« Monsieur Walls, vous devriez vous asseoir. »
L’agent Daniels venait de prononcer ces mots, mais papa ne semblait même plus capable de bouger.
Derrière la porte de la chambre d’urgence, les médecins continuaient de se battre pour me maintenir en vie.
Karen, elle, était assise au bout du couloir, les mains serrées contre son visage.
Papa regardait toujours la photographie sur le téléphone de l’agent.
« Je ne comprends pas… Pourquoi Karen avait-elle mes documents médicaux ? »
L’agent Daniels prit une profonde inspiration.
« Nous avons retrouvé plusieurs documents dans votre maison. Certains appartenaient à votre fille Emily. D’autres concernaient votre fille aînée. Mais ce qui nous inquiète, c’est que certains documents semblent avoir été déplacés volontairement. »
Papa tourna brusquement la tête vers Karen.
« Qu’est-ce que tu as fait avec les papiers de ta sœur ? »
Karen secoua la tête.
« Rien, papa. Je te jure. »
« Ne me mens plus ! »
Sa voix résonna dans le couloir.
Quelques infirmières se retournèrent.
L’agent Daniels leva légèrement la main.
« Monsieur, nous devons laisser les médecins travailler. Mais j’aimerais vous montrer une autre image. »
Il fit défiler son téléphone.
Cette fois, on voyait Karen entrer dans la cuisine avec une feuille à la main.
Elle la glissait sous un dossier posé sur le comptoir.
Papa reconnut immédiatement le dossier.
C’était celui qu’il gardait dans son bureau.
Celui qui contenait les documents administratifs de la famille.
« Qu’est-ce qu’il y avait dans cette feuille ? » demanda-t-il.
L’agent répondit :
« Nous ne pouvons pas encore confirmer son contenu exact. Mais nous avons retrouvé une copie dans la chambre d’Emily. »
Papa fronça les sourcils.
« Et alors ? »
« Il s’agissait d’un document concernant une ordonnance médicale établie au nom de Karen. »
Papa ferma les yeux.
Il commençait à comprendre que le flacon orange n’était que le début.
Trois semaines avant la tempête…
J’étais rentrée de l’école un peu plus tôt que d’habitude.
Papa travaillait dans son bureau et Karen était censée être à son travail.
En passant devant la porte entrouverte du bureau, j’avais entendu papa parler au téléphone.
« Je ne comprends pas pourquoi cette ordonnance est associée à son dossier scolaire », disait-il.
Je m’étais arrêtée.
« Non, Emily n’a jamais demandé ce médicament. Il doit y avoir une erreur. »
Mon cœur avait commencé à battre plus vite.
Papa parlait de moi.
J’avais frappé doucement à la porte.
Il avait raccroché immédiatement.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
« Papa, tu parlais de mon dossier médical ? »
Il avait soupiré.
« Ce n’est rien. Une erreur administrative. »
« Pourquoi mon nom est-il sur une ordonnance ? »
Son expression avait changé.
« Emily, ce sont des affaires d’adultes. Ne t’en mêle pas. »
J’avais voulu insister.
Mais il avait fermé son ordinateur et m’avait demandé de quitter la pièce.
Je n’avais pas compris pourquoi il semblait si inquiet.
Jusqu’au jour où j’avais trouvé une enveloppe dans le tiroir de son bureau.
À l’intérieur, il y avait une copie d’un document portant mon nom.
Mais la signature au bas de la page n’était pas la mienne.
C’était celle de papa.
J’avais photographié le document avec mon téléphone.
Puis j’avais entendu des pas dans le couloir.
J’avais immédiatement remis l’enveloppe à sa place.
Je n’avais pas osé lui poser de questions.
Je savais seulement une chose :
Quelqu’un utilisait mon identité pour obtenir des médicaments.
Et je commençais à soupçonner ma sœur.
À l’hôpital, papa regarda l’agent Daniels.
« Est-ce que vous pensez que Karen a utilisé l’identité d’Emily ? »
« Nous examinons cette possibilité. Mais il y a une question à laquelle nous aimerions obtenir une réponse. »
« Laquelle ? »
« Votre fille Emily vous a-t-elle déjà parlé de documents médicaux suspects ? »
Papa baissa la tête.
Il se souvint de ma question dans son bureau.
