Je fixais le rapport médical sans parvenir à détourner les yeux.
Le nom de Naomi apparaissait en haut de la première page.
Celui de mon père figurait sur la deuxième.
Et, au milieu des résultats, une annotation manuscrite avait été ajoutée quelques jours avant sa mort.
Je regardai Martin.
« Dis-moi exactement ce que tu as trouvé. »
Il retira ses lunettes et les posa sur la table.
« Preston, ce document provient d’un laboratoire privé. Il concerne une analyse génétique demandée par ton père. »
Je fronçai les sourcils.
« Une analyse génétique ? Pourquoi aurait-il demandé ça ? »
Martin tourna la deuxième page.
« Parce qu’il avait des raisons de douter de certaines informations concernant ta famille. »
Je sentis mon estomac se nouer.
« Quelles informations ? »
Il hésita.
« Ton père avait demandé une comparaison entre son propre profil génétique et celui d’un échantillon biologique provenant de toi. »
Je restai silencieux.
« Et alors ? »
Martin baissa les yeux vers le rapport.
« Les résultats indiquaient une incompatibilité avec la filiation biologique attendue. »
Je me levai brusquement.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Preston, je ne peux pas interpréter ce document comme une preuve définitive sans faire vérifier son authenticité et ses conditions de réalisation. Mais ton père semblait avoir reçu des résultats qui remettaient en question ce qu’il croyait savoir. »
Je reculai.
Pendant trente-huit ans, j’avais porté le nom Calloway.
J’avais grandi dans la maison de mon père.
J’avais hérité de son entreprise.
J’avais appris à marcher dans ses chaussures trop grandes.
Et maintenant, quelqu’un me disait qu’il avait peut-être découvert que je n’étais pas son fils biologique.
Je secouai la tête.
« Non. C’est impossible. »
Martin ne répondit pas.
Je repris le document.
Au bas de la page, une phrase était soulignée au stylo rouge.
« Une vérification indépendante est indispensable avant toute décision concernant la succession. »
Je murmurai :
« Mon père savait quelque chose. »
Martin acquiesça.
« Et il voulait probablement protéger quelqu’un. »
Je regardai la photographie de Naomi.
Puis celle des garçons.
« Nous devons les retrouver. »
À 21 h 15, je pris une décision.
J’allais arrêter de courir après ma mère pour lui demander des explications.
J’allais découvrir la vérité moi-même.
Martin contacta un enquêteur indépendant et demanda que les menaces visant Naomi et les enfants soient immédiatement transmises aux autorités compétentes.
Nous avions une photographie des ravisseurs présumés, plusieurs messages de menace et des documents financiers suspects.
Chaque minute comptait.
Puis Martin reçut un appel.
Il écouta pendant quelques secondes avant de me tendre le téléphone.
« Preston, c’est l’ancien médecin de ton père. »
Je pris l’appareil.
« Docteur Bennett ? »
« Preston. Je suis désolé de te contacter dans ces circonstances. »
« Vous connaissez le rapport médical que nous avons retrouvé ? »
Un silence.
« Oui. »
Je me redressai.
« Vous l’avez réalisé ? »
« J’ai supervisé une partie des examens demandés par ton père. »
« Pourquoi ne m’en a-t-on jamais parlé ? »
Le médecin soupira.
« Parce que ton père m’avait demandé de garder les résultats confidentiels jusqu’à ce qu’il puisse te parler personnellement. »
Je fermai les yeux.
« Qu’avait-il découvert ? »
Le médecin hésita.
« Il avait découvert une anomalie dans les documents médicaux de ton enfance. »
« Quelle anomalie ? »
« Ton dossier de naissance avait été modifié. »
Je sentis mon cœur accélérer.
« Modifié comment ? »
« La date de naissance, le nom de la clinique et certaines informations concernant ta mère ne correspondaient pas aux archives originales. »
Je regardai Martin.
Il avait cessé de prendre des notes.
