuelles. »

« Alors pourquoi apparaît-il ? »

Laura posa lentement un doigt sur l’écran.

« Parce qu’il ne s’agit probablement pas d’une information provenant du système civil. »

Andrew comprit immédiatement.

« Vous pensez qu’une autre base de données alimente notre navigation ? »

Laura hocha la tête.

« Et je pense que quelqu’un veut que nous allions là-bas. »

Andrew recula légèrement.

« Mais pourquoi ? »

Laura le regarda.

« C’est précisément ce que nous devons découvrir. »

Soudain, une lumière rouge s’alluma.

Une nouvelle alerte.

Andrew se tourna vers les commandes.

« Nous perdons encore de la stabilité. »

Laura se concentra.

« Ne corrigez pas trop vite. »

« Pourquoi ? »

« Parce que le système amplifie vos corrections. »

Andrew desserra légèrement les commandes.

L’appareil se stabilisa.

Pendant quelques secondes.

Puis une nouvelle vibration traversa le fuselage.

Laura ferma les yeux.

Elle reconnut le rythme.

« Encore une fois… »

Andrew demanda :

« Quoi ? »

« Le même schéma. »

« Que s’est-il passé lors de votre accident ? »

Laura resta silencieuse.

Elle n’avait jamais raconté toute l’histoire.

Même aux enquêteurs.

Même à ses anciens collègues.

Même à sa famille.

Parce qu’elle avait toujours pensé qu’une partie de ce qu’elle avait vécu n’était pas réelle.

Mais maintenant…

Elle commençait à en douter.

« Lors de mon dernier vol militaire, mes instruments ont commencé à afficher des données contradictoires. »

Andrew l’écoutait attentivement.

« Puis ? »

« Mon appareil a commencé à corriger sa trajectoire tout seul. »

« Comme maintenant ? »

Laura hocha lentement la tête.

« Oui. »

Andrew regarda l’écran.

« Et comment avez-vous survécu ? »

Laura détourna le regard.

« Je n’aurais pas dû. »

Un silence pesant s’installa.

Puis Andrew demanda :

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Laura répondit enfin.

« J’ai désactivé le système et repris le contrôle manuellement. »

« Et l’avion ? »

« Il s’est écrasé. »

Andrew resta silencieux.

« Vous étiez à bord ? »

« Oui. »

Il la regarda avec une expression différente.

« Et vous avez survécu. »

Laura acquiesça.

« Mais quelqu’un d’autre n’a pas eu cette chance. »

Le silence devint encore plus lourd.

Elle n’ajouta rien.

Andrew comprit qu’il ne devait pas poser davantage de questions.

Mais avant qu’il puisse reprendre la parole…

La radio grésilla de nouveau.

Cette fois, la voix était claire.

« Laura Carter. »

Andrew se figea.

Laura aussi.

La voix poursuivit :

« Vous avez exactement sept minutes. »

Andrew saisit immédiatement le microphone.

« Qui êtes-vous ? »

Aucune réponse.

« Identifiez-vous ! »

Toujours rien.

Puis la voix revint.

« Vous savez déjà qui nous sommes. »

La communication fut coupée.

Andrew regarda Laura.

« Ils connaissent votre nom. »

Laura ne répondit pas.

Elle savait que cette fois, ce n’était plus une coïncidence.

Quelqu’un avait volontairement attiré son attention.

Et quelqu’un contrôlait peut-être certains systèmes de l’avion.

Elle demanda :

« Combien de carburant avons-nous ? »

Andrew vérifia.

« Suffisamment pour plusieurs heures, mais pas si nous devons tourner indéfiniment. »

Laura réfléchit.

Puis elle dit :

« Nous devons trouver une autre destination. »

Andrew consulta les cartes.

« L’aéroport le plus proche est à plus de deux heures. »

Laura regarda les instruments.

« Pas forcément. »

« Que voulez-vous dire ? »

Elle pointa l’écran.

« Regardez cette information. »

Andrew s’approcha.

Une deuxième destination venait d’apparaître.

Mais cette fois, elle était encore plus étrange.

Aucune identification officielle.

Aucun nom d’aéroport.

Seulement un code.

X-17.

Andrew fronça les sourcils.

« C’est quoi ça ? »

Laura sentit son estomac se nouer.

Elle connaissait ce code.

« Une piste militaire. »

Andrew la regarda.

« Vous en êtes certaine ? »

« Oui. »

« Où est-elle ? »

Laura hésita.

Puis elle répondit :

« Exactement là où mon accident a eu lieu. »

Andrew resta bouche bée.

« Vous êtes en train de me dire que cet avion nous conduit vers le site de votre accident ? »

« Je pense que quelqu’un essaie de nous y conduire. »

Andrew reprit les commandes.

« Alors nous allons nous en éloigner. »

Laura hocha la tête.

« Oui. »

Mais lorsqu’il tenta de modifier la route…

Les commandes ne répondirent pas comme prévu.

Andrew recommença.

Rien.

Il regarda Laura.

« Le système ne me laisse pas modifier le cap. »

Laura s’approcha immédiatement.

Elle observa les données.

Puis elle comprit.