De ma voix hésitante.
De la manière dont il m’avait répondu sans même prendre la peine de vérifier.
« Oui », murmura-t-il.
« Et qu’avez-vous fait ? »
« Je lui ai dit que c’était une erreur. »
L’agent le regarda longuement.
« Monsieur Walls, nous avons retrouvé une lettre dans son sac à dos. Elle pourrait vous aider à comprendre ce qu’elle essayait de vous dire. »
Cette fois, il sortit l’enveloppe.
Papa reconnut immédiatement son écriture.
Ses doigts tremblaient tellement qu’il eut du mal à l’ouvrir.
À l’intérieur, il y avait trois pages pliées.
Il commença à lire.
Papa,
Je ne sais pas comment te dire tout ça sans que tu te mettes en colère.
Je sais que tu crois que je te cache des choses. Mais je t’assure que je n’ai jamais pris les médicaments que tu as trouvés dans mon dossier.
J’ai découvert que quelqu’un utilisait mon nom pour obtenir des ordonnances.
Au début, je pensais que c’était une erreur.
Puis j’ai vu le nom de Karen sur un document.
Papa s’arrêta.
Il regarda sa fille aînée.
Karen avait cessé de pleurer.
Elle fixait maintenant la lettre.
Papa continua.
Je voulais te le dire, mais chaque fois que j’essayais, tu me répondais que je devais arrêter d’inventer des problèmes.
Je ne veux pas que Karen ait des ennuis. C’est ma sœur.
Mais j’ai peur.
J’ai peur qu’elle continue à utiliser mon nom.
J’ai peur que tu ne me croies jamais.
Les yeux de papa se remplirent de larmes.
Puis il arriva à la dernière page.
Et ce qu’il lut lui fit lâcher la lettre.
Papa, il y a encore quelque chose que tu ignores.
J’ai découvert pourquoi Karen avait autant besoin de ces médicaments.
Et je sais maintenant pourquoi elle voulait absolument que tu me croies coupable.
Papa releva lentement les yeux.
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
Karen se leva brusquement.
« Donne-moi cette lettre ! »
Papa recula.
« Assieds-toi ! »
« Papa, tu ne comprends pas ! »
« Alors explique-moi ! »
Karen commença à pleurer de nouveau.
« Je ne voulais pas que tu découvres la vérité ! »
L’agent Daniels intervint immédiatement.
« Mademoiselle Walls, nous allons avoir besoin que vous répondiez à quelques questions. »
Mais Karen ne regardait plus le policier.
Elle regardait son père.
« Papa, si tu savais ce qui m’est arrivé, tu comprendrais pourquoi j’ai fait ça. »
Papa secoua la tête.
« Rien ne justifie ce que tu as fait à ta sœur. »
Quelques minutes plus tard, le médecin sortit enfin de la salle d’urgence.
Papa se précipita vers lui.
« Docteur ! Comment va Emily ? »
Le médecin retira son masque.
« Nous avons réussi à stabiliser son état pour le moment. Elle est toujours inconsciente, mais elle répond à certains traitements. Nous devons rester extrêmement prudents. »
Papa ferma les yeux.
Une larme coula sur sa joue.
« Est-ce que je peux lui parler ? »
« Vous pouvez rester près d’elle quelques minutes. Parlez-lui doucement. Même si elle ne répond pas, votre présence peut être importante. »
Papa entra dans la chambre.
Il s’approcha de mon lit.
« Emily… »
Il prit ma main.
« J’ai lu ta lettre. »
Sa voix se brisa.
« Pourquoi ne t’ai-je pas écoutée ? »
Il posa son front contre mes doigts.
« Tu as essayé de me prévenir. Tu as essayé de me dire la vérité. Et moi, je t’ai traitée comme une menteuse. »
Il resta silencieux.
Puis il murmura :
« Je te promets que je vais découvrir ce qui s’est réellement passé. Je ne laisserai plus personne te faire du mal. »
À cet instant, son regard se posa sur ma table de chevet.
Une infirmière avait déposé mon sac à dos dans un sac transparent contenant mes effets personnels.
Il demanda :
« Est-ce que je peux récupérer ses affaires ? »
L’infirmière acquiesça.
Papa ouvrit lentement le sac.