« Docteur, êtes-vous en train de me dire que ma mère n’est pas ma mère ? »
« Je ne peux pas conclure cela sans examens complémentaires. Mais ton père avait découvert qu’une partie de ton histoire familiale avait été falsifiée. »
Je serrai le téléphone.
« Et Naomi ? Quel rapport avait-elle avec tout ça ? »
Le médecin baissa la voix.
« Naomi était la seule personne à avoir remarqué une anomalie dans les documents de succession. Elle avait découvert une ancienne déclaration que ton père avait conservée dans son coffre. »
« Laquelle ? »
« Une déclaration concernant un enfant né quelques mois avant toi. »
Je restai pétrifié.
Un enfant.
Quelques mois avant moi.
Le médecin ajouta :
« Ton père soupçonnait que cet enfant avait été séparé de sa famille à la naissance. »
Je regardai Martin.
« Et qui était cet enfant ? »
Le médecin répondit :
« Je crois que c’était Daniel Mercer. »
Daniel Mercer.
L’homme que ma mère avait innocenté.
L’homme qui avait reçu douze millions de dollars.
L’homme qui semblait connaître les secrets de mon père.
Je me levai et marchai jusqu’à la fenêtre.
« Docteur, pourquoi Daniel aurait-il été séparé de sa famille ? »
« Je ne connais pas toute l’histoire. Mais ton père avait découvert qu’il existait une ancienne procédure d’adoption. »
« Et ma mère ? »
Le médecin resta silencieux.
Puis il prononça :
« Victoria était présente à la clinique le jour où le dossier a été modifié. »
Je raccrochai lentement.
Martin se leva.
« Preston, nous devons retrouver Daniel. »
« Je veux aussi retrouver ma mère. »
« Tu ne dois pas l’affronter sans protection. »
Je regardai les lumières de Chicago.
« Je ne veux plus lui parler. Je veux des réponses. »
À 22 h 03, notre enquêteur nous transmit une première information.
Daniel Mercer avait été aperçu dans une résidence privée située à plusieurs kilomètres de Chicago.
La propriété appartenait à une société enregistrée au nom de Calloway Holdings.
Je reconnus immédiatement l’adresse.
C’était l’ancienne maison de campagne de mon père.
La maison où il m’emmenait pêcher lorsque j’étais enfant.
La maison que ma mère prétendait avoir vendue après sa mort.
Je regardai Martin.
« Elle nous a menti sur la vente de cette propriété. »
Il hocha la tête.
« Et si Daniel y vit toujours, cela signifie que les liens entre eux n’ont jamais été rompus. »
Nous contactâmes les autorités et leur communiquâmes les éléments disponibles.
Je refusai de partir seul.
Mais je refusai également d’attendre sans rien faire.
À 23 h 20, mon téléphone sonna.
Cette fois, c’était un appel vidéo.
Numéro inconnu.
Je répondis.
L’image apparut.
Naomi.
Elle était assise dans une pièce sombre.
Ses cheveux étaient défaits et son visage était marqué par les larmes.
« Preston… »
Je me rapprochai de l’écran.
« Naomi ! Tu vas bien ? »
Elle regarda derrière elle.
« Je n’ai pas beaucoup de temps. »
« Où sont Theo et Eli ? »
« Ils sont dans une autre pièce. Ils vont bien pour le moment. »
Je fermai les yeux de soulagement.
« Écoute-moi. Les autorités sont au courant. Nous allons vous retrouver. »
Elle secoua la tête.
« Tu dois d’abord comprendre quelque chose. »
« Quoi ? »
Elle prit une profonde inspiration.
« Le rapport médical que tu as trouvé ne concerne pas seulement ton père et toi. »
Je fronçai les sourcils.
« Alors qui d’autre ? »
Elle se pencha vers la caméra.
« Il existe un deuxième rapport. Celui que ton père avait caché dans son coffre. »
« Où est-il ? »
« Dans la maison de campagne. »
Je regardai Martin.