« Ce n’est pas une panne. »

« Quoi ? »

« Le système accepte les commandes… mais il les annule ensuite. »

Andrew pâlit.

« Quelqu’un contrôle l’appareil ? »

Laura ne répondit pas.

Elle se concentra sur les écrans.

« Pas complètement. »

« Alors quoi ? »

« Quelqu’un contrôle une partie du système de navigation. »

Andrew regarda la porte du cockpit.

« Il y a quelqu’un à bord ? »

Laura secoua la tête.

« Ce n’est pas nécessaire. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’ils ont peut-être préparé ça avant notre décollage. »

Andrew resta silencieux.

Puis il demanda :

« Mais pourquoi vous ? »

Laura fixa l’écran.

C’était la question qu’elle se posait depuis le début.

Pourquoi ce vol ?

Pourquoi cet avion ?

Pourquoi elle ?

Puis elle remarqua une petite ligne de données qui venait de s’afficher.

Elle s’approcha.

Son visage changea.

« Andrew… »

« Quoi ? »

« Regardez ça. »

Il se pencha.

Une suite de chiffres apparaissait.

Laura la reconnut immédiatement.

C’était le numéro de dossier de son accident militaire.

Le même numéro.

Exactement le même.

Andrew murmura :

« Comment est-ce possible ? »

Laura resta silencieuse.

Puis une idée terrible lui traversa l’esprit.

Elle se tourna vers Andrew.

« Le vol 412 n’a pas été choisi au hasard. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

« Quelqu’un savait que je serais à bord. »

Andrew secoua la tête.

« C’est impossible. »

« Je pensais la même chose. »

Elle regarda l’horloge.

Puis la radio.

Puis les instruments.

« Jusqu’à maintenant. »

Une minute passa.

Puis deux.

Soudain, une notification apparut sur l’écran secondaire.

MESSAGE ENTRANT.

Andrew ouvrit le message.

Il n’y avait qu’une phrase.

« SI VOUS VOULEZ SAVOIR QUI A CAUSÉ L’ACCIDENT, ATTEIGNEZ X-17. »

Laura sentit son cœur s’arrêter presque une seconde.

Elle relut la phrase.

Encore.

Puis une troisième fois.

Andrew demanda :

« Vous savez qui a envoyé ça ? »

Laura secoua la tête.

« Non. »

« Mais vous voulez y aller. »

Laura regarda les instruments.

Elle pensa aux passagers.

À sa famille.

À son ancien escadron.

À l’homme qui était mort lors de son dernier vol.

Puis elle pensa aux dix-huit mois de silence.

Dix-huit mois pendant lesquels elle s’était répétée que l’accident était de sa faute.

Dix-huit mois pendant lesquels elle avait vécu avec une question sans réponse.

Et maintenant, quelqu’un lui promettait enfin la vérité.

Mais il y avait un problème.

Elle ne savait pas si cette vérité était destinée à la libérer…

Ou à la piéger.

Elle regarda Andrew.

« Nous n’allons pas suivre aveuglément cette route. »

Andrew acquiesça.

« Alors qu’allons-nous faire ? »

Laura regarda le système.

Un sourire presque imperceptible apparut sur son visage.

« Nous allons leur faire croire que nous obéissons. »

Andrew comprit immédiatement.

« Vous voulez les tromper. »

« Exactement. »

« Et ensuite ? »

Laura prit une profonde inspiration.

« Ensuite, nous découvrirons qui est derrière tout ça. »

À cet instant, une nouvelle alarme retentit.

Puis une autre.

Les lumières du cockpit clignotèrent.

Andrew vérifia les instruments.

« Laura… »

« Quoi ? »

« Nous avons un autre problème. »

« Lequel ? »

Andrew pointa l’écran.

« Quelqu’un vient de couper notre communication avec le contrôle aérien. »

Laura resta immobile.

Puis elle regarda l’heure.

Sept minutes.

La voix inconnue avait dit qu’ils avaient sept minutes.

Et maintenant, il ne restait plus que quatre minutes.

Laura se pencha vers la radio.

Elle savait que quelqu’un écoutait.

Alors elle prononça calmement :

« Vous vouliez que je revienne. »

Un silence.

Puis la voix répondit.

« Enfin. »

Laura ferma les yeux.

Elle venait de reconnaître cette voix.

Et cette fois, elle savait exactement à qui elle appartenait.

Son ancien commandant.

L’homme qui avait officiellement déclaré son accident comme une erreur de pilotage.

L’homme qu’elle croyait mort depuis dix-huit mois.

La voix murmura :

« Bonjour, Laura. »

Laura resta figée.

Andrew la regarda.

« Qui est-ce ? »

Elle ne répondit pas.

Parce qu’à l’autre bout de la radio venait de résonner une phrase qui changeait tout.

« Tu n’aurais jamais dû survivre à cet accident. »

À SUIVRE DANS LA PARTIE 5…

CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE DE LA FIN DE L’HISTOIRE – PARTIE 👉 (5) : Une mère célibataire dormait paisiblement au siège 8A lorsque la voix du commandant de bord a soudain retenti dans l’interphone : « Y a-t-il un pilote de chasse à bord ? »