Il trouva mon cahier d’algèbre.
Un stylo.
Un paquet de mouchoirs.
Et une petite photographie.
C’était une photo de maman.
Maman était morte quatre ans plus tôt.
Sur la photographie, je n’avais que treize ans.
Elle me tenait dans ses bras, tandis que papa se tenait derrière nous.
Au dos, quelques mots étaient écrits :
Quand personne ne veut t’écouter, souviens-toi que tu mérites quand même d’être entendue.
Papa éclata en sanglots.
Il n’avait jamais vu cette phrase.
Il ignorait même que je conservais cette photographie dans mon sac.
Pendant ce temps, dans le couloir…
L’agent Daniels avait demandé à Karen de s’asseoir.
« Nous avons besoin de comprendre comment ces documents médicaux ont été utilisés. »
Karen gardait les yeux baissés.
« Je ne voulais pas voler l’identité de ma sœur. »
« Pourtant, son nom apparaît sur des documents qui ne lui appartiennent pas. »
« C’était plus compliqué que ça. »
« Expliquez-nous. »
Karen inspira profondément.
« J’avais des problèmes depuis plusieurs mois. J’avais besoin de médicaments, mais je ne voulais pas que papa le sache. »
« Pourquoi avez-vous utilisé les informations personnelles de votre sœur ? »
Karen hésita.
Puis elle répondit :
« Parce que papa surveillait mes dossiers. Il avait refusé de m’aider la dernière fois. »
L’agent prit quelques notes.
« Et le flacon que vous avez présenté à votre père ? »
Karen ferma les yeux.
« Je l’ai placé dans la chambre d’Emily. »
« Pourquoi ? »
Elle se mit à pleurer.
« Parce que j’avais peur qu’elle lui montre les documents qu’elle avait trouvés. »
« Vous saviez qu’il pourrait la mettre dehors ? »
Karen ne répondit pas.
L’agent Daniels attendit.
Finalement, elle murmura :
« Je pensais qu’il lui crierait dessus. Je pensais qu’elle serait privée de son téléphone pendant quelques jours. Je ne pensais pas qu’il la laisserait partir sous la tempête. »
L’agent la regarda sévèrement.
« Vous avez pourtant entendu votre sœur demander son manteau. »
Karen se couvrit le visage.
« Je sais… »
Mais l’agent n’avait pas terminé.
Il sortit une dernière photographie.
« Alors expliquez-moi ceci. »
Karen regarda l’écran.
Son visage perdit toute couleur.
C’était une photographie de son téléphone.
Et sur l’écran apparaissait un message qu’elle avait envoyé à quelqu’un quelques minutes avant que je sois accusée.
Un message qui disait :
« Elle a trouvé les papiers. Si papa découvre ce qu’ils contiennent, nous sommes toutes les deux perdues. Il faut que tout le monde pense que les médicaments sont à elle. »
L’agent Daniels releva les yeux.
« À qui avez-vous envoyé ce message, Karen ? »
Elle resta silencieuse.
Puis elle murmura un prénom.
Un prénom qui fit immédiatement comprendre à l’agent que cette histoire était beaucoup plus grave qu’une simple dispute entre deux sœurs.
Car la personne à qui Karen avait écrit…
N’était ni une amie, ni un médecin, ni un inconnu.
C’était quelqu’un qui vivait sous le même toit que nous.
Et cette personne avait participé à la manipulation depuis le début.
À cet instant, papa sortit de la chambre.
Il avait entendu les derniers mots de Karen.
« De qui parles-tu ? »
Karen se retourna.
Ses lèvres tremblaient.
Puis elle prononça enfin le prénom.
Papa recula comme s’il venait de recevoir un coup.
« Non… Pas cette personne. »
L’agent Daniels referma son dossier.
« Monsieur Walls, je crois que vous allez devoir nous expliquer une chose : qui, dans votre maison, avait accès aux documents médicaux de vos deux filles ? »
Papa ne répondit pas.
Parce qu’il venait de comprendre que la personne en qui il avait placé toute sa confiance…
Était peut-être celle qui avait organisé toute cette histoire.
Et lorsque cette personne arriverait à l’hôpital, la vérité ne pourrait plus être cachée.
FIN DE LA PARTIE 3 — À SUIVRE…