Naomi poursuivit :
« Preston, ton père m’avait demandé de récupérer ce document le jour où il est mort. Mais je n’ai jamais réussi à sortir de la maison avec lui. »
« Pourquoi ? »
Ses yeux se remplirent de larmes.
« Parce que ta mère m’a surprise dans son bureau. »
Je serrai les dents.
« Qu’a-t-elle fait ? »
« Elle m’a accusée d’avoir volé les documents. Puis elle m’a dit que si je ne disparaissais pas, elle ferait en sorte que tu me considères comme une criminelle. »
Je baissai la tête.
« Et j’ai cru tout ce qu’elle m’a raconté. »
Naomi resta silencieuse.
Puis elle dit :
« Preston, je dois te parler de Daniel. »
Je relevai les yeux.
« Qu’est-ce que tu sais sur lui ? »
Elle ferma les paupières.
« Daniel n’est pas simplement un ancien directeur financier. »
« Je sais qu’il était lié à mon père. »
« Non. Tu ne comprends pas. »
Elle avala difficilement sa salive.
« Daniel est ton frère. »
Le monde sembla s’arrêter.
Je fixai l’écran.
« Quoi ? »
« Il est né avant toi. Ton père avait découvert son existence des années plus tard. »
Je secouai la tête.
« C’est impossible. »
« C’est pour cela que ton père avait commencé à enquêter. »
Je ne pouvais plus respirer normalement.
Daniel Mercer.
Mon frère ?
L’homme qui avait détourné de l’argent ?
L’homme qui avait peut-être participé à la disparition des preuves ?
Naomi ajouta :
« Ton père voulait réparer ce qu’il avait fait. Il voulait reconnaître Daniel comme son fils et lui donner sa place dans la famille. »
« Alors pourquoi ma mère l’en empêchait-elle ? »
Naomi hésita.
Puis elle répondit :
« Parce que Daniel connaissait la vérité sur ta naissance. »
Je sentis mes jambes faiblir.
« Quelle vérité ? »
Elle ouvrit la bouche.
Mais avant qu’elle puisse parler, une porte claqua derrière elle.
Elle se retourna.
Une voix masculine retentit.
« Le temps est écoulé. »
Naomi se rapprocha rapidement du téléphone.
« Preston, écoute-moi ! Ne crois pas ce que Victoria va te dire sur les jumeaux ! »
Puis l’image trembla.
J’entendis un cri.
Et l’écran devint noir.
Je restai immobile.
Martin posa une main sur mon épaule.
« Preston… »
Je ne l’entendais presque plus.
Je venais d’apprendre que j’avais peut-être un frère.
Que mon père avait caché un secret concernant ma naissance.
Et que mes fils se trouvaient entre les mains de personnes capables de tout pour empêcher la vérité d’éclater.
Puis mon téléphone vibra.
Un message de ma mère.
« Je sais que tu as parlé à Naomi. Tu dois arrêter cette enquête immédiatement. »
Je ne répondis pas.
Un deuxième message arriva.
« Tu ne sais pas ce que ton père a fait. »
Puis un troisième.
« Si tu découvres la vérité sur ta naissance, tu comprendras pourquoi j’ai dû faire tout cela. »
Je fixai l’écran.
Pour la première fois, Victoria semblait avoir peur.
Je composai son numéro.
Elle décrocha immédiatement.
« Preston, écoute-moi… »
« Où sont mes fils ? »
« Ils ne sont pas en danger si tu arrêtes. »
« Tu sais où ils sont ? »
Silence.
« Maman, réponds-moi ! »
Elle soupira.
« Tu dois comprendre que cette famille a été construite sur des sacrifices. »
« Ce n’est pas une réponse. »
« Ton père a commis des erreurs. Daniel aussi. Et Naomi a découvert des choses qu’elle n’aurait jamais dû découvrir. »
Je serrai le téléphone.
« Qui est Daniel pour toi ? »
Elle ne répondit pas.
