— Laura ! Émilie ! Je sais que vous êtes là !
La voix de Diego résonnait dans toute la maison.
Laura serra le dossier contre sa poitrine. Son cœur battait si fort qu’elle avait du mal à respirer.
Émilie lui attrapa la main.
— Écoute-moi attentivement. Quoi qu’il arrive, ne lui donne jamais ce dossier.
— Mais qu’est-ce qu’il contient exactement ?
— Les preuves que Diego a menti sur deux naissances. Et surtout, la preuve que Paula n’est pas la personne qu’elle prétend être.
Des pas se rapprochèrent.
Émilie entraîna Laura vers une petite porte dissimulée derrière une bibliothèque.
— Par ici !
Elles entrèrent dans une ancienne pièce de rangement. Émilie referma doucement la porte et désigna une petite fenêtre donnant sur le jardin.
— Tu peux sortir par là. Il y a une voiture qui t’attend au bout de la rue.
— Et toi ?
— Je vais le retenir.
Laura secoua immédiatement la tête.
— Non. Je ne vais pas te laisser affronter Diego toute seule. Nous avons déjà perdu trop d’années.
Émilie lui prit les deux mains.
— Laura, nous avons passé vingt-sept ans séparées. Je ne veux pas que tu perdes tes enfants à cause de moi. Sors d’ici.
Laura finit par accepter.
Elle passa par la fenêtre, mais avant de s’éloigner, elle entendit Émilie prononcer une phrase qui lui glaça le sang :
— Tu arrives trop tard, Diego. Cette fois, Laura connaît la vérité.
Dans le salon, Diego s’arrêta devant Émilie.
— Donne-moi le dossier.
— Bonjour à toi aussi, Diego.
— Ne joue pas avec moi.
Émilie croisa les bras.
— Tu as passé des années à me faire croire que j’étais responsable de tout. Tu m’as dit que Laura ne voudrait jamais connaître mon existence. Tu m’as même fait croire que notre père nous avait abandonnées.
Diego serra les dents.
— Tu ne sais pas ce que tu racontes.
— Alors explique-moi pourquoi tu as signé le document de transfert du bébé d’Isabelle.
Le visage de Diego se crispa.
— Ce n’était pas ce que tu crois.
— C’est toujours la même excuse avec toi !
Émilie sortit une feuille de sa poche.
— J’ai aussi retrouvé la copie de ton contrat avec Paula. Vous aviez prévu de contrôler l’héritage de la famille Moreau en empêchant les trois héritières de se retrouver.
Diego s’approcha d’elle.
— Tu ignores les conséquences de ce que tu fais.
— Non. C’est toi qui ignores ce que je suis prête à faire pour mes sœurs.
À cet instant, Diego reçut un appel.
Il regarda son téléphone, puis répondit sèchement :
— Quoi ?
Une voix paniquée se fit entendre.
— Diego, nous avons un problème. La police est à l’hôpital.
— Pourquoi ?
— Ils ont retrouvé Gabriel.
Diego ferma les yeux.
— Où est-il ?
— Il est avec une infirmière. Il va bien. Mais il a parlé aux enquêteurs.
Diego raccrocha brutalement.
Émilie esquissa un sourire.
— Tu vois ? Cette fois, personne ne pourra faire taire tout le monde.
Diego la fixa avec une haine froide.
— Tu vas regretter cette journée.
Puis il quitta la maison précipitamment.
Émilie attendit quelques secondes avant de sortir son téléphone.
Elle envoya un message à Laura :
« Tu peux revenir. Il est parti. Mais ne retourne pas à l’hôpital. Retrouve Isabelle. Gabriel a quelque chose à vous dire. »
Pendant ce temps, Laura avait rejoint sa sœur dans une petite voiture stationnée à quelques rues de la maison.
Isabelle était bouleversée.
— Tu as réussi à voir Émilie ?
Laura hocha la tête.
— Oui. Et j’ai appris quelque chose d’incroyable.
Elle sortit le dossier.
Elles s’installèrent dans un endroit discret pour examiner les documents.
Le premier était un ancien registre de maternité.
Le deuxième contenait des copies de contrats financiers.
Le troisième était une lettre manuscrite d’Antoine.
Mais le quatrième document fit trembler Isabelle.
Il s’agissait d’un certificat de naissance portant le nom de Gabriel.
— Attends… murmura Isabelle.
Elle rapprocha le papier de ses yeux.
— Ce n’est pas possible.
Laura regarda le document.
Une partie des informations avait été modifiée. Pourtant, le nom de la mère biologique était parfaitement lisible.
Isabelle Moreau.
Et dans la rubrique concernant le père, un nom apparaissait :
Diego Herrera.
Isabelle se mit à pleurer.
— Je le savais… Je savais que Diego était le père de Gabriel. Mais pourquoi ce document était-il caché avec les dossiers de notre famille ?
Laura tourna la page.
Elle découvrit une note signée par Paula :
« L’enfant doit rester éloigné de sa mère jusqu’à ce que la situation successorale soit réglée. Diego doit conserver ses droits sans que l’existence de l’enfant soit révélée. »
Isabelle frappa la table.
— Elle a utilisé mon fils pour contrôler Diego !
Laura prit doucement la main de sa sœur.
— Nous allons récupérer Gabriel. Et nous allons faire payer ceux qui ont organisé tout cela.
Mais Isabelle secoua la tête.
— Il y a encore quelque chose que tu ne sais pas.
Elle sortit une enveloppe qu’elle avait reçue quelques heures plus tôt de l’hôpital.
— Gabriel m’a raconté ce qui s’est passé pendant son absence.
Laura se rapprocha.
— Qu’a-t-il dit ?
— Il a expliqué qu’une femme était venue le voir avant sa disparition. Elle lui avait montré une photographie de moi et lui avait dit qu’elle connaissait la vérité sur sa naissance.
— Paula ?
— Non.
Isabelle déplia une petite feuille.
Un prénom y était écrit :
SOPHIE.
Laura resta immobile.
— Notre troisième sœur ?
— Gabriel affirme qu’elle lui a dit qu’elle était sa tante. Mais il y a autre chose. Elle lui aurait également expliqué qu’il avait un frère.
Laura sentit un frisson lui parcourir le dos.
— Un frère ?
Isabelle hocha la tête.
— Un garçon né quelques années avant lui. Un enfant dont Diego aurait caché l’existence.
À 15 heures, Laura, Isabelle et leur avocat arrivèrent à l’hôpital.
Gabriel était assis dans son lit. Il avait l’air fatigué, mais il sourit en voyant sa mère.
— Maman !
Isabelle se précipita vers lui et le serra contre elle.
— Mon chéri… J’ai eu tellement peur.
Gabriel lui rendit son étreinte.
— Je suis désolé. Je n’aurais pas dû partir avec cette dame.
Laura s’approcha doucement.
— Gabriel, est-ce que tu peux nous raconter ce qu’elle t’a dit ?
Le garçon hocha la tête.
— Elle m’a dit que mon père avait plusieurs secrets. Elle m’a montré une photo d’un petit garçon. Elle disait qu’il me ressemblait.
— Tu te souviens de son prénom ? demanda Laura.
Gabriel réfléchit.
— Oui. Elle l’appelait Nathan.
L’avocat prit immédiatement des notes.
— Et où cette femme t’a-t-elle emmené ?
— Dans une maison. Il y avait un monsieur qui voulait me poser des questions. Mais la dame m’a aidé à partir quand il a commencé à crier.
Isabelle pâlit.
— Qui était cet homme ?
Gabriel baissa les yeux.
— Je crois que c’était mon père.
Le silence envahit la chambre.
Laura regarda sa sœur.
Diego avait donc essayé de rencontrer son propre fils après avoir organisé sa disparition ?
Pourquoi ?
Et qui était Nathan ?
Quelques minutes plus tard, leur avocat reçut un appel.
Il écouta attentivement, puis demanda :
— Vous êtes absolument certain de cette information ?
Il raccrocha et regarda les trois personnes présentes.
— J’ai demandé une vérification concernant les archives de la clinique. Un dossier de naissance supplémentaire vient d’être retrouvé.
Laura se redressa.
— Celui de notre troisième sœur ?
— Non. Celui d’un garçon.
L’avocat posa une copie sur la table.
Le document indiquait qu’un enfant était né de Diego Herrera et d’une femme dont le nom avait été volontairement masqué.
Date de naissance : six ans avant celle de Gabriel.
Prénom : Nathan.
Mais ce n’était pas tout.
Dans la partie réservée aux informations complémentaires, une annotation avait été ajoutée :
« Enfant placé sous protection à la demande d’Antoine Moreau. »
Laura sentit son cœur se serrer.
— Notre père connaissait donc aussi cet enfant ?
L’avocat hocha la tête.
— Et il semble qu’il ait prévu une disposition particulière dans son testament.
Il sortit une deuxième feuille.
« Si l’un de mes petits-enfants est retrouvé après avoir été séparé de sa famille, il devra recevoir une part du patrimoine destinée à assurer son avenir, indépendamment des différends entre adultes. »
Isabelle regarda Laura.
— Notre père voulait protéger tous les enfants.
— Oui, répondit Laura. Même ceux que nous ne connaissions pas.
À cet instant, le téléphone de Laura vibra.
Un message d’Émilie.
« J’ai retrouvé Nathan. Il est vivant. Mais il refuse de rencontrer Diego. Il veut te parler à toi. »
Laura répondit immédiatement :
« Où est-il ? »
La réponse arriva quelques secondes plus tard.
« Il est avec moi. Mais Laura, il faut que tu saches une chose avant de venir. Nathan n’est pas seulement le fils caché de Diego. Il est également celui qui possède la preuve que Paula a falsifié les documents de notre naissance. »
Laura leva les yeux vers Isabelle.
— Nous devons le rencontrer.
Une heure plus tard, elles arrivèrent dans une petite maison située à l’écart du centre-ville.
Émilie les attendait devant la porte.
Elle serra Laura dans ses bras.
Pour la première fois, Laura sentit qu’elle venait réellement de retrouver une partie de sa famille.
— Je suis désolée de t’avoir demandé de venir seule ce matin, dit Émilie. Je voulais simplement m’assurer que Diego ne pourrait pas te suivre.
— Je comprends. Mais maintenant, je veux tout savoir.
Émilie les conduisit dans le salon.
Un jeune homme était assis près de la fenêtre.
Il se leva en les voyant entrer.
Il avait les mêmes yeux que Diego.
Mais son expression était différente. Il semblait calme, presque triste.
— Voici Nathan, dit Émilie.
Le jeune homme regarda Laura.
— Tu es donc la femme que mon père a essayé de faire passer pour folle.
Laura ne répondit pas.
Nathan sortit une clé USB de sa poche.
— J’ai quelque chose à vous montrer.
Il brancha la clé sur un ordinateur.
Une vidéo apparut.
On y voyait Diego dans un bureau, discutant avec Paula.
La date affichée à l’écran remontait à plusieurs années.
Paula disait :
— Tant que les trois filles ne connaissent pas leur véritable histoire, nous pouvons conserver le contrôle de la société.
Diego répondait :
— Et si l’une d’elles découvre tout ?
Paula souriait.
— Alors nous utiliserons leur mère.
Laura se figea.
Leur mère ?
Elle n’avait presque aucun souvenir d’elle. On lui avait toujours raconté qu’elle était morte peu après leur naissance.
La vidéo continua.
Diego posa un document sur le bureau.
— Elle ne se souvient de rien. Elle ne sait même pas que ses filles sont vivantes.
Paula répondit :
— Elle ne doit surtout jamais les retrouver.
Laura sentit ses yeux se remplir de larmes.
— Notre mère est vivante ?
Nathan arrêta la vidéo.
Il se tourna vers elle.
— Oui. Et je sais où elle se trouve.
Isabelle se leva brusquement.
— Pourquoi personne ne nous l’a dit ?
Nathan baissa les yeux.
— Parce que votre mère n’a pas été simplement séparée de vous. Elle a été déclarée morte sous une fausse identité.
Laura porta une main à sa bouche.
— Qui a fait ça ?
Nathan regarda successivement Laura, Isabelle et Émilie.
Puis il prononça une phrase qui fit trembler toute la pièce :
— C’est Paula qui a organisé votre séparation. Mais c’est votre propre père qui lui a donné les moyens de le faire.
Laura secoua la tête.
— Non… Notre père nous aimait. Il a passé sa vie à nous protéger !
Nathan hocha lentement la tête.
— Je sais. Mais il avait un secret qu’il n’a jamais osé révéler. Et ce secret concerne votre naissance.
Il sortit une dernière enveloppe.
À l’intérieur se trouvait une photographie de leur mère, prise récemment.
Elle était assise dans un jardin, les cheveux gris, le visage marqué par les années.
Au dos, une phrase était écrite :
« À mes trois filles, que je n’ai jamais cessé d’aimer. Pardonnez-moi de ne pas avoir pu vous retrouver plus tôt. »
Laura éclata en sanglots.
Mais avant qu’elle puisse reprendre son souffle, Nathan ajouta :
— Il y a une condition pour que vous puissiez la rencontrer.
— Laquelle ? demanda Isabelle.
Nathan hésita.
— Elle veut voir ses trois filles ensemble. Mais elle refuse de rencontrer Diego.
Il marqua une pause.
— Et elle m’a demandé de vous prévenir : si vous venez la voir, vous devez être prêtes à entendre pourquoi elle a accepté de signer le document qui a séparé ses enfants.
Laura regarda ses sœurs.
Elle venait de découvrir que sa mère était vivante, que ses trois sœurs avaient été séparées et que Diego avait caché plusieurs enfants.
Mais la question la plus douloureuse restait sans réponse :
Pourquoi leur mère avait-elle signé ce document ?
Et si elle n’avait pas eu le choix, qui l’avait forcée à abandonner ses propres filles ?
À cet instant, le téléphone de Laura sonna.
Un appel vidéo.
Le nom affiché sur l’écran la fit frissonner :
MAMAN.
Une femme âgée apparut à l’écran.
Elle regarda Laura quelques secondes, puis se mit à pleurer.
— Ma petite Laura…
Laura porta les mains à son visage.
— Maman… c’est vraiment toi ?
La femme hocha la tête.
Puis elle prononça ces mots :
— Écoute-moi bien, ma fille. Tu dois protéger tes jumeaux. Parce que Paula n’a jamais voulu l’héritage pour elle-même.
Laura sentit son sang se glacer.
— Alors pour qui ?
Sa mère regarda quelqu’un hors de l’écran.
Puis elle murmura :
— Pour l’enfant que j’ai été forcée de cacher… celui que Diego croit mort.
L’écran devint noir.
FIN DE LA PARTIE 8 — À SUIVRE…