« Est-ce que c’est le fils de mon père ? »
Silence.
Puis :
« Oui. »
Je fermai les yeux.
« Et pourquoi m’as-tu caché son existence ? »
Sa réponse me glaça.
« Parce que ton père voulait lui donner toute la fortune familiale. »
Je restai sans voix.
« Il voulait me déshériter ? »
« Il voulait réparer son passé. »
« Et toi ? »
Elle inspira profondément.
« Je voulais protéger ce que nous avions construit. »
Je regardai Martin.
Puis je prononçai lentement :
« Tu as fait croire à mon père que Daniel était mort, n’est-ce pas ? »
Victoria ne répondit pas.
Mais son silence fut suffisant.
À 23 h 58, nous arrivâmes devant la propriété de campagne.
Les autorités étaient déjà sur place.
La maison semblait abandonnée.
Aucune lumière.
Aucun mouvement.
Puis un policier nous fit signe d’approcher.
« Monsieur Calloway, nous avons trouvé quelque chose. »
Je le suivis jusqu’à l’ancien bureau de mon père.
La porte était ouverte.
À l’intérieur, le coffre-fort avait été forcé.
Les documents étaient éparpillés sur le sol.
Et au milieu de la pièce se trouvait une vieille boîte en bois.
Je reconnus immédiatement les initiales gravées sur le couvercle.
H.C.
Henry Calloway.
Mon père.
Je l’ouvris.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs photographies, des documents médicaux et une lettre scellée.
Sur l’enveloppe, mon père avait écrit :
« À Preston. À ouvrir uniquement lorsque la vérité sur Daniel aura été découverte. »
Mes doigts tremblaient.
Je brisai le sceau.
La lettre commençait ainsi :
Mon fils,
Si tu lis cette lettre, cela signifie que Victoria n’a pas réussi à détruire toutes les preuves.
Je dois te révéler une chose que j’aurais dû te dire depuis longtemps.
Daniel est bien mon fils.
Mais ce n’est pas lui qui a été privé de son identité pendant toutes ces années.
Je m’arrêtai.
Martin se pencha vers moi.
Je continuai.
Preston, tu dois savoir que le jour de ta naissance, deux enfants ont été enregistrés à la clinique.
L’un était le fils biologique de Victoria.
L’autre était mon fils.
Je sentis mon cœur s’arrêter.
Je relus les phrases.
Deux enfants.
Le même jour.
La même clinique.
Deux dossiers modifiés.
Puis je retournai la dernière page.
Une photographie y était attachée.
Deux nouveau-nés dans des berceaux.
Sur l’un des bracelets figurait le nom PRESTON.
Sur l’autre, DANIEL.
Mais ce qui me glaça réellement, c’était la note écrite au dos :
« Victoria savait lequel était son véritable enfant. Elle a choisi de garder le mauvais bébé. »
Je reculai.
Martin prit la photographie.
Son visage devint livide.
Puis un policier entra précipitamment dans la pièce.
« Monsieur Calloway, nous venons de recevoir un appel concernant votre mère. »
Je levai les yeux.
« Quoi ? »
« Elle vient de se présenter au commissariat. Elle affirme avoir des informations sur l’enlèvement de vos enfants. »
Je me précipitai vers la porte.
Mais le policier ajouta :
« Il y a un problème. »
« Lequel ? »
Il baissa la voix.
« Elle affirme que les garçons ne sont pas les seuls enfants concernés par cette affaire. »
Je me figeai.
« Que voulez-vous dire ? »
Le policier regarda la photographie dans les mains de Martin.
Puis il prononça :
« Elle affirme qu’un troisième enfant a été enregistré cette nuit-là. »
Je sentis mon sang se glacer.
Un troisième enfant.
Et soudain, je compris pourquoi mon père avait écrit qu’il fallait protéger les garçons.
Parce que le secret de notre famille était bien plus grand que je ne l’avais imaginé.
FIN DE LA PARTIE 